OTTAWA – Une mini-rébellion semble avoir éclaté dans les rangs conservateurs, alors que deux députés se disent muselés par l’équipe de Stephen Harper.

L’épisode montre à quel point les députés sont exaspérés devant le contrôle maladif exercé par le premier ministre, estime l’opposition.

Le député Mark Warawa, de la Colombie-Britannique, connu pour ses positions et actions antiavortement, a demandé mardi au président de la Chambre d’intervenir car il soutient que ses privilèges de parlementaire ne sont pas respectés.

Il affirme qu’il a été empêché de faire une déclaration de député à la Chambre des communes. Après avoir été inscrit à l’horaire le 20 mars dernier, il s’est fait avertir à peine 15 minutes avant qu’il ne pouvait lire sa déclaration.

«La raison qu’on m’a donnée est que le sujet n’était pas convenable», a déclaré M. Warawa alors qu’il exprimait mardi ses doléances aux Communes.

Selon lui, seul le président peut décider d’empêcher un membre de s’exprimer si sa déclaration est irrecevable ou irrégulière.

M. Warawa lui demandait ainsi de déterminer si tous les députés ont les mêmes privilèges et si oui, comment ce privilège est-il géré, et par qui.

Un autre député conservateur, Leon Benoit, de l’Alberta, affirme que lui aussi s’est fait interdire d’utiliser sa déclaration pour parler de certains sujets. Sa liberté d’expression serait brimée, plaide-t-il, ainsi que ses droits de parlementaire et son devoir de représenter ses électeurs. Il n’a pas précisé le sujet ainsi censuré, mais dans le passé, il a aussi parlé contre l’avortement.

«Je vous demande de considérer la possibilité que les députés de tous les partis puissent être traités d’une certaine manière comme des indépendants s’ils sentent que leurs droits ont été brimés ou écartés d’une quelconque façon par le leadership des partis», a demandé pour sa part M. Benoit au président de la Chambre des communes.

Alors que Stephen Harper a promis en campagne électorale de ne pas rouvrir le débat sur l’avortement, le sujet ne cesse de refaire surface car des députés présentent diverses motions à ce sujet. Ils mettent ainsi le premier ministre dans l’eau chaude en ne respectant pas la position qu’il a prise.

Un troisième conservateur, Rod Bruinooge, a parlé en faveur de ses deux collègues, sans toutefois s’être plaint d’avoir été empêché de s’exprimer aux Communes. C’est le cas aussi de l’Albertain James Rajotte du caucus conservateur.

«Je crois que les membres devraient pouvoir offrir leurs déclarations dans la Chambre», a ainsi affirmé M. Rajotte lors d’un point de presse impromptu.

Il refuse de conclure à une «mutinerie».

«On doit être capable d’avoir ces débats», a-t-il jugé.

Ce sont les partis qui soumettent au président de la Chambre la liste des députés qui feront de telles déclarations.

Selon le whip du gouvernement conservateur, Gordon O’Connor, le choix des députés est une question de régie interne qui relève de chaque parti.

Le président suit les listes fournies par les différents partis, comme le veut la pratique aux Communes depuis de nombreuses années, ajoute-t-il.

«C’est une activité de groupe et votre rôle est celui d’un arbitre», dit-il au président.

Le président de la Chambre des Communes a réservé son jugement sur cette affaire.

Pour l’opposition, cela démontre que les tensions se font plus vives au sein du caucus conservateur.

«On a entendu la frustration monter dans les corridors du Parlement de la part des députés conservateurs, mais aussi sur la nature contrôlante du bureau du premier ministre», a déclaré le leader de l’opposition officielle néo-démocrate en Chambre, Nathan Cullen.

«Ils en ont marre du collier», a résumé le chef libéral par intérim, Bob Rae.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) affirme ne pas «approuver» les déclarations des députés, pas plus qu’il n’interdit des sujets.

Le NPD fera valoir sa position demain, après avoir scruté les règles.

Pour Bob Rae, les conservateurs ont complètement miné le processus des déclarations de députés.

Ce conflit permet notamment de mettre le projecteur sur la situation.

Normalement destinées à parler de certains enjeux, ou de féliciter des citoyens pour leurs accomplissements, les conservateurs auraient utilisé ces déclarations à des fins partisanes, dénonce Bob Rae.

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