Jacques Boissinot/PC Isabelle Gaston

QUÉBEC – Isabelle Gaston a administré, mardi, un électrochoc aux députés qui étudient le projet de loi visant à bonifier les indemnités versées aux familles des victimes d’actes criminels: elle a brandi deux sachets contenant les cendres de ses enfants, tués par son ex-conjoint, Guy Turcotte, et a offert de les donner «pour la cause».

Celle qui milite pour améliorer le sort des proches des victimes a lancé un cri du coeur en commission parlementaire sur le projet de loi 22. Dans un long témoignage, elle a décrit en détail son calvaire qui dure depuis 2009 tout en soulignant les carences du projet de loi.

Le régime d’indemnisation, même après sa bonification, sera loin d’être généreux, a-t-elle plaidé, alors que la société aurait plutôt tout intérêt à «investir dans les victimes».

«Quoi que vous puissiez en penser, (la victime) ne fait pas juste recevoir du système, a-t-elle dit. On oublie trop facilement que, sans victimes, on ne peut pas combattre le crime. Vous aurez beau avoir les meilleurs policiers, vous aurez beau avoir les meilleurs procureurs, si vous n’avez pas de victime qui se tient debout, puis qui a la force d’affronter un système, on ne peut pas protéger la vie humaine, puis l’intégrité.»

Elle demande la parité, c’est-à-dire qu’on accorde autant aux parents d’un enfant mort à la suite d’un acte criminel qu’à la suite d’un accident, soit 50 000 $, à l’instar des programmes de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ), par exemple. Or, le projet de loi 22 prévoit faire passer l’indemnité de 2000 $ à 12 000 $.

«Ce n’est pas parce que tu es décapité, que tu es poignardé, que tu es brûlé, qu’on te fait sauter, que tu vaux moins que quelqu’un qui est mort dans un accident de la route. Il n’y a aucune raison (pour motiver le fait que) la valeur devrait être moindre.»

Elle a fait ressortir que selon les statistiques, en 2011, sur les 7251 demandes d’indemnisation, il y a eu 52 requêtes à la suite d’un meurtre, soit 0,7 pour cent, ce qui ne causerait pas une «hémorragie» dans le régime actuel.

Pour faire réfléchir les parlementaires hésitants, elle leur a demandé d’imaginer si c’était leur enfant qui était mort assassiné. C’est alors qu’elle a brandi deux sachets de plastique avec des cendres, pour leur faire prendre conscience de la perte.

«Si vous n’y arrivez pas, là, vous amenez une petite portion de qu’est-ce que j’ai, moi, des photos puis des cendres. Je vous les donne, OK, si c’est pour la cause, là, pour que ça vous aide à comprendre. Est-ce que vous accepteriez, sans broncher, que votre vie soit rythmée avec des procès, que votre vie soit rythmée avec des procédures?»

Elle exige aussi que les parents qui survivent à un enfant assassiné soient reconnus comme victimes, pour avoir droit à des programmes d’aide plus complets.

Elle a longuement fait état des tracasseries et des refus des compagnies d’assurances, des problèmes d’accès à la psychothérapie, de l’absence prolongée au travail, etc.

Enfin, elle a indiqué que le remboursement des frais funéraires d’une victime, qui passe de 3000 $ à 5000 $, était vraiment minimal.

Le porte-parole de l’opposition officielle, Robert Poëti, a pour sa part soulevé le fait que le fonds d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) ne manquait pas d’argent, en raison des fractions des contraventions qui y sont versées, et qu’il allait interpeller le gouvernement en faveur des proches des victimes.

«Je vais être un allié pour vous», a-t-il dit à Mme Gaston.

Le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, a remercié Mme Gaston pour son témoignage, sans s’engager à augmenter le régime d’indemnisation au-delà de ce que prévoit le projet de loi.

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