Si la majorité des acteurs du secteur agroalimentaire accueille avec satisfaction l’élaboration imminente d’une politique québécoise de souveraineté alimentaire, certains se questionnent sur les mesures concrètes qu’elle entraînera.

Le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, a confirmé lundi devant la Coalition pour une souveraineté alimentaire qu’une politique pour règlementer l’industrie agroalimentaire sera présentée d’ici la fin du mois de juin.

La coalition, qui demandait cette politique depuis plusieurs années déjà, s’est réjouie de cet aboutissement. Le regroupement de 80 organisations souhaite notamment que l’État garantisse l’accès physique et économique à une alimentation saine pour tous, en plus de favoriser un approvisionnement important des supermarchés et des établissements publics en aliments provenant du Québec et de protéger les territoires agricoles de la province.

Une rencontre entre le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) et les principaux acteurs du secteur bioalimentaire, qui s’est tenue le 22 mars dernier, a permis au MAPAQ de prendre en considération les différentes préoccupations des individus et organismes concernés et d’établir de grands axes pour élaborer sa politique de souveraineté alimentaire.

Le ministre Lisée assure qu’il reste maintenant à apposer la touche finale à la politique – qui concerne le gouvernement de Pauline Marois en entier, a-t-il rappelé – avant de la présenter officiellement.

Pour le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, François Gendron, le but de cette politique est de «donner un nouveau souffle» au secteur agroalimentaire. «Nous voulons fixer un corridor qui devrait stimuler une revalorisation du secteur, tout en favorisant une agriculture plus variée», a-t-il expliqué en entretien avec Métro.

Mais bien que les grandes lignes de la politique semblent remplies de vertu, le gouvernement reste très vague sur les effets concrets de cette politique, souligne Magali Delomier, directrice générale de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ).

Celle-ci s’est dite déçue qu’aucune orientation claire n’ait été prise par le ministère pour encourager la relève. «Ce sont quand même les jeunes qui vont vivre cette future politique», ajoute-t-elle.

Manger québécois

Le ministre Gendron précise qu’il veut encourager les consommateurs à acheter des produits provenant du Québec, mais qu’il privilégie une approche incitative plutôt que coercitive. «Il faut encourager les Québécois à être des consommateurs plus exigeants», ajoute-t-il.

En plus de continuer la promotion des produits d’ici avec Aliments du Québec, le MAPAC incitera les supermarchés à étiqueter davantage les aliments qui proviennent du Québec, pour mieux informer les consommateurs.

Le PDG de l’Association des détaillants en alimentation (ADA) du Québec, Florent Gravel, assure que tous ses membres sont en accord avec cette orientation, puisque les consommateurs ont également une volonté de consommer des produits locaux. «Mais il faut également que le gouvernement soit un modèle, ajoute-t-il. Il doit s’assurer que ses établissements publics donnent l’exemple en offrant des aliments québécois. Parce que nous, on met déjà les efforts.»

Le ministre Gendron assure que ce sera le cas, dans les hôpitaux et les écoles, notamment.

Protéger ses terres

La politique comprendra également des lois pour protéger le territoire agricole, ajoute le ministre. Il compte ainsi contrer l’accaparement des terres, ce phénomène dont s’inquiètent plusieurs organisations agricoles, dont l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec.

Une éventuelle Société d’aménagement et de développement agricole du Québec (SADAQ) pourrait donc protéger les terres agricoles en les gardant dans les mains des agriculteurs, et en empêchant des institutions ou des entrepreneurs de s’en emparer pour faire de la spéculation.

Pour la directrice de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ), Magali Delomier, ces aspect est crucial pour permettre à de jeunes agriculteurs d’avoir accès à une terre, et ainsi d’assurer une relève.

Pourtant, selon le président du Conseil des entrepreneurs agricoles (CEA), Jacques Cartier, le phénomène n’est pourtant pas assez important pour qu’on s’y intéresse. «On ne veut surtout pas qu’une institution gouvernementale vienne s’ingérer pour règlementer les achats des terres», insiste-t-il.

Mme Delomier admet que la situation n’est pas dramatique pour l’instant, mais ajoute qu’il est toutefois urgent d’agir, car «on n’échappera pas à cette logique financière», croit-elle.

Aussi dans National:

blog comments powered by Disqus