Yves Provencher/Métro Denise Byrnes, directrice générale désignée d’Oxfam-Québec

Le sort des réfugiés fuyant la Syrie pour les pays avoisinants inquiète de plus en plus les ONG canadiennes travaillant sur le terrain.

Lors d’une conférence de presse à Montréal, mardi matin, la Coalition humanitaire, regroupant Oxfam Canada, Oxfam Québec, Aide à l’enfance Canada, CARE Canada et Plan Canada, a fait état de la détérioration de la situation pour les quelque 1,4 millions de personnes qui ont été forcées de quitter la Syrie. Chaque jour, plus de 7000 personnes se rajoutent à leur nombre.

Selon les estimations d’Oxfam, «il va y avoir un million de réfugiés syriens en Jordanie d’ici la fin de l’année, dans un pays de cinq millions de personnes», a indiqué Denise Byrnes, directrice générale désignée d’Oxfam-Québec. Au Liban, les réfugiés syriens représenteraient déjà 10% de la population, a estimé Cristy McLennan, chargée de programmes humanitaires chez Aide à l’enfance Canada.

La Coalition humanitaire se soucie de la situation dans les camps de réfugiés en Jordanie et au Liban. On parle de problèmes de sécurité, d’approvisionnement de tout genre, notamment en eau, et de lacunes sanitaires. «Ce n’est vraiment pas un environnement qu’on choisirait comme milieu de vie, a affirmé Mme Byrnes, qui a récemment visité le camp de Zaatari, en Jordanie. Les conditions physiques sont tellement difficiles qu’il y a certains hommes qui nous ont témoigné qu’ils seraient prêt à retourner en Syrie pour affronter la mort, plutôt que de vivre dans des conditions pareilles.»

Mais il n’y a pas que les gens se retrouvant dans les camps de réfugiés qui ont besoin d’aide. Oxfam estime qu’il y aurait au moins 400 000 réfugiés «dispersés» dans la population en Jordanie, ce qui pose plusieurs problèmes logistiques pour les organismes qui cherchent à leur venir en aide. D’après Julie McHugh, chargée de projet humanitaire chez Oxfam, ce serait plus du 2/3 des réfugiés qui sont à l’extérieur des camps, et qui tentent de s’intégrer dans les communautés locales.

Le coût de la vie étant à peu près 10 fois plus élevé en Jordanie qu’en Syrie, les réfugiés dispersés éprouveraient beaucoup de difficulté à subvenir à leurs besoins. «Certains ont un peu de revenus. Ils essaient de s’en tirer avec ça pour louer une chambre, dit Mme Byrnes. Ça ne dure pas longtemps pour eux, et ces personnes se retrouvent dans une situation vulnérable.»

«[Oxfam] n’a pas assez de ressources pour répondre aux besoins [des réfugiés], déplore-t-elle. On estime avoir besoin de 40 M$. On en a 10 M$ pour le moment.» De plus, les 1,5 G$ demandés de la part des gouvernements mondiaux par les Nations Unies pour venir en aide aux réfugiés syriens se font toujours attendre. Ce serait seulement un peu plus de 50% du montant qui aurait été «sécurisé», d’après Mme McHugh.

Le gouvernement canadien aurait justement mis en place un appel aux soumissions de la part des ONG pour venir en aide aux réfugiés dispersés. «On ne sait pas encore l’enveloppe qui sera octroyée» dit Mme McHugh, «mais on a beaucoup d’espoir que les ONG vont avoir de l’appui supplémentaire pour pouvoir faire des interventions».

Les ONG s’attendent à être sur le terrain à long terme. «Nous, Oxfam, on s’attend à être là pour les trois ou quatre prochaines années», dit Mme McHugh.

La Coalition humanitaire accepte des dons pour sa campagne en Syrie ici.

Sur le terrain

Denise Byrnes a récemment visité le camp de Zaatari, en Jordanie. Elle a décrit la situation dans le camp, qui accueille plus de 100 000 personnes.

«C’est un environnement extrêmement rude, dit-elle. Il y a peu de ressources en eau. La nuit, c’est le désert, il peut faire très froid; le jour, le soleil tape fort.» L’approvisionnement en eau demeure un problème constant en Jordanie. «C’est assez difficile pour les autorités locales. Présentement l’eau est transportée par camion dans le camp, et les déchets humains sont sortis par camion. Il n’y a pas de système d’égouts », ajoute-t-elle.

En plus des problèmes sanitaires grandissants dans le camp, elle constate aussi des problèmes de sécurité. «Les femmes ont peur de sortir de leur tente pour aller aux toilettes la nuit. Elles n’osent pas trop laisser leur tente, de risque de perdre le peu qu’elles ont. […] On installe actuellement des blocs sanitaires avec lampadaires solaires, pour permettre aux femmes de se sentir plus à l’aise pour s’y rendre.»

Les enfants, qui représenteraient la moitié de la population du camp, sont d’autant plus vulnérables. «Il y a rien à faire [dans le camp]. Les enfants et les jeunes sont à risque. L’oisiveté, le manque d’activités, font qu’ils peuvent rapidement tomber dans des questions d’exploitation sexuelle et de banditisme.»

Mme Byrnes estime qu’Oxfam arrive à aider seulement entre 20 000 et 30 000 personnes dans le camp.

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