Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Au lendemain de la publication de données préoccupantes — mais contestées — sur les conséquences environnementales du déversement de pétrole survenu à Lac-Mégantic, Québec a riposté avec la divulgation des résultats de ses propres analyses.

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) a assuré mercredi, tableaux et graphiques à l’appui, que les paramètres mesurés dans le lac Mégantic et dans la rivière Chaudière témoignaient d’un retour aux concentrations présentes avant le déraillement du 6 juillet dernier qui a fait 47 victimes.

«Je maintiens qu’il y aura toujours un niveau d’imprévisibilité, mais à l’heure où on se parle, les dommages environnementaux de la catastrophe — outre le site et le sol à décontaminer — sont somme toute sous contrôle», a signalé le ministre Yves-François Blanchet en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

Les résultats des échantillonnages effectués et analysés par la trentaine d’experts du ministère sont également rassurants pour ce qui est de la qualité de l’eau potable dans la région.

Le MDDEFP recommande malgré tout aux municipalités du secteur affecté de demeurer vigilantes à ce chapitre, puisque les possibilités de relargage ou de brassage naturel des eaux ne sont pas à exclure.

La différence entre les chiffres contenus dans le rapport d’analyse de la Société vaincre la pollution (SVP), La Presse Canadienne et Radio-Canada ont obtenu copie mardi, et ceux transmis mercredi par le ministère est flagrante.

Dans son analyse, le groupe environnemental tirait la sonnette d’alarme en évoquant notamment une concentration d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) cancérigènes de 394 444 fois supérieure à la norme jugée acceptable dans la rivière Chaudière.

Or, dans le rapport de Québec, un seul facteur de dépassement d’un produit de la famille des HAP, le phénanthrène, a été remarqué, le 8 juillet, en aval du barrage de Saint-Georges-de-Beauce. Autrement, tout est dans les normes.

Comment les résultats peuvent-ils être aussi différents?

Tout est une question de méthode, selon le chercheur Gregory Patience, qui avait déjà émis mardi de sérieux doutes sur la valeur scientifique des résultats, les qualifiant d’«alarmistes».

«La façon d’échantillonner n’était pas adéquate et elle n’était pas représentative de toute la surface de l’eau», a avancé le professeur titulaire au Département de génie chimique de l’École Polytechnique.

«Les experts du ministère ont fait des tests le long de la rivière Chaudière et ils les ont échelonnés sur une période de temps. Ils ont fait un travail colossal», a poursuivi M. Patience.

Justement, il y a aussi la question de la distance: Saint-Georges-de-Beauce est situé à environ 80 kilomètres de là, a plaidé Daniel Green, président de la SVP.

«Qu’ils aient fait seulement un échantillonnage dans la zone la plus sinistrée (de la rivière Chaudière) et non dans les ‘coudes’ de la rivière, là où le pétrole s’accumule, c’est curieux. Nous, on en a fait deux», a-t-il fait valoir.

La SVP a reconnu d’emblée, mardi, qu’«en raison de ses moyens limités», il lui avait été impossible d’effectuer l’ensemble des analyses chimiques requises pour identifier le spectre des toxiques, mais jugeait néanmoins que les résultats de ses analyses tenaient la route — et elle le maintient.

L’organisation chapeautée par M. Green avait profité de la publication de ses trouvailles pour tirer à boulets rouges sur Québec, qu’elle accusait de perpétuer une «culture du secret» en refusant de rendre publics les résultats des tests toxicologiques.

La remarque a irrité le ministre Blanchet, qui a tenu à préciser à l’autre bout du fil, mercredi après-midi, qu’il était ouvert à «toutes les contributions», qu’elles émanent de groupes environnementaux ou de simples citoyens.

«La partie où l’on accuse le ministère de faire des cachettes, ça, je trouve ça un peu ‘moyen’, a-t-il lâché. Eux n’ont pris que des données dans la semaine suivant la catastrophe et il leur a fallu cinq semaines pour les rendre publiques.»

«C’est pas sérieux de reprocher au ministère de cacher quoi que ce soit», a tranché le ministre.

Le gouvernement abonde toutefois dans le même sens que la SVP en ce qui a trait au danger de propagation des hydrocarbures ayant souillé la flore — ceux-ci pourraient en effet se décoller des berges et du fond de la rivière en raison de crues ou de changements brusques des niveaux de l’eau.

C’est d’ailleurs l’état des berges qui est au coeur des préoccupations du côté du ministère.

«On ne s’attend pas à ce qu’il y ait de grandes quantités de pétrole qui se sont déposées au fond de la rivière. On a davantage de problème avec (ce) qui a été déposé sur la végétation», a indiqué le ministre.

En analysant la flore sur plusieurs kilomètres, la SVP a décelé «un taux extrêmement élevé d’hydrocarbures pétroliers», soit 180 fois la norme qui définit un terrain contaminé en vertu du Règlement sur la protection et la réhabilitation des terrains du Québec.

Le ministère doit fournir les résultats de ses analyses concernant l’état de contamination des sols dans les prochaines semaines, soit dès que la caractérisation aura été réalisée, a assuré Yves-François Blanchet, sans toutefois d’avancer sur une date de publication.

En ce qui a trait à la qualité de l’air, les analyses effectuées par le laboratoire mobile TAGA ont démontré une diminution notable des contaminants dans l’air dès le 8 juillet et un retour à la normale à partir du 10 juillet, a soutenu le MDDEFP.

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