Le Québec a-t-il une image et une voix à l'international?
Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde, poursuit sa rubrique «Le Québec en questions». Chaque lundi, on vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.
Le Québec a-t-il une image et une voix à l’international?
CÅ“ur de Pirate, Ariane Moffatt, Pierre Lapointe triomphent en France. Le Cirque du Soleil fait salle comble à chacune de ses représentations aux quatre coins du monde. Les danseurs de Marie Chouinard sont applaudis à tout rompre à la chute du rideau au Japon, en Espagne ou en Allemagne.
Il n’y a pas à dire, il n’y a plus que la voix de Céline qui résonne en ce bas monde pour la Belle Province. Mais outre ces remarquables succès culturels – qui, avouons-le, sont un porte-voix magistral pour le Québec -, la province a-t-elle un véritable poids à l’international? Les positions du Québec qui diffèrent de celles d’Ottawa, en matière de changements climatiques par exemple, trouvent-elles un écho dans le reste du monde? Quel rôle doit adopter le gouvernement du Québec? Quelle place doit-il prendre? Le siège que le Québec détient à l’UNESCO est bien réel, mais il a d’abord une valeur symbolique. Le Québec est un État fédéré et il demeure sous l’autorité canadienne.
Quelle image de marque pour le Québec?
L’image de marque du Cirque du Soleil est bien établie. Son simple nom en français le rattache à ses racines québécoises. La chose est aussi assez bien connue à l’étranger. Le Cirque est né au Québec et son siège est toujours au Québec. La Ville de Québec a aussi réussi à se constituer une forte image – touristique surtout – depuis plusieurs années et l’a renforcée avec le 400e. Les yeux du monde entier se sont tournés vers la Vieille Capitale.
Mais est-ce que l’image de marque de la province de Québec est bien établie? Une publicité de Bombardier nous montre des Québécois en voyage qui sont fiers que le train qui roule dans le pays qu’ils visitent soit de chez eux. Est-ce que les habitants du reste de la planète sont bien au fait du savoir-faire d’ici?
Trois personnalités se prononcent

Pierre Arcand
Ministre des Relations internationales du Québec
«Le Québec est plus que jamais résolu à faire entendre sa voix dans le concert des nations. Depuis 40 ans, le ministère des Relations internationales (MRI) dirige l’action internationale du gouvernement afin de promouvoir et de défendre les intérêts et les valeurs du Québec. Le ministère s’appuie sur ses 28 représentations dans 17 pays afin de réaliser les cinq objectifs de la politique internationale du Québec.
Dans le monde, les représentations du Québec Å“uvrent pour renforcer la capacité d’action et d’influence de l’État québécois, favoriser la croissance et la prospérité du Québec, contribuer à la sécurité de la province et du continent nord-américain, promouvoir l’identité et la culture du Québec et, enfin, contribuer à l’effort de solidarité internationale. Plusieurs ministres sillonnent la planète afin de faire valoir les intérêts du Québec et de promouvoir ses actions à l’étranger. Le premier ministre Jean Charest participera au prochain Sommet de l’ONU sur le réchauffement climatique à Copenhague.
Enfin, rappelons que le Québec a accueilli le dernier Sommet de la Francophonie et a réitéré sa volonté d’être un acteur incontournable dans l’élaboration d’une francophonie mue, entre autres, par la protection de la langue française, la gouvernance économique et l’environnement.»

Dominic Champagne
Auteur et metteur en scène de Paradis perdu
«Je dirais que le Québec a une voix forte ici, qui résonne aux quatre coins du monde et j’en suis fier. Je ne suis pas fier parce qu’elle résonne, mais bien parce qu’elle est forte ici. Je suis extrêmement fier de ce que Robert Lepage va porter aux quatre coins du monde. Je suis extrêmement fier de voir nos danseurs danser sur toutes les scènes du monde. Et je suis très fier d’y avoir participé et de voir l’imaginaire que les créateurs québécois ont amené un peu partout dans le monde.
Je crois que, si la voix est si forte, c’est qu’elle a cette capacité à être très intime. Je pense que Fred Pellerin est ce que nous avons de plus international comme conteur parce qu’il est très ancré dans son village. On peut dire la même chose de Michel Tremblay, qui est traduit dans plusieurs langues parce qu’il sait très bien parler de sa réalité, dont les racines sont sur le Plateau-Mont-Royal. Je salue notre capacité à être à l’écoute de notre âme d’abord et le fait que les peuples d’ailleurs puissent s’y reconnaître.
Je pense toutefois que, parfois, on a des complexes de colonisés et que le syndrome de Félix Leclerc, qui a dû se faire bénir par Paris pour être vraiment reconnu ici, existe encore et que, malheureusement, parfois, on attend la reconnaissance de l’étranger pour considérer l’importance ou la valeur des choses qui se font ici.
Quand on arrive à l’étranger, les gens sont assez étonnés de voir qu’une petite culture qui devrait être noyée dans l’océan américain arrive à tirer son épingle du jeu. On est parfois perçus comme le village gaulois. Ça fait sûrement partie de notre force parce qu’on est obligés de danser fort, de chanter fort et longtemps pour que notre culture existe.»

Jean-François Lisée
Directeur exécutif du CERIUM de l’université de Montréal et blogueur à lactualite.com
«Jamais les Québécois n’ont été aussi présents ailleurs : danseurs, scientifiques, entrepreneurs, syndicalistes, avions, trains, logiciels, astronautes. Pour un peuple de sept millions, c’est beaucoup. Pour la planète, c’est peu. Outre que nos chanteurs ont envahi leurs radios, les Français prennent de nos nouvelles aussi souvent que nous de Terre-Neuve. Le Québec existe pour les petites nations : référence forte en Catalogne, point de comparaison en Écosse ou en Slovénie. À Londres, un ex-délégué général notait que ceux qui connaissent Céline Dion ou Robert Lepage les croient Français ou Canadiens, jamais Québécois.
On trouve au Canada anglais des îlots de respect, isolés dans une mer de préjugés. L’essai le plus lu sur le Québec (80 000 exemplaires) fut de Mordecai Richler, nous décrivant comme une société tribale, antisémite, mais avec de bons restaurants. Aux États-Unis, Wall Street considère le Québec comme bizarre, mais rentable. Des milieux culturels de la côte est aiment notre théâtre et notre danse, avec 200 prestations culturelles par an. Partout où passe le Cirque du Soleil — bien associé au Québec –, les louanges abondent. Et le Québec jouit depuis 10 ans d’une excellente presse touristique. Tout cela… c’est une goutte d’eau dans l’océan états-unien, qui ne comprendra jamais pourquoi les autres peuples ne veulent pas s’assimiler à l’anglais.
Le Québec, phénomène singulier en Amérique, ne sera jamais complètement compris et accepté que par lui-même. Nous sommes condamnés à être une énigme. Cela peut avoir son charme. À condition de le vivre sans complexe, en assumant notre originalité.»
L’avis des jeunes
- Annie Chaloux
24 ans, étudiante en études politiques appliquées
«Il est clair que le Québec jouit d’une place significative à l’international. Que ce soit en matière de changements climatiques, de francophonie, de culture ou de commerce, le Québec a su, depuis la doctrine Gérin-Lajoie, se déployer et développer divers mécanismes de représentation à l’étranger. Aujourd’hui, le Québec possède une voix à l’international comme peu d’États fédérés dans le monde. La paradiplomatie québécoise est fortement institutionnalisée et le Québec possède davantage de délégations que plusieurs États souverains dans le monde. Et avec l’échec des États centraux à faire face à de nombreuses problématiques globales, il est clair que le Québec possède une certaine marge de manÅ“uvre à l’international, et que cette voix, si bien utilisée, risque certainement de s’accroître avec les années.»
- Jérémie Roberge,
25 ans, étudiant à la Maîtrise en Études politiques appliquées, Cheminement Études politiques internationales
«Tout débute avec la doctrine Gérin-Lajoie en 1965. Quarante ans plus tard, une question sous-jacente demeure : Quel type de voix le Québec possède-t-il à l’international? Ici, deux types de voix sont identifiables dans le cas du Québec : représentative et économique. D’une part, avec sa participation au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie, la voix représentative émerge via l’appartenance identitaire à une communauté linguistique et culturelle. D’autre part, sur le plan économique, le Québec a développé plusieurs canaux avec d’autres États fédérés. La voix économique s’intensifie par l’entremise de l’expression de positions provinciales en matière de commerce international. Rattaché au phénomène de la paradiplomatie, oui, le Québec possède une voix à l’international!»
- Germaine Trésor Ntebe
27 ans, étudiante
«Même si la politique sur le plan international relève du gouvernement fédéral, le Québec a tout de même le droit de donner son avis et même de prendre des initiatives dans certains domaines. Si on considère notamment le domaine de la culture, il est même souhaitable que le Québec soit en tête des négociations puisque ses intérêts ne sont pas nécessairement au même diapason que ceux d’Ottawa. C’est pourquoi au sein d’organismes comme l’UNESCO par exemple, le Québec négociera en son nom et ira même jusqu’à signer des accords sans qu’il soit nécessaire d’avoir au préalable l’avis d’Ottawa. Le Québec dispose d’un budget qui lui permet de mettre en Å“uvre les visées de sa politique étrangère.»