QUÉBEC – Les grandes manifestations n’y changeront rien: la hausse des
droits de scolarité est inéluctable, a tranché jeudi le premier ministre
Jean Charest.

De l’avis du premier ministre, les leaders étudiants ont tort d’accuser
le gouvernement de faire la sourde oreille, eux qui avaient claqué la
porte de la « Rencontre des partenaires de l’éducation » en 2010 pour ne
pas débattre de l’augmentation des frais de scolarité.

« Ils ont choisi de boycotter la discussion, malheureusement. Depuis,
nous avons fait une réflexion. Nous avons fait un choix fondé sur notre
volonté d’avoir un système d’enseignement postsecondaire de calibre
mondial et de se donner les moyens pour y parvenir », a dit M. Charest.

Le débat sur les droits de scolarité perdure depuis des années au Québec
et la décision du gouvernement, longuement mûrie, « reflète une
politique juste », a poursuivi le premier ministre.

Même après la hausse de 1625$ sur cinq ans des droits de scolarité,
l’effort financier des étudiants québécois sera moindre – en proportion -
que celui exigé à la cohorte des années 1960, a-t-il justifié.
Au terme de l’exercice, ce sont les contribuables qui continueront
d’assumer l’essentiel de la facture alors que la part des étudiants ne
sera que de 17 pour cent du coût total de leur formation, a insisté le
premier ministre.

Plus tôt en matinée, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a de
nouveau fait la leçon aux leaders étudiants à l’origine des entraves à
la circulation et des gestes de « perturbation économique ».

S’en prendre aux travailleurs qui paient la note n’aidera pas la cause
étudiante, a-t-elle soutenu.
« C’est un peu mordre la main qui nous nourrit. Les étudiants disent: ‘je
ne veux plus rien payer du tout ou je ne veux pas augmenter ma
contribution’.

Mais l’argent doit venir de quelque part. Si on nuit à
l’activité économique, si on empêche des gens d’aller au travail, c’est
carrément mordre la main de celui à qui on veut refiler la facture », a a
dit la ministre.
Pendant qu’il est question de coups d’éclat et de blocus des voies
publiques, les vrais enjeux du débat sont occultés, a de son côté
déploré le coporte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir.

« Le débat aujourd’hui, c’est le débat sur l’avenir de l’éducation,
l’accessibilité de l’éducation, l’avenir de tout le Québec. Tout le
reste, ces histoires de contestation, de manifestation, de blocage de
pont, de quelques grabuges ne font que dévier du véritable enjeu », a
argué le leader de gauche en point de presse.

S’il ne cautionne pas « tout le détail de ses actions », le député de
Mercier s’est dit « fier » de l’engagement de sa fille, interceptée par la
police après avoir participé mardi au blocage du pont Champlain sur la
Rive-Sud de Montréal avec un groupe de manifestants.
« Je suis solidaire de ma fille, j’aime ma fille et je suis fier de ce
qu’elle fait. Elle est très engagée, c’est ce qu’elle a reçu comme
éducation de ses parents. (…) Si elle a besoin de moi pour payer sa
contravention, je vais la payer », a-t-il dit.

Le premier ministre a quant à lui décoché quelques flèches en direction
de sa vis-à-vis de l’opposition péquiste, Pauline Marois, qui évite de
révéler ses vues sur le financement des études postsecondaires.
Mme Marois promet en effet d’annuler la hausse décrétée par les libéraux
une fois portée au pouvoir mais ne formule aucune proposition de
rechange, si ce n’est la tenue d’un vaste sommet sur l’enseignement
supérieur.

Le refus de Mme Marois de prendre position sur la question du
financement universitaire est un « échec de sa part » et un « manque de
leadership », a déclaré M. Charest. « Après des années de débat, elle devrait être en mesure (de prendre
position). Je regrette infiniment qu’elle n’assume pas de leadership sur
cette question et qu’elle choisisse d’écouter l’aile gauche », a-t-il
relevé.

En vertu du rajustement annoncé par le gouvernement libéral, les droits
annuels de scolarité au Québec passeront de 2168$ à 3793$.
Pour Mme Marois, il s’agit-là d’une augmentation « brutale » que n’ont pas
les moyens d’encaisser les étudiants.
« Les jeunes ont parfaitement raison de se battre contre cette hausse.
Aucun n’accepterait une hausse des tarifs d’électricité, de taxes ou
d’impôts de 75 pour cent », a-t-elle lancé à l’occasion d’une activité à
Montréal.

Aussi dans National :

blog comments powered by Disqus