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Et si plus personne ne voulait travailler? Et si chaque village avait sa monnaie? Au fil de 50 questions qui peuvent sembler incongrues, David Boyle, l’auteur de l’ouvrage Et si l’argent poussait dans les arbres?, tente de décortiquer le fonctionnement de l’économie. Voici trois des nombreuses idées présentées dans son livre qui mériteraient qu’on s’y attarde pour mesurer ce qui se fait au pays.

Travailler moins

Il y a 80 ans, le célèbre économiste John Maynard Keynes prévoyait que, grâce au progrès, l’humain pourrait se contenter de travailler 15 heures par semaine pour vivre. C’était avant l’essor de la société de consommation et l’essor de la dette des ménages. Ainsi, de 2000 à 2010, la dette mondiale des ménages a augmenté de 91%, pour atteindre 109 000G$. L’humain gagnerait à travailler moins, selon David Boyle, qui note que le taux d’Américains satisfaits de leur travail est passé de 60% en 1987 à 47% en 2012. Dans l’Utah, où la ré­duc­tion des heures de travail est à l’essai dans la fonction publique, 80% des employés ont remarqué un effet positif sur leur travail et leur bien-être, indique l’auteur. La réduction des émissions de GES occasionnée par le passage à la semaine de quatre jours a en outre été de 14%.

Et ici?
Les Québécois travaillent en moyenne 35,4 heures par semaine, selon les données de Statistique Canada. Ce sont ceux qui travaillent le moins au Canada, loin des Albertains (39 heures par semaine) et de la moyenne canadienne (36,6 heures). Mais on est encore loin de la société des loisirs promise. Depuis 40 ans, le temps de travail hebdomadaire n’a diminué que de 3,7% au Canada.

Féminiser la finance

Des 160 banques centrales que compte la planète, seulement 12 sont dirigées par des femmes, écrit David Boyle, qui a intitulé un des chapitres de son livre «Et si les femmes dirigeaient la finance?» Il cite une étude de 2007 réalisé par deux chercheurs de Cambridge qui concluaient que le niveau de testostérone élevé chez les opérateurs de marché de sexe masculin les poussait à prendre des risques inconsidérés. «Si la finance était moins sexiste, nous aurions une industrie plus dynamique et plus réceptive… Cela pourrait également réduire la quantité d’argent consacré aux activités spéculatives», écrit David Boyle, qui cite le cas de la Norvège. Là-bas, le pourcentage de femmes siégeant aux conseils d’administration est passé de 6% à 44% de 2002 à 2008. Hasard ou pas, le pays a été l’un des rares pays industrialisés à échapper à la crise financière mondiale de 2008.

Et ici?
Les femmes occupent 14,5% des postes d’administrateurs des 500 plus grosses entreprises canadiennes. C’est trop peu, selon Yvan Allaire, président de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques. Pour atteindre le même objectif que s’est fixé la France (40% de femmes aux CA), il faudrait que, pendant 10 ans, 1 poste vacant sur 2 soit comblé par une femme.

L’économie du bien-être

L’argent ne fait pas le bonheur, selon le proverbe. David Boyle donne l’exemple du Costa Rica. Le pays ne figure qu’en 66e position pour le PIB per capita, c’est-à-dire la richesse nationale divisée par le nombre d’habitants. Mais il figure au premier rang du classement Happy Planet, qui retient plusieurs critères, dont l’empreinte écologique, l’espérance de vie et le degré de bonheur des populations. Une économie plus verte pourrait impliquer un rationnement des émissions de carbone de chaque habitant. Partir en Europe par avion impliquerait, par exemple, de manger moins de steak (la nourriture la plus énergivore). On instaurerait aussi un passeport pour l’argent qui quitterait le pays (32 billions de dollars sont dans des paradis fiscaux), et les pays n’importeraient plus les produits qu’ils produisent.

Et ici?
En 2012, l’Association des économistes québécois avait demandé à des chercheurs de mesurer le score du Québec à l’Indice Vivre mieux de l’OCDE. Résultat: le Québec trô­nait au sommet. «Au chapitre du bien-être de la population, le Québec présente d’incontestables forces par rapport aux 34 pays de l’OCDE: qualité du logement, compétences en lecture, état de santé, faible criminalité. Mais la pérennité de ce bien-être dépend de la préservation de la capacité d’intervenir de l’État, qui à son tour passe par des finances publiques soutenables à long terme. Même insatisfaisant, le PIB est donc là pour rester», concluait l’association.

Livre Et si l'argent poussait dans les arbres
Et si l’argent poussait dans les arbres?
Éditions Marcel Didier

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