IQALUIT, Nunavut – L’endroit ne figurera pas sur l’itinéraire de la visite nordique annuelle du premier ministre Stephen Harper, et il s’agit d’ailleurs d’un endroit où ce dernier n’aimerait sans doute pas être vu. Mais alors que M. Harper se trouve à Iqaluit pour vanter les investissements de son gouvernement en science et en technologie, peu d’attention sera accordée à l’une des prisons les plus tristement célèbres du Nord, à quelques kilomètres de là.

Les conservateurs fédéraux ne veulent rien savoir de cette prison et sont plus qu’heureux de laisser le dossier entre les mains du gouvernement territorial, qui en est officiellement responsable, mais qui semble réticent à s’attaquer aux mauvaises conditions qui y règnent.

Le territoire n’a pas fait grand-chose pour régler la liste des problèmes graves que l’enquêteur correctionnel a identifiés il y a plus d’un an. En fait, l’enquêteur Howard Sapers n’a pas entendu parler du gouvernement du Nunavut depuis qu’il a déposé son rapport sur le Centre correctionnel de Baffin, en avril 2013.

Au cours d’une récente entrevue, M. Sapers a reconnu qu’une fois le document déposé, son bureau n’avait pas le pouvoir de forcer des changements, et que le gouvernement n’avait pas l’obligation de répondre au rapport. Voilà pourquoi, dit-il, le rapport ne comptait pas de recommandations, mais simplement une liste d’observations. Les problèmes doivent être résolus par le gouvernement territorial, a-t-il souligné.

Le rapport en question, qui a été discrètement mis en ligne au printemps sur le site Internet du ministère territorial de la Justice, dresse une liste de graves problèmes constatés dans la prison.

De grandes quantités de drogue et de produits de contrebande circulent entre les murs de l’établissement. Les détenus vivent dans la crainte constante de passages à tabac et d’agressions sexuelles. L’endroit compte un si grand nombre de prisonniers que ceux-ci s’entassent parfois dans des cellules conçues pour quatre fois moins de détenus. Certaines cellules n’ont pas de toilette ou d’eau courante. La prison est sale et aux prises avec des moisissures. L’odeur est particulièrement désagréable.

«Lorsque je suis entré pour la première fois, j’ai été stupéfait. Stupéfait par l’état de délabrement, a dit M. Sapers. Les conditions de détention étaient certainement bien en-deçà de tout ce que j’ai vu dans un pénitencier fédéral.»

M. Sapers va jusqu’à dire que le Centre correctionnel de Baffin est comparable à certaines des pires prisons qu’il a vues à travers le monde. «J’ai visité des prisons à travers le Canada, à plusieurs endroits des États-Unis et ailleurs dans le monde, y compris en Chine, en Corée du Sud, en République tchèque, à Singapour. Les conditions du Centre correctionnel de Baffin sont certainement aussi pires que ce j’ai pu voir ailleurs.»

Ni le ministre de la Justice Paul Okalik, ni son ministère n’ont répondu aux questions sur la prison. Ottawa a une entente avec le Nunavut pour détenir des criminels condamnés par l’État fédéral dans des prisons territoriales, dans certaines circonstances.

Les conservateurs ne sont cependant pas très chauds à l’idée d’être associés au Centre correctionnel Baffin. Lors d’une réponse donnée en novembre 2012 à des questions posées au Communes par l’ex-député libéral Denis Coderre, le ministre de la Sécurité publique de l’époque, Vic Toews, avait répété que la prison relevait du Nunavut et que le gouvernement fédéral n’en était pas responsable.

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