Yves Provencher/Métro De gauche à droite : L'avocat Marc Bellemare, les parents de Denis Bergevin-Roux, François Bergevin et Nicole Roux, le cinéaste Stéphan Parent et la mère de Maurice Viens, Francine Viens.

«Amateurisme», «bavures», «manque de communication»: un nouveau documentaire porte de sérieuses accusations contre les services policiers dans des dossiers de disparition d’enfants dans les années 1980 et 1990.

Le film Novembre 84, du cinéaste Stéphan Parent, soulève même l’hypothèse que six dossiers d’enfants assassinés et d’un enfant disparu et jamais retrouvé seraient l’œuvre d’une seule et même personne, toujours en liberté.

Les meurtres de Maurice Viens (4 ans) et Wilton Lubin (12 ans), tous deux enlevés le 1er novembre 1984 et retrouvés morts par la suite, ainsi que de Denis Roux-Bergevin (5 ans), disparu en juin 1985, sont associés dans le documentaire à ceux de Tammy Leaky (12 ans), enlevée en 1981, Pascal Poulin (10 ans), disparu en 1989, et Marie-Ève Larivière (12 ans), qui manque à l’appel depuis 1992. La disparition de Sébastien Métivier (8 ans), enlevé en même temps que Wilton Lubin, mais jamais retrouvé, est aussi examinée.

Selon le réalisateur, ces meurtres présentent tous des détails similaires. M. Parent croit connaître l’identité d’un suspect important dans l’affaire, qui a été rencontré par les policiers peu après les enlèvements de 1984, mais relâché et jamais rencontré par la suite.

M. Parent juge que les policiers n’ont pas mené à bien l’enquête, notamment en ne rencontrant pas des témoins importants. Dans le film, Manuel Gagnon, qui se baladait dans la rue avec Maurice Viens au moment de son enlèvement alors qu’il n’avait lui-même que quatre ans, affirme n’avoir jamais été rencontré par les policiers.

«Disons les vraies choses: il n’y a pas d’enquête en ce moment, lance M. Parent. On l’a vu avec certains témoins qui n’ont jamais été rencontrés par les policiers.»

Selon l’avocat et ancien ministre québécois de la Justice, Marc Bellemare, qui représente les familles des victimes, il faut à tout prix «recommencer l’enquête à zéro».

«Il faut absolument se mettre sur la piste [du suspect mentionné dans le film] au plus vite, clame-t-il. Ce que les familles demandent, c’est qu’on fasse une enquête sérieuse, et on peut encore le faire aujourd’hui, même si ça fait 30 ans.»

«Les policiers ne font pas leur ouvrage, déplore Francine Viens, mère du petit Maurice. On voudrait juste que les policiers fassent leur travail. Qu’ils fassent quelque chose.»

Irrégularités
Vérifications faites par Métro, des irrégularités semblent bel et bien avoir été constatées dès le début de l’enquête sur les enlèvements et meurtres du 1er novembre 1984.

Dans The Gazette du 20 novembre 1984, des policiers, sous le couvert de l’anonymat, affirment au journaliste que le meurtre est «résolu» et qu’un suspect sera arrêté sous peu.

Quelques mois plus tard, le 16 février 1985, un article dans le même quotidien fait état de «chaos» dans l’enquête, causée par la «rivalité» entre corps policiers. Certains policiers avaient alors la certitude de connaître l’identité du tueur et s’inquiétaient qu’il soit toujours libre, alors que d’autres rejetaient l’affirmation de toute pièce. Des sources affirment au journaliste que «les deux corps policiers (le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec (SQ), tous deux à un certain moment responsables du dossier) sont incapables de travailler ensemble».

Un chauffeur de taxi avait en effet été arrêté en lien avec l’affaire, avant d’être relâché. L’homme en question présentait des symptômes de troubles mentaux graves, et son témoignage, qui comportait une certaine connaissance des faits entourant la disparition de Maurice Viens, avait été écarté. Pour certains policiers cités par The Gazette dans l’article de 1985, cela semblait normal. Pour d’autres, le chauffeur avait un lien direct avec le meurtre et était «extrêmement dangereux.»

Fait à noter: le suspect mis en lumière par le documentaire, qui n’est jamais identifié, est au moment de la disparition de Maurice Viens, le colocataire du chauffeur de taxi. Il a lui aussi été interrogé et puis relâché. Selon le film, il aurait été interné à l’institut psychiatrique Pinel jusqu’à une semaine à peine avant l’enlèvement de Denis Roux-Bergevin en 1985.

L’homme en question avait un lourd passé criminel d’agressions sexuelles sur des mineurs et avait été reconnu coupable du meurtre d’un enfant alors qu’il était mineur, avant les enlèvements de 1984. Selon des informations collectées par Métro, il aurait été inculpé dans quelques histoires d’agressions sur des personnes mineures depuis le début des années 2000 et est toujours en liberté.

Il y a un an, la SQ annonçait qu’elle rouvrirait certaines enquêtes non-résolues, donc celles mentionnées dans cet article. Des sources policières avaient alors affirmé au Journal de Montréal qu’elles avançaient la thèse qu’un même tueur en série serait responsable de tous ces meurtres, et serait toujours en liberté.

Documentaire
Novembre 1984
Présenté le 2 novembre à la Cinémathèque québécoise et le 3 et 5 novembre au 5940 boulevard des Grandes-Prairies, Montréal.

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