Archives Métro Pierre-Luc Dusseault.

OTTAWA – Une petite semaine avant d’être élue députée le printemps dernier, la jeune Ève Péclet s’est rendue à l’évidence: elle devait annoncer à son nouveau copain qu’elle était la candidate néo-démocrate pour La Pointe-de-L’Île.

C’est qu’elle ne s’attendait tellement pas à gagner en début de parcours qu’elle n’avait pas cru bon lui révéler ce détail.

«Une semaine avant les élections, j’ai dû lui dire: je me suis présentée aux élections et ça se peut que je me fasse élire! On est encore ensemble, donc ça prouve qu’on s’en est bien tirés», lance l’élue de 23 ans.

Ève Péclet et sept de ses collègues néo-démocrates de 25 ans et moins sont entrés au Parlement par la grande porte à l’âge où leurs amis sont encore sur les bancs d’école. Le 2 mai 2011, la vague orange déferlant sur le Québec amenait dans son ressac étudiants et frais diplômés, du jamais vu à Ottawa.

Un an plus tard, ces jeunes élus confessent que pour être considérés crédibles en dépit de leur âge, ils doivent bosser fort.

Aucun d’entre eux ne s’attendait à gagner lorsqu’il a rempli les formulaires de candidature. C’est seulement vers la fin de la campagne électorale, alors que l’appui des Québécois pour Jack Layton montait en flèche, que les futurs parlementaires ont commencé à y croire. Et à réaliser ce qui les attendait.

Le soir du 2 mai 2011, ils ont vu leur quotidien basculer. Première leçon: être député, c’est beaucoup de travail.

«Ça a été drastique comme changement de vie. C’est passé de prendre un café avec mes amis, aller étudier et faire la fête, à des semaines très longues, des journées de 12 heures», se souvient Mme Péclet, finissante en droit et ancienne participante d’une émission de télé-réalité.

Les jeunes élus ont donc troqué bars universitaires branchés pour soupers spaghetti et spectacles bénéfices à la salle paroissiale afin de meubler leur samedi soir dans leur comté.

Accusés par plusieurs de n’être que des «poteaux», ils ont dû mettre les bouchées doubles pour tenter de prouver qu’ils étaient en mesure de faire le travail.

«Je trouve qu’il y a beaucoup de préjugés. Dans toutes les entrevues que j’ai faites après avoir été nouvellement élue, on me demandait: « ok, mais vous êtes jeune, est-ce que vous pouvez vraiment faire ce travail?», se rappelle Charmaine Borg, 21 ans.

Comme d’autres candidats néo-démocrates, l’étudiante en sciences politiques à McGill n’avait d’ailleurs pas mis les pieds dans la circonscription de Terrebonne-Blainville avant d’y gagner un siège. Elle a rectifié le tir en s’y trouvant un logis. La jeune femme, récemment promue porte-parole aux enjeux numériques pour son parti, déplore un climat politique dominé «par les vieux hommes», «parfois amers».

Pierre-Luc Dusseault, le plus jeune député de la Chambre des communes de l’histoire du pays, élu à 19 ans seulement, craignait d’être attaqué par ses adversaires politiques précisément sur son âge. Ça n’a pas été le cas, son jeune âge a même plutôt joué en sa faveur.

«Je le prends à mon avantage, parce qu’au début, j’ai été très médiatisé, plusieurs médias nationaux m’avaient contacté. Ça m’a donné une visibilité supplémentaire que d’autres députés n’ont peut-être pas eue, note l’étudiant de l’Université de Sherbrooke. Quand je marche dans la rue ou que je vais au restaurant, les gens me reconnaissent la plupart du temps.»

Aucun élu de moins de 25 ans ne s’est fait offrir d’emblée un poste majeur de porte-parole pour le parti aux Communes, mais quelques-uns ont pris du galon dans le nouveau cabinet fantôme de Thomas Mulcair et plusieurs siègent à des comités parlementaires. M. Dusseault vient d’ailleurs d’être désigné président du comité de l’éthique.

Quand ils sont arrivés sur la colline, les jeunes ont été encadrés, mais pas différemment des autres nouveaux élus néo-démocrates plus âgés. «Dans l’ensemble, les jeunes députés, ce ne sont pas eux qui nous ont donné le plus de trouble», explique une source au parti.

N’empêche que dans les premières semaines suivant leur élection, n’approchait pas les nouvelles recrues qui voulait, et surtout pas les journalistes. Le parti a exercé un contrôle médiatique très serré au départ, qu’il a relâché quelque peu à mesure que les nouveaux députés prenaient de l’expérience.

De vendeuse à députée

Comme tous les députés, ces jeunes néo-démocrates touchent un salaire annuel de 157 000 $, un contraste frappant avec leur ancien niveau de vie. Charmaine Borg, par exemple, a démissionné d’un poste de vendeuse dans une boutique de vêtements qu’elle occupait à temps partiel, en parallèle à ses études.

«C’est bien d’être capable de payer ses dettes», admet sa collègue d’Argenteuil-Papineau-Mirabel, Mylène Freeman. La jeune diplômée convient qu’elle a beaucoup de chance de pouvoir le faire si tôt.

Avec le nouvel emploi viennent cependant les petits désagréments. Les longues heures de trajet pour faire le déplacement entre leur comté et Ottawa font partie des côtés moins reluisants cités par les jeunes députés.

Pour Dany Morin, 26 ans, de Chicoutimi, ne plus pouvoir passer incognito et devoir constamment montrer patte blanche sont d’autres aspects plus difficiles liés à sa nouvelle tâche.

«Je n’ai jamais été une personne qui a cherché l’attention, à avoir un 15 minutes de gloire. Devenir une personnalité publique, ça veut dire qu’on perd beaucoup de notre vie personnelle», explique le chiropraticien, qui a délaissé sa pratique un an après avoir ouvert sa clinique en raison de son élection.

«Tout ce que je peux dire ou faire peut être retenu contre moi (…). Dans le domaine politique, il y a beaucoup de gens qui veulent me voler ma ‘job’!», blague-t-il.

Tous assurent que le jeu en vaut la chandelle. Ils envisagent d’ailleurs sans exception se représenter lors des prochaines élections générales en 2015. Mais d’ici là, les jeunes recrues ont encore du pain sur la planche.

«C’était un apprentissage au cours de toute la dernière année, soutient Pierre-Luc Dusseault. Ça va désormais être le temps de prendre un peu plus de place, d’avoir des dossiers un peu plus personnels.»

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