The Canadian Press Thomas Mulcair

OTTAWA – Thomas Mulcair était au courant depuis plusieurs mois que l’une de ses députées avait formulé des allégations de harcèlement, mais il avait choisi de respecter son désir de garder le tout confidentiel.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) ignorait cependant qu’une autre députée — celle qui s’est adressée au chef libéral Justin Trudeau — vivait elle aussi le même type de problème, selon l’attaché de presse principal du caucus néo-démocrate, Marc-André Viau.

Jeudi après-midi, peu avant la période des questions, une attachée de presse de la formation politique avait d’abord indiqué à La Presse Canadienne que M. Mulcair était au courant des deux cas.

Mais environ une heure plus tard, après la séance, M. Viau a corrigé le tir: la victime présumée qui s’est confiée à M. Trudeau n’avait pas formulé d’allégations auprès des responsables du NPD, a-t-il assuré.

Le parti l’a donc appris de la whip du Parti libéral, Judy Foote, le 29 octobre, soit au lendemain de la conversation.

Mme Foote a refusé de préciser si l’élue qui s’est confiée à Justin Trudeau souhaitait que l’échange demeure confidentiel.

Mais à partir du moment où il a été mis au courant de l’affaire, le député de Papineau n’avait pas le choix d’agir, a-t-elle plaidé jeudi en mêlée de presse.

«Il devait suspendre deux députés libéraux. Comment suspendez-vous deux députés libéraux sans expliquer pourquoi?»

Justin Trudeau a pris de court le NPD, mercredi, en annonçant la suspension des députés Massimo Pacetti et Scott Andrews en raison d’allégations de «fautes personnelles». Ces derniers ont déclaré mercredi qu’ils n’avaient rien à se reprocher.

Jeudi, alors qu’il était de passage dans la municipalité albertaine de Hinton, M. Trudeau a dit qu’il avait «bien pris soin de ne pas révéler le sexe, l’identité ou même le parti auquel appartiennent les personnes qui ont porté plainte, mais en tant que leader, j’ai la responsabilité d’agir».

Le NPD martèle depuis mercredi soir que les deux victimes présumées ne souhaitaient pas que leur histoire se retrouve ainsi sur la place publique et qu’elles voulaient cheminer à leur façon.

Thomas Mulcair et la whip du parti, Nycole Turmel, ont accusé le chef libéral d’avoir victimisé une seconde fois les députées en dévoilant cette histoire sans leur consentement.

La députée néo-démocrate Megan Leslie a plaidé jeudi que ses collègues avaient tout à fait le droit «de procéder comme elles le veulent».

Et le fait que les libéraux n’aient pas divulgué les noms des victimes présumées n’excuse rien, a-t-elle fait valoir lors d’une mêlée de presse avant la période des questions.

«Nous nous connaissons tous ici (au parlement). C’est un milieu de travail restreint. Savez-vous combien j’ai reçu de courriels de gens qui me demandaient si c’était moi (la victime présumée)?»

La chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, s’est pour sa part rangée du côté de M. Trudeau.

Il aurait été critiqué s’il n’avait rien fait, et on le critique actuellement parce qu’il a fait quelque chose, a-t-elle soupiré.

Mme May a par ailleurs formulé le souhait que toute cette histoire «très délicate et très difficile pour toutes les personnes impliquées» ne soit pas exploitée à des fins purement politiques — ce que Thomas Mulcair fait en parlant de «revictimisation», à son avis.

«La pire chose qui pourrait arriver serait une ‘injection de politique partisane toxique’, et je demande à M. Mulcair de revoir son approche», a-t-elle laissé tomber dans le foyer de la Chambre des communes.

Il reste maintenant à voir comment l’affaire sera gérée, car il n’existe actuellement aucune procédure officielle pour composer avec un cas opposant deux députés de la Chambre des communes.

Justin Trudeau a déclaré mercredi que «le Parlement a besoin de lignes directrices et de procédures claires pour traiter des plaintes de ce type».

Pour l’heure, c’est le président de la Chambre des communes, Andrew Scheer, qui a été saisi de l’affaire.

Il a demandé à l’Administration de la Chambre de mettre «toutes les ressources internes à la disposition des personnes concernées» et que le Bureau de régie interne «examine la question dès que cela sera possible».

Les banquettes des deux députés nouvellement indépendants au coeur de cette controverse, Massimo Pacetti et Scott Andrews, étaient vides en Chambre, jeudi.

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