Jacques Boissinot Jean Charest, Line Beauchamp. Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC – Le gouvernement Charest jette du lest et suggère d’étaler sur sept ans au lieu de cinq la hausse de 1625 $ des droits de scolarité. Il propose aussi d’ajouter 39 millions $ dans le programme des bourses.

Dans l’espoir de mettre fin au boycott des cours qui perdure depuis 74 jours, Québec a ouvert son jeu, vendredi, rendant publique la «solution globale» offerte plus tôt cette semaine à la table des négociations avant la rupture des pourparlers avec les représentants étudiants.

Mais les réactions préliminaires ne laissent pas présager un règlement prochain du conflit. Les propositions gouvernementales laissent froides les associations étudiantes.

«On va prendre le temps d’analyser ça plus en profondeur (…) mais les échos que j’ai pour l’instant de la part de nos associations étudiantes, c’est que ce ne sera pas suffisant», a dit le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin.

Loin d’alléger la charge des étudiants, l’étalement sur sept ans de la hausse des droits décrétée par le gouvernement coûtera plus cher aux universitaires compte tenu de l’indexation, selon le leader de la FECQ.

«Quand on calcule sur une période de sept ans, ça revient à un montant supérieur à 1625 $, ça revient à 1778 $ parce qu’il y a deux années indexées. Je pense que ça va stimuler la mobilisation au lieu de l’étouffer comme le souhaite M. Charest», a-t-il estimé.

En rendant publiques ses propositions, le gouvernement a voulu faire de la «politique sur le dos des étudiants», a fait valoir de son côté la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). L’offre du gouvernement ne suffira pas à clore le débat, a soutenu la présidente Martine Desjardins.

«On va prendre un peu de recul pour s’asseoir avec nos associations étudiantes pour voir quelles sont les sorties de crise et on demande au gouvernement Charest de cesser de jouer à relancer la balle. Il doit regarder la réalité et s’asseoir avec nous lorsque tout le monde aura repris son calme», a-t-elle déclaré.

Quant à la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), sa réaction a été lapidaire. Le gouvernement n’a pas saisi l’ampleur de la grogne étudiante, a soutenu la coporte-parole Jeanne Reynolds.

«On constate que le premier ministre et sa ministre de l’Éducation ne prennent pas en considération les revendications des étudiants. On verra pour la suite des choses, mais il est clair que le gouvernement n’a pas saisi la signification de notre mouvement», a-t-elle lancé.

Outre l’étalement de la hausse des droits et l’augmentation des bourses, le gouvernement maintient ses offres déposées au début du mois d’avril. Il propose en outre de bonifier les prêts, d’instaurer un mécanisme de remboursement proportionnel au revenu et de créer un conseil sur la gestion des universités.

À cela s’ajoute un mandat confié au Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études d’évaluer périodiquement l’impact de la hausse des droits sur l’accès aux études supérieures.

Ce bouquet de mesures constitue «une solution raisonnable», a dit le premier ministre Jean Charest en conférence de presse à ses bureaux de Québec, flanqué de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp.

«Je veux que tous les Québécois sachent qu’on a toujours été à l’écoute, qu’on a mis de l’avant des solutions, qu’on n’a jamais fermé la porte et je veux que les Québécois sachent ce qui a été discuté», a affirmé le premier ministre, pressant les étudiants de mettre fin au boycott de leurs cours.

L’étalement de la hausse des droits de scolarité, en incluant l’indexation des deux années supplémentaires, ramènera le «rattrapage» financier refilé aux étudiants à 255 $ par année plutôt que 325 $. En tenant compte du crédit d’impôt aux études, la facture réelle sera de 177 $.

«Pour un effort de 50 sous par jour, il n’est plus temps de compromettre l’obtention de son diplôme, a argué la ministre Beauchamp. J’invite les étudiants à aller suivre leurs cours parce que la solution proposée par le gouvernement est juste et équitable.»

Avec la bonification proposée aux bourses, une nouvelle catégorie d’étudiants deviendrait admissible à une aide financière.

Le gouvernement consent en effet à relever de 35 000 $ à 45 000 $ le seuil du revenu familial admissible. Concrètement, cela permettrait à 44 000 étudiants d’obtenir un meilleur soutien financier.

La générosité de la proposition gouvernementale ne fait pas de doute aux yeux de la ministre de l’Éducation, qui a déploré «l’intransigeance» des associations étudiantes dans ce dossier.

Plutôt que de monter aux barricades à la première occasion, les leaders étudiants devraient s’accorder un temps d’arrêt et présenter le projet d’entente à leurs membres, a-t-elle insisté.

«De façon responsable, les leaders étudiants doivent prendre le temps d’apprécier la solution du gouvernement. Je pense aussi qu’ils doivent laisser le temps à leurs membres d’apprécier l’effort du gouvernement», a-t-elle dit.

Au total, le coût de la «solution globale» avancée par Québec est évalué à 51,4 millions $. Il s’agit d’une offre à «coût nul» pour les contribuables puisqu’elle serait financée à même le crédit d’impôt aux études et le budget de fonctionnement des universités, a précisé le premier ministre.

Même s’il cherche manifestement à remporter la bataille de l’opinion publique, M. Charest s’est défendu de vouloir gagner du capital politique sur le dos des étudiants avant le déclenchement possible d’une élection.

Les intentions que lui prête la chef du Parti québécois, Pauline Marois, à cet égard sont tout simplement «ignobles» et «grotesques», a-t-il soulevé.

Porte-parole du Parti québécois en matière d’enseignement supérieur, la députée Marie Malavoy a reproché au gouvernement de ne pas s’être attaqué au coeur du problème, soit la hausse «brutale» des droits de scolarité.

«On ne peut que se réjouir de la bonification des bourses, mais l’augmentation des droits reste élevée. Elle passera de 75 pour cent sur cinq ans à 82 pour cent sur sept ans en tenant compte de l’inflation», a-t-elle souligné.

Du reste, l’offre du gouvernement n’ébranle pas la volonté du Parti québécois d’annuler la hausse projetée aussitôt porté au pouvoir, a dit Mme Malavoy.

Pour sa part, la Coalition avenir Québec (CAQ) a déploré le «manque de leadership» du premier ministre Charest, qui a attendu des semaines avant de s’engager dans le dossier.

Néanmoins, la proposition soumise par Québec mérite d’être analysée sérieusement par les étudiants, a dit le chef François Legault.

«Si Jean Charest avait eu le leadership d’un homme d’État, il aurait pris le dossier en main depuis longtemps et aurait fait cette offre aux étudiants bien avant. Il faut maintenant que la FEUQ et la FECQ acceptent de revenir à la table de négociation et parviennent à une entente rapide sur les bases de cette proposition», a-t-il déclaré.

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