The Associated Press

DEER LODGE, États-Unis – Les avocats de Ronald Smith, un Albertain condamné à mort pour des meurtres commis au Montana en 1982, accusent le gouvernement canadien d’être revenu sur sa promesse de laisser un de ses diplomates témoigner à l’audience pour la clémence, mercredi.

Ottawa avait d’abord fait parvenir une lettre afin de demander à l’État du Montana de gracier M. Smith. Cette missive avait toutefois été jugée «tiède» par certains observateurs.

Le gouvernement avait aussi clairement indiqué, à ce moment, que personne ne se déplacerait pour témoigner en faveur de l’homme aujourd’hui âgé de 54 ans.

Voilà pourquoi les avocats de Ronald Smith étaient ravis, lundi, d’apprendre que Marie-Ève Lamy, consule du Canada à Denver, se déplacerait au Montana pour faire la lecture d’une déclaration au nom d’Ottawa. Mme Lamy s’est effectivement présentée à l’audience mercredi matin, et elle a été ajoutée à la liste de témoins de l’équipe de défense à la toute dernière minute.

Mais en après-midi, elle avait disparu. L’avocat Don Vernay a donc dû faire lui-même la lecture de la missive originale jugée «tiède», devant la Commission des pardons et des libérations conditionnelles du Montana.

Les réjouissances de l’équipe de la défense auront donc été de très courte durée, a indiqué Me Vernay.

«Nous étions vraiment surpris, d’une certaine façon, (car) elle nous avait dit que le gouvernement du Canada voulait qu’elle fasse lecture de la déclaration», a-t-il affirmé.

Mais mercredi matin, Marie-Ève Lamy est allée voir l’avocat pour lui signaler qu’elle avait reçu la consigne de lire la version «tiède» de la lettre déjà transmise par Ottawa. La nouvelle missive qu’elle avait en main n’était pas un vibrant plaidoyer pour la clémence, mais elle était grandement plus enthousiaste que la lettre originale.

Le cabinet du ministre des Affaires étrangères, John Baird, n’a pas fourni d’explications sur les raisons qui ont motivé ce soudain changement.

«Le seul commentaire du gouvernement du Canada est la lettre envoyée à la Commission des pardons et des libérations conditionnelles du Montana en décembre 2011 par le ministre Baird», a écrit dans un courriel la porte-parole du ministère, Karen Foss.

La lettre originale, signée par le ministre Baird, était brève et directe. «Le gouvernement du Canada ne cautionne pas les crimes violents et cette lettre ne devrait pas être interprétée comme un jugement sur la conduite de M. Smith», peut-on lire dans cette missive datée de décembre 2011. «Le gouvernement du Canada (…) demande que vous accordiez la clémence à M. Smith pour des motifs d’ordre humanitaire.»

L’avocat Greg Jackson, qui représente Ronald Smith depuis 25 ans, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer l’attitude d’Ottawa. «C’est de la perfidie. C’est presque shakespearien, a-t-il lancé.

«C’est incompréhensible. La famille est dévastée, Ron est dévasté, surtout depuis qu’il (le gouvernement) se promène dans tous les pays du monde pour soutenir avec enthousiasme les autres Canadiens qui font face à la peine de mort.»

Ronald Smith se trouve dans le couloir de la mort depuis 1982 après que lui et un complice, tous deux fortement intoxiqués par la drogue, aient emmené Thomas Running Rabbit et Harvey Mad Man Jr. dans un boisé près de East Glacier, au Montana, pour les tuer par balles.

La commission doit livrer sa recommandation finale dans la semaine du 21 mai, mais c’est le gouverneur de l’État, Brian Schweitzer, qui aura le dernier mot sur le sort qui attend Smith.

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