Yves Provencher/Métro

MONTRÉAL – Le Québec n’est pas adéquatement outillé pour faire face aux risques de l’augmentation du transport pétrolier sur ainsi qu’en bordure du fleuve Saint-Laurent, suggère un nouveau rapport d’organismes écologistes dévoilé mercredi.

Que ce soit par oléoduc, par bateau ou par train, ces risques additionnels sont «injustifiables» pour l’écosystème ainsi que pour plusieurs communautés, estiment la Fondation David Suzuki, le Fonds mondial pour la nature et la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP).

«Pour la première fois, nous avons établi une cartographie de tous les projets en plus d’identifier les zones de risque pour que le Québec puisse se doter d’un vrai cadre», explique le directeur général de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand.

Intitulé «Le Saint-Laurent, artère pétrolière?», le document de 66 pages souligne que les déversements récents de brut survenus à Cap-aux-Meules (Îles-de-la-Madeleine) et Pointe-Noire (Côte-Nord), ont déjà démontrés les limites des plans d’urgence en place.

De plus, à eux seuls, les projets d’oléoducs d’Enbridge (inversion de la Ligne 9B) et de TransCanada (Énergie Est) contribueraient à faire quadrupler le volume de pétrole qui transite sur et en bordure du Saint-Laurent.

Jusqu’à un million de litres de pétrole pourraient s’échapper dans le futur projet Énergie Est même si TransCanada appliquait parfaitement sa capacité d’intervention dans les 10 minutes suivant la détection d’une fuite sur l’oléoduc.

«C’est classique, en évaluation environnementale, de voir des gouvernements ou des promoteurs découper des projets (…) ou ne pas regarder l’ensemble des impacts de l’ouverture d’une filière», analyse M. Mayrand.

Le rapport souligne qu’il est survenu quelque 1000 fuites d’hydrocarbures dans les réseaux d’Enbridge et de TransCanada entre 2001 et 2011 et que «l’erreur humaine» s’est avéré un «facteur déterminant».

«Les compagnies Enbridge et TransCanada ont fait l’objet de plusieurs reproches quant à leur négligence ou aux lacunes de leurs systèmes de sécurité de la part d’organismes tels que l’Office national de l’énergie, le National Transportation Safety Board et le Bureau de la sécurité des transports», est-il écrit.

L’étude souligne également que ces deux projets d’oléoducs traverseraient d’importantes sources d’eau potable. Au total, 28 prises d’eau municipales de la grande région de Montréal seraient en contact avec les oléoducs 9B et Énergie Est.

Au total, près de 3,7 millions de Québécois répartis à travers 48 municipalités seraient exposés si un déversement de pétrole devait survenir.

«Quel est le niveau de risque acceptable pour les Québécois en ce qui a trait à leur eau potable et quel est le niveau de pression supplémentaire que les écosystèmes du Saint-Laurent peuvent prendre», se demande le directeur général au Québec de la Fondation David Suzuki.

Puisque le cours d’eau représente 20 pour cent des réserves mondiales d’eau douce en plus d’abriter 15 espèces floristiques et 41 espèces fauniques en danger, les auteurs du rapport se demandent si le transport pétrolier sur le Saint-Laurent en vaut vraiment la chandelle.

De son côté, TransCanada a déjà fait valoir que le Québec pourrait toucher des recettes fiscales de plus de 2 milliards $ en combinant la phase de conception et de construction ainsi que celle d’exploitation de son projet Énergie Est.

Sans avoir de «réponse définitive» sur la question pétrolière sur et en bordure du fleuve Saint-Laurent, les groupes écologistes croient qu’il est «raisonnable» de conclure que des projets comme Énergie Est et l’inversion de la Ligne 9B ne devraient pas être autorisés.

Ils craignent entre autres des impacts significatifs et potentiellement «irréversibles» sur le fleuve Saint-Laurent si rien n’est fait.

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