PC Il n'y avait pas de gicleurs dans la résidence pour aînés qui a brûlé à l'Isle-Verte

MONTRÉAL – Il sera désormais obligatoire pour la plupart des résidences privées pour aînés déjà construites de se doter d’un système de gicleurs, a annoncé le gouvernement du Québec qui affirme vouloir éviter un autre drame comme celui de L’Isle-Verte.

En présentant mardi cette nouvelle exigence pour les résidences certifiées, le ministre québécois du Travail, Sam Hamad, a rappelé qu’il s’agit là de l’une des recommandations du rapport du coroner Cyrille Delâge, après l’incendie de la Résidence du Havre à L’Isle-Verte. En janvier 2014, 32 personnes âgées y ont perdu la vie, ce qui a mis en branle une grande révision de la sécurité des foyers pour aînés.

Les propriétaires de cette résidence avaient déjà fait savoir qu’ils sont loin d’avoir les moyens financiers pour faire installer des gicleurs automatiques et qu’ils craignent de devoir mettre la clé sous la porte.

Mardi, le ministre Hamad s’est dit conscient de cette situation. Il estime le coût total des travaux pour les résidences du Québec entre 220 et 260 millions $. C’est pourquoi il a indiqué que les résidences auront cinq ans pour se conformer à cette nouvelle exigence et que son gouvernement a prévu un programme d’aide financière.

Par contre, aucun chiffre n’a été avancé pour le moment. Il faudra attendre le prochain budget pour voir dans quelle mesure les propriétaires de résidences recevront de l’aide et quelle forme elle prendra: crédit d’impôt, subvention ou prêt.

«La sécurité des aînés n’a pas de prix», a martelé Sam Hamad en conférence de presse à Québec avant de répondre que le gouvernement n’allait pas défrayer le coût total de cette nouvelle obligation.

«En partie», a-t-il dit, promettant que l’incitatif financier sera «assez intéressant».

Les travaux pour l’installation d’un système de gicleurs peuvent être très onéreux. Lors de son témoignage devant le coroner Delâge, le copropriétaire de la Résidence du Havre à L’Isle-Verte, Roch Bernier, avait témoigné qu’il avait obtenu une soumission pour faire installer des gicleurs dans la partie ancienne de la résidence — celle qui a été complètement rasée par les flammes et où les résidants ont perdu la vie — et que la facture se serait élevée à 75 000 $.

Sans être une panacée, les gicleurs «vont aider le travail des services incendies et des vies pourront être sauvées», a indiqué le ministre Hamad.

Le coroner Delâge avait d’ailleurs eu cet avertissement dans son rapport dévoilé la semaine dernière: «Je voudrais ici que l’on me comprenne bien. Un système de gicleurs automatiques dans un immeuble ne règle pas tous les problèmes, particulièrement lors d’un feu de structure qui pourrait causer une fumée mortelle à l’intérieur d’un bâtiment sans l’intervention du système».

Par contre, ils peuvent retarder la progression du feu et permettre une évacuation plus sécuritaire.

Certains établissements n’auront toutefois pas à être équipés de gicleurs. Les bâtiments de type unifamilial accueillant au maximum neuf personnes et ceux ne comportant qu’un seul étage et ne regroupant pas plus de huit logements seront ainsi exemptés.

Ceux-ci devront toutefois respecter certaines conditions, notamment d’avoir à chaque étage une porte menant à l’extérieur du bâtiment.

L’annonce n’est qu’une première étape, a dit M. Hamad. Après, Québec regardera ce qui peut être fait pour les résidences pour aînés qui ne sont pas certifiées par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Le Parti québécois salue la mesure, mais se demande comment elle sera appliquée sur le terrain.

Le délai de cinq ans pour l’installation est long, a souligné le député Harold LeBel. Il soutient que des moyens financiers devront aussi être donnés à la Régie du bâtiment pour faire les inspections nécessaires.

L’Association des chefs en sécurité incendie du Québec (ACSIQ) a réagi positivement à la nouvelle, qui permettra «une évacuation efficace et adéquate des résidants en cas d’urgence».

Quant au Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), il applaudit l’annonce du gouvernement, mais s’inquiète de l’impact de la mesure sur les petits foyers.

«Tout le monde est d’accord pour augmenter la sécurité. Mais qui paie?», demande Yves Desjardins, président-directeur général du RQRA.

«Et ça doit être une aide véritable, a-t-il dit en entrevue. Si c’est pour la frime, si c’est pour ‘on va vous aider à avoir un prêt’, ça va fermer pareil.»

Selon ses chiffres, il y a 1905 résidences privées certifiées au Québec. Mais depuis les deux dernières années, environ 200 résidences ont quitté la certification du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

M. Hamad a aussi promis que son gouvernement allait maintenant s’attaquer aux autres recommandations du coroner Delâge, sans offrir d’échéancier.

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