Yves Provencher/Métro

OTTAWA – Alors que les chefs de l’opposition à Ottawa ont vivement critiqué le premier ministre Stephen Harper pour les propos qu’il a tenus au sujet de Radio-Canada, le président et directeur général de la société d’État, Hubert Lacroix, a refusé de les commenter directement.

On a accusé en Chambre M. Harper de voir «des ennemis partout», on l’a fustigé pour avoir tenu des propos «pathétiques», on lui a demandé d’«avouer» que son gouvernement prenait «un malin plaisir à saigner CBC/Radio-Canada», on lui a réclamé des excuses.

Rien n’y fit: le premier ministre n’a visiblement pas l’intention de rectifier ses propos sur le radiodiffuseur public, qui emploie selon lui une quantité importante de gens ayant en horreur les valeurs conservatrices, dont la lutte au terrorisme ou à la criminalité.

«Je comprends très bien qu’il y a beaucoup (de gens) à Radio-Canada qui détestent ces valeurs, mais je pense que ces valeurs sont les vraies valeurs d’un grand pourcentage de Québécois», a déclaré M. Harper vendredi dernier sur les ondes du FM93, une station de radio de Québec.

Loin de se rétracter, le premier ministre a même utilisé ces questions comme autant de tremplins pour sauter sur ses adversaires.

Ainsi, au chapitre des valeurs, le Nouveau Parti démocratique (NPD) chérit les «bénéfices pour des bureaucraties et des syndicats» et «ne prend pas au sérieux la lutte contre des terroristes, des djihadistes et des criminels», a déclaré M. Harper aux Communes, mardi.

Et parce qu’ils ne sont pas au diapason des aspirations de la population québécoise, «la vague orange au Québec est devenue les cônes oranges et les Québécois vont se débarrasser d’eux» aux prochaines élections, a-t-il ajouté.

Au chef du Parti libéral, Justin Trudeau, qui réclamait des excuses, Stephen Harper a lancé que les libéraux étaient dans le même panier que les néo-démocrates et les souverainistes, qui privilégient les hausses d’impôt.

La station radiophonique d’où est née la controverse l’a alimentée, mardi, en diffusant une entrevue avec l’ancien chef de l’Action démocratique du Québec, Mario Dumont, qui a dit regretter de n’avoir pas lui-même attaqué Radio-Canada à l’époque où il dirigeait le parti.

Il a dit au micro des animateurs Éric Duhaime et Nathalie Normandeau que de camper Radio-Canada comme un «ennemi politique» lui aurait probablement permis d’obtenir de meilleurs résultats électoraux.

Est-ce donc cela que Stephen Harper tentait de faire en y allant de cette déclaration, de surcroît dans une station qui émet dans une région où les conservateurs espèrent réaliser des gains?

Le député néo-démocrate en matière de patrimoine, Pierre Nantel, n’exclut pas l’hypothèse.

«Peut-être espère-t-il arroser d’un peu d’essence les braises de certains candidats conservateurs qui considéraient peut-être se présenter avec eux aux prochaines élections», a-t-il suggéré en point de presse.

Le chef du Bloc québécois, Mario Beaulieu, a quant à lui dénoncé par voie de communiqué une «charge à fond de train du gouvernement conservateur contre tout ce qui pourrait remettre en question son idéologie» et qui est «indigne d’un premier ministre».

Si la sortie de Stephen Harper a suscité l’indignation aux Communes en plus faire couler beaucoup d’encre, elle n’a pas été commentée par le grand patron de CBC/Radio-Canada, qui s’exprimait mardi devant un comité sénatorial.

«Vous savez que je ne ferai aucun commentaire sur les commentaires du premier ministre», a laissé tomber M. Lacroix à sa sortie du comité, dont le thème était «Défis devant lesquels se trouve la Société Radio-Canada».

Il a plaidé que son rôle, à titre de dirigeant, était de «s’assurer que les valeurs journalistiques de CBC/Radio-Canada sont vigoureusement appliquées dans la livraison de nos nouvelles».

C’est «ce qu’on fait à tous les jours et j’en suis très fier», a-t-il tranché.

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