Jacques Boissinot Amir Khadir. Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC – À la veille d’une mission d’une rare envergure en France, le gouvernement Couillard a commis, mercredi, un «impair diplomatique» en pleine Chambre, selon l’opposition, qui mérite des excuses à l’Islande.

Les libéraux ont refusé de donner leur consentement pour débattre d’une motion soulignant la visite d’un invité de marque du gouvernement du Québec, le président de l’Islande, Ólafur Ragnar Grímsson, qui venait à peine de quitter les tribunes après la période de questions.

La motion était pilotée par Québec solidaire et appuyée par les deux autres partis d’opposition, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec. Elle soulignait la visite du président et lui transmettait «l’admiration» de l’Assemblée nationale «pour le peuple islandais, pour son succès économique obtenu par des mesures gouvernementales mises en place après une large consultation populaire suite à la crise économique de 2008».

L’Islande s’est en effet fait remarquer ces dernières années pour avoir assisté à la débâcle de son système bancaire, mais aussi pour avoir dit non aux politiques d’austérité. Ses citoyens ont aussi refusé par voie de référendum d’assumer la dette d’une banque en faillite.

Selon le député Amir Khadir, de Québec solidaire, il s’agit d’un «impair diplomatique» et les libéraux ont profité de l’absence de M. Grimsson pour s’opposer.

M. Khadir s’explique mal la décision du gouvernement de refuser cet honneur à son invité. «C’est une réaction défensive des libéraux qui se sentent jugés par ça», a déclaré M. Khadir en entrevue téléphonique, en estimant qu’ils font un parallèle entre la situation de l’Islande et celle du Québec.

«Le gouvernement islandais a choisi de soumettre des décisions économiques à la population plutôt que de les imposer par en haut, contrairement au gouvernement libéral qui dit: ‘je sais mieux que vous ce qui est bon pour vous.’»

L’opposition péquiste a jugé que c’était «un manque d’élégance» du gouvernement de ne pas rendre hommage au chef d’État. «Il n’y a pas dans cette motion la moindre attaque contre quiconque, a dit la députée d’Hochelaga-Maisonneuve, Carole Poirier. C’est une motion de reconnaissance de leur succès (des Islandais).»

Peut-être que le premier ministre Philippe Couillard n’avait pas apprécié le plaidoyer en faveur de l’indépendance nationale qu’avait tenu mardi M. Grimsson pendant une conférence de presse conjointe, a laissé entendre Mme Poirier. Elle a rappelé que M. Couillard soupait avec le président mercredi soir au sommet sur le développement nordique, et qu’il aura «peut-être la chance de présenter des excuses au nom du gouvernement».

De leur côté, les libéraux ont justifié leur refus de débattre de la motion. Le gouvernement a tenté de s’entendre avec les partis d’opposition sur un libellé plus «neutre», mais en vain, a expliqué le porte-parole du leader parlementaire du gouvernement, Félix Rhéaume.

La motion était telle qu’elle jugeait les choix budgétaires d’un autre gouvernement, selon ce qu’a indiqué M. Rhéaume.

L’incident survient à quelques jours d’une grande mission chez le plus proche allié du Québec, la France. Le premier ministre se rend en visite officielle avec six autres ministres.

Par ailleurs, les trois élus de Québec solidaire ont réussi à se faufiler pour rencontrer le président islandais, avant la période de questions. Ils ont pu s’entretenir avec lui pendant environ cinq à sept minutes, dans la salle de réception des dignitaires, selon ce qu’a rapporté M. Khadir. Ils lui ont manifesté toute leur admiration et M. Grimsson a parlé des gestes qu’il a posés à la suite de la crise financière.

L’opposition officielle péquiste n’a pas réussi à fixer un entretien avec le chef d’État, qui pourtant la veille avait livré un vibrant plaidoyer pour l’indépendance nationale devant son hôte, Philippe Couillard, au cours d’une conférence de presse conjointe.

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