QUÉBEC – Le premier ministre Philippe Couillard a lancé un appel à son ex-ministre Yves Bolduc à être «plus que sensible» au tollé soulevé par sa décision de toucher une allocation de départ de 152 000 $.

Mal à l’aise devant cette situation, M. Couillard a reconnu que la décision revenait à M. Bolduc, dont la démission cette semaine a provoqué un remaniement mineur qui fait passer le ministre François Blais de l’Emploi à l’Éducation.

«Je lui lance un appel à être sensible, plus que sensible à l’inquiétude et à la préoccupation des citoyens sur cette question, a-t-il dit lors d’une conférence de presse. Maintenant, je pourrais me borner (à dire) que c’est son choix, ce qui est rigoureusement exact, c’est lui qui fait ce choix-là.»

M. Couillard a rappelé qu’il avait déjà proposé d’aller de l’avant avec les recommandations d’un rapport qui proposait notamment de hausser la rémunération des députés en contrepartie de modifications à leurs autres avantages.

«Je veux quand même profiter de l’occasion pour dire que moi, je veux que cette pratique cesse, a-t-il dit. Et spécifions, les primes de séparation entre élections. La seule façon qu’on va pouvoir changer cette question, c’est (de l’) aborder, sous l’angle du rapport indépendant.»

Embourbé dans une accumulation de controverses, M. Bolduc a annoncé jeudi qu’il quittait la politique pour retourner à la pratique médicale.

À la veille d’une mission en Europe, M. Couillard a rencontré la presse immédiatement après la cérémonie d’assermentation de M. Blais dans ses nouvelles fonctions, au cabinet du lieutenant-gouverneur Pierre Duchesne.

La démission de M. Bolduc est survenue après que M. Couillard eut refusé de renouveler sa confiance en lui en plus de laisser la porte ouverte à un remaniement, un geste inhabituel à moins d’un an de la dernière élection, survenu après une suite de faux pas de plusieurs ministres.

«Mon rôle n’est pas de mettre le couvercle sur la marmite, mais de poursuivre le développement du Québec et d’équilibrer les finances publiques», a-t-il dit.

M. Couillard a souligné que ce remaniement faisait passer le nombre de ses ministres de 27 à 26, ce qu’il a présenté comme une diminution de la taille de l’État, sans pouvoir toutefois donner d’exemple d’impact financier concret.

«Il y a des économies avec lesquelles il faut être prudent et on va les quantifier, a-t-il dit. Mais je parle surtout de simplification: (ce sont) des ministères qui, de toute évidence, ont des missions qui sont contiguës», a-t-il dit.

M. Couillard n’a pas fermé la porte à d’autres regroupements de ministères et organismes publics d’ici la fin de son mandat.

«Tout ça est toujours à l’étude», a-t-il dit.

Doyen de la faculté de sciences sociales de l’Université Laval — en congé sans solde —, docteur en philosophie, M. Blais était jusqu’ici ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Son portefeuille a été confié au ministre du Travail, Sam Hamad, qui avait déjà cumulé les deux fonctions en 2010 dans le gouvernement minoritaire de Jean Charest.

M. Blais, député de Charlesbourg, est demeuré très prudent concernant la réforme de la gouvernance et du territoire des commissions scolaires.

«Je la vois de très loin, a-t-il dit. Encore hier, j’étais dans mes dossiers d’emploi et de solidarité sociale. J’étais assez absorbé par ces dossiers-là. Je comprends que c’est un enjeu important.»

M. Blais a affirmé qu’il demanderait un avis au commissaire à l’éthique pour déterminer si son lien de professeur syndiqué avec l’institution pourrait créer un conflit d’intérêt avec ses nouvelles fonctions.

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a pour sa part été nommé ministre responsable de la Côte-Nord, une responsabilité qu’assumait M. Bolduc.

Plus tôt cette semaine, le chef du gouvernement avait refusé de renouveler sa confiance envers son ministre devenu source d’embarras. Abandonné par le premier ministre, M. Bolduc a quitté ses fonctions à la suite d’une longue liste de controverses, la dernière étant sa décision de toucher son indemnité de transition de 152 000 $, une décision dénoncée par l’opposition.

Deux autres députés qui ont démissionné depuis l’élection d’avril dernier, Élaine Zakaïb, du Parti québécois, et Christian Dubé, de la Coalition avenir Québec, avaient renoncé à toucher cette allocation.

Les derniers mois de la carrière politique de M. Bolduc, élu en 2008, avaient pris des allures de chemin de croix. Il a notamment été dénoncé pour avoir accepté une prime de 215 000 $ pour prendre en charge des patients lorsqu’il était député dans l’opposition, en juin, et pour avoir banalisé les coupes dans les achats de livres dans les écoles, en août. La semaine dernière, il a fait les manchettes de la presse internationale en justifiant la fouille à nu d’une écolière, estimant qu’elle avait été faite de manière «très respectueuse».

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