Jacques Boissinot Ensaf Haider, Philippe Couillard. Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC – Une mise en garde de l’Arabie saoudite contre toute tentative d’ingérence a été accueillie froidement, mercredi, par les parlementaires québécois, qui ont renouvelé leur opposition au traitement réservé au blogueur emprisonné Raïf Badawi.

Une lettre transmise en mars au président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, par l’ambassadeur saoudien à Ottawa Naïf Bin Bandir AlSudairy, exprime la surprise des autorités saoudiennes concernant les propos rapportés dans les médias québécois concernant M. Badawi.

«Le Royaume regrette les attaques des médias contre le Royaume et son appareil judiciaire, insiste sur le fait qu’il n’acceptera aucune forme d’ingérence dans ses affaires internes et rejette toute intrusion dans sa souveraineté ou atteinte à l’indépendance et l’intégrité de son processus judiciaire, où aucun pouvoir ne peut se substituer à celui des juges», indique la lettre.

M. Badawi, un blogueur, a été condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouets pour ses prises de positions pour les droits de la personne.

En février dernier, les députés de tous les partis représentés à l’Assemblée nationale ont adopté à l’unanimité une motion demandant la libération du prisonnier, dont la famille est établie à Sherbrooke. Cette motion avait été acheminée aux autorités saoudiennes, a confirmé mercredi l’Assemblée nationale.

La réponse de l’ambassadeur, datée du 10 mars dernier, a été déposée en Chambre le 25 mars par M. Chagnon, qui l’a ainsi rendue publique.

Dans le document du royaume saoudien, la loi islamique est présentée comme une garantie contre les violations des droits de la personne.

«Le Royaume n’accepte aucune attaque au nom des droits de la personne, particulièrement quand sa constitution s’appuie sur la loi islamique, qui garantit les droits de la personne et préserve son sang, sa richesse, son honneur et sa dignité», indique la lettre.

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a déclaré mercredi que la lettre des autorités saoudiennes n’aura aucun effet sur la mobilisation en cours.

«On réitère notre appui à Raïf Badawi, on veut sa libération, a-t-elle dit. L’important, c’est de poursuivre la mobilisation de toute la société et on le voit partout dans le monde. On va continuer à mobiliser, on va faire notre part pour appuyer M. Badawi, son épouse et ses enfants. Et la motion unanime qu’on a adoptée, il y a lieu de répéter qu’on a parlé d’une seule voix, c’est important, c’est un geste important que tous les élus du Parlement ici au Québec ont exprimé.»

Lors d’un point de presse précédant la période des questions, à l’Assemblée nationale, la ministre a refusé de dire si la missive diplomatique pouvait être perçue comme une tentative d’intimidation.

«Je ne voudrais pas interpréter l’envoi de cette lettre, mais notre réaction c’est qu’on est déterminés à continuer, à poursuivre notre défense de M. Badawi et la défense des droits humains partout dans le monde, a dit Mme Weil. Évidemment, c’est un cas flagrant où ces droits fondamentaux ont été brimés.»

Le premier ministre Philippe Couillard, qui a séjourné en Arabie saoudite dans les années 1990 lorsqu’il était médecin, n’a pas élaboré sur le sujet.

«On a fait état de notre opinion, c’est normal qu’on l’ait fait», a-t-il laissé tomber dans un corridor sans s’arrêter.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’est réjoui de la possibilité de faire savoir à l’Arabie saoudite que les élus québécois désapprouvent le traitement réservé à M. Badawi.

«S’ils ne sont pas contents, puis s’ils veulent défendre d’autres valeurs, bien je suis content qu’ils sachent que nous, on n’est pas d’accord avec ce qu’ils font, entre autres, avec Raïf Badawi», a-t-il dit.

La porte-parole péquiste en matière de relations internationales, Carole Poirier, a affirmé que la motion de l’Assemblée nationale témoigne de l’attachement du Québec à la liberté d’expression.

«Il a une femme et trois enfants à Sherbrooke, qui ont été accueillis par la population, pour justement défendre cette liberté d’expression, a-t-elle dit. On a marché dans les rues pour la liberté d’expression au Québec et pour nous c’est important d’avoir une motion qui demande tout simplement à l’Arabie saoudite d’arrêter la flagellation d’un homme et de rapatrier Raïf Badawi au Québec.»

À Ottawa, mercredi, le député libéral Marc Garneau a obtenu l’appui de la Chambre des communes à une motion semblable à celle de l’Assemblée nationale. Dans cette résolution, les parlementaires fédéraux dénoncent «le traitement répréhensible de Raïf Badawi» et demandent au gouvernement de l’Arabie saoudite «de cesser sa punition et de le libérer immédiatement».

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