OTTAWA – Le réchauffement des relations diplomatiques entre La Havane et Washington ne signifie pas que le marché immobilier de Cuba sera soudainement ouvert aux investisseurs étrangers, prévient l’ambassadeur de ce pays.

Les présidents Raul Castro et Barack Obama ont causé la surprise, en décembre, lorsqu’ils ont annoncé une normalisation des relations entre les deux pays après 53 ans d’embargo américain. Certains promoteurs internationaux y ont immédiatement vu des occasions en or pour le développement de la côte antillaise de l’île, à peu près vierge, sans compter la capitale, qui recèle des trésors immobiliers.

Mais l’ambassadeur de Cuba au Canada Julio Garmendia Pena a rappelé récemment que les terrains appartiennent au peuple cubain, même si l’île est ouverte à des investissements dans d’autres secteurs.

Plusieurs obstacles se dressent encore sur la voie du rapprochement complet entre les États-Unis et Cuba, notamment l’établissement de liens diplomatiques et la levée de l’embargo économique, que La Havane appelle «le blocus». Mais par-dessus tout, Cuba veut régler le contentieux historique sur la propriété foncière — un litige qui vaut des milliards de dollars.

Lors de la révolution communiste de Fidel Castro en 1959, le nouveau gouvernement a saisi et nationalisé les énormes actifs américains dans le pays — le téléphone, plusieurs services publics, des plantations de canne à sucre et autres propriétés privées, dont plusieurs hôtels Hilton. La valeur de ces actifs atteindrait 7 milliards $ US, une somme réclamée à grands cris par la diaspora cubaine de Miami, très remontée contre le régime communiste, et très influente aux États-Unis.

L’ancien ambassadeur canadien à Cuba Mark Entwistle, qui a été en poste à La Havane de 1993 à 1997, estimait lundi que les deux pays devront d’abord s’entendre sur des compensations dans ce dossier avant que tout le reste n’aille de l’avant.

«On entend beaucoup ces temps-ci — surtout aux États-Unis — qu’une ruée vers l’or (immobilière) s’en vient à Cuba», explique M. Entwistle. «Cette perception est attribuable à un énorme manque d’informations sur Cuba, un manque de connaissance sur ce pays, sur ce que les Cubains ont traversé, sur ce qu’ils vivent présentement, et à quoi ils aspirent.» Et malgré les liens plutôt amicaux qu’Ottawa a conservés avec La Havane, les investisseurs canadiens n’auront pas plus de chances que les autres de percer le marché immobilier cubain, estime l’ex-diplomate.

L’ambassadeur Pena a lui aussi rappelé que Cuba a retenu une ou deux leçons de l’époque où les Américains en menaient large sur l’île. «Lorsque (à la révolution) nous avons dressé la liste des propriétés, nous avons été secoués. Alors cette fois-ci, nous avons décidé d’être plus prudents.»

L’ex-ambassadeur canadien abonde: «On ne verra plus jamais un seul pays contrôler les deux tiers de l’économie nationale, et tous les services publics, le téléphone, l’électricité, et plus de 80 pour cent des plantations de canne à sucre et des terres agricoles», a-t-il estimé.

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