Jacques Boissinot Lise Thibault, Real Cloutier. Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC – Non seulement Lise Thibault n’a pas les moyens de rembourser les 430 000 $ réclamés par la Couronne pour sa fraude, mais elle paie déjà pour son crime en étant complètement ostracisée, a expliqué en pleurs son conjoint, vendredi, à l’étape des observations sur la peine au palais de justice de Québec.

La défense a ainsi tenté d’amoindrir la peine envisagée par la cour en faisant témoigner l’ancien aide de camp de l’ex-lieutenante-gouverneure, Réal Cloutier, qui est maintenant son conjoint, «meilleur ami, chauffeur, garde du corps, cuisinier et assistant jardinier», selon ses propos mots.

Me Marc Labelle demande au juge Carol St-Cyr, de la Cour du Québec, de limiter le remboursement à 310 000 $ et il réclame pour sa cliente une peine dans la communauté, plutôt qu’en prison.

M. Cloutier s’est effondré en larmes quand il a décrit le sort désormais réservé à l’ancienne représentante de la reine. Elle vit isolée à la maison sept jours sur sept, sauf pour aller à la messe, a-t-il expliqué, par crainte de l’opprobre.

«À l’épicerie, elle se faisait insulter. Au guichet automatique de Saint-Jérôme, s’il y avait sept personnes dans la file, on la traitait de voleuse», a-t-il dit.

Et pire encore, aux funérailles de son amie, la philanthrope Lucie Chagnon, Lise Thibault a été humiliée, estime son conjoint. «La haute-société, qui l’avait traitée en idole, la majorité lui a tourné le dos», a finalement lâché M. Cloutier, après un long silence et des sanglots.

Même en Floride, où elle séjournait l’hiver dernier, une Québécoise l’a invectivée. «Je ne suis pas capable de dire ce qu’elle a dit», a-t-il confié au juge.

Selon certaines jurisprudences, c’est un facteur atténuant, a fait valoir Me Labelle dans un point de presse, au terme de la journée d’audience.

«Un juge peut en tenir compte, a dit l’avocat. Est-ce que c’est nécessaire d’envoyer un message à la société en imposant une sentence plus sévère, vu que, il est clair pour tous, à cause de la publicité, elle est stigmatisée. (…) Est-ce qu’elle doit être clouée au pilori sur la place publique pendant des années?»

Réal Cloutier s’est indigné du traitement réservé à Lise Thibault. «Je vais écrire un livre sur cette saga», a-t-il lancé, en s’élevant contre ceux qui «ont crucifié Lise Thibault sur la place publique».

La défense a également déposé un bilan financier tout récent qui tend à démontrer que les dettes de Lise Thibault dépassent de 800 000 $ ses actifs. Réal Cloutier a révélé que le total des actifs de sa conjointe, propriété, fonds de retraite, etc., s’élève à environ 1,08 million $, tandis que le passif, incluant les réclamations de Revenu Québec et Revenu Canada à la suite de l’affaire, totalise 1,8 million $.

Qui plus est, elle aurait un manque à gagner de 558 $ par mois par rapport à ses revenus.

«C’est une autre chose que le juge doit considérer, a rappelé Me Labelle en point de presse. Est-ce que la personne peut raisonnablement rembourser? Nous, on n’arrive pas avec une supposition.»

Me Labelle exige de limiter le remboursement imposé à sa cliente à 310 000 $, mais estime à 372 000 $ la somme maximale qui pourrait être réclamée. Avec ses calculs, Réal Cloutier a pour sa part estimé à pas plus de 250 000 $ l’argent que doit Lise Thibault.

La défense a tenté de soulever le doute sur le montant exact que doit verser l’ex-lieutenante-gouverneure. En effet, les règles en matière de fraude prévoient qu’il faut que le montant à rembourser fixé par le juge soit facile à déterminer, a rappelé Me Labelle.

«Le juge doit se mettre en garde. Si le montant n’est pas facile à déterminer, il doit s’en remettre aux suggestions des parties», a-t-il dit.

Réal Cloutier, qui soutient avoir épluché longuement les comptes et les caisses de documents, affirme avoir relevé de nombreuses anomalies dans la gestion du cabinet de la lieutenante-gouverneure. Qui plus est, elle aurait eu souvent à payer de ses propres poches, et ce sont des sommes qu’il envisage de réclamer dans une poursuite.

Les plaidoiries sur la peine reprendront les 21 et 22 mai.

Lise Thibault avait reconnu sa culpabilité aux accusations de fraude et d’abus de confiance à l’encontre du gouvernement en décembre dernier, après d’interminables procédures judiciaires entamées depuis 2009. Les accusations de fabrication de faux documents ont été abandonnées.

Elle est passible de 14 ans de prison pour les crimes de fraude et de cinq ans pour abus de confiance.

Les procédures avaient été entamées à la suite du dépôt, en 2007, d’un rapport des vérificateurs généraux du Québec et du Canada exposant que Mme Thibault avait réclamé 700 000 $ de dépenses injustifiées.

Durant son mandat, l’ex-lieutenante-gouverneure avait fait des réclamations pour des voyages, des repas entre amis et avec sa famille, des cours de ski, de golf, et le transport, du Québec jusqu’en Floride, de voiturettes de golf spécialement adaptées.

Elle avait déjà évoqué sa condition de femme handicapée _ elle est tétraplégique _ pour justifier les frais reliés à ses déplacements, ses activités et sa sécurité.

Amorcé en avril dernier, le procès de Lise Thibault s’était interrompu brutalement l’été dernier, pour des raisons de santé, lors de son contre-interrogatoire.

Rappelons que Revenu Québec réclame aussi 808 000 $ à Lise Thibault, tandis que l’Agence de revenu du Canada exige pour sa part 676 000 $.

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