Jacques Boissinot / La Presse Canadienne Michael Sabia

QUÉBEC – Le tarif exigé pour prendre le futur train de l’ouest ou traverser le nouveau pont Champlain devrait être abordable. C’est du moins l’engagement pris mercredi par le président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia.

Les futurs usagers des projets d’infrastructures de transport en commun pilotés par la Caisse n’ont donc rien à craindre, a assuré M. Sabia.

Même si la Caisse demeurera préoccupée de rentabiliser ces équipements, les tarifs imposés aux usagers seront raisonnables, a-t-il promis, en marge de la consultation menée à l’Assemblée nationale sur le projet de loi 38, qui étendra le mandat de la Caisse en l’autorisant à réaliser des grands projets de construction d’infrastructures au Québec.

Ne serait-ce que pour maximiser l’achalandage, la Caisse a tout intérêt à maintenir des tarifs bas pour ne pas faire fuir les usagers, a fait valoir lors d’un bref point de presse M. Sabia, en se portant à la défense du nouveau modèle d’affaires de l’institution, qui sera défini dans le projet de loi présentement à l’étude.

Le niveau d’achalandage «est une question absolument majeure» pour espérer rendre un projet rentable, selon lui.

Et la meilleure façon de rendre une infrastructure publique rentable «est de bâtir un modèle d’affaires qui met l’accent sur l’importance de maximiser l’achalandage. Minimiser les tarifs pour maximiser l’achalandage. C’est un principe de notre modèle d’affaires. Et je pense que ça va fonctionner très bien», a-t-il dit.

Il a soutenu qu’il y avait bien d’autres moyens que les tarifs _ comme le contrôle des coûts _ pour favoriser la rentabilité des projets à venir, et, à la clef, maintenir le rendement de la Caisse, le «bas de laine» des Québécois en tant que gestionnaire des régimes de retraite.

Les Québécois ne sursauteront pas en découvrant le tarif demandé, car la Caisse fonctionnera à visière levée, en rendant publiques ses grilles tarifaires et le processus d’indexation prévu avant même le début des travaux, a dit M. Sabia, en promettant qu’il «n’y aura pas de surprise».

En janvier, le gouvernement Couillard annonçait qu’il avait conclu une entente avec la Caisse, pour qu’elle s’investisse désormais dans la construction d’infrastructures au Québec, en pilotant les projets de A à Z, qu’on pense au financement, à la réalisation et à l’exploitation à long terme.

Deux projets de transport en commun ont déjà été identifiés par Québec: le système de transport collectif sur le nouveau pont Champlain, à Montréal, ainsi que le train de banlieue reliant le centre-ville de Montréal et l’ouest de l’île, des projets totalisant 5 milliards $ à compléter d’ici 2020.

De son côté, sceptique, l’opposition péquiste juge cependant que le projet de loi 38 devrait inclure un encadrement des tarifs, pour s’assurer qu’ils demeurent abordables.

«La Caisse, comme toute institution qui doit obtenir un certain rendement pour ses déposants, aura intérêt à ce que les revenus de l’infrastructure de transport en commun soient le plus élevés possibles. C’est une évidence», a fait valoir le porte-parole en finances de l’opposition officielle, le député Nicolas Marceau, qui dit craindre que, sans cette précaution, les tarifs risquent d’être «bien plus élevés que la capacité de payer des usagers».

Il croit que plus les tarifs seront élevés, moins l’achalandage sera important.

Pour mener à bien ses projets au Québec, la Caisse devra créer une nouvelle filiale (CDPQ Infra), calquée sur le modèle du bras immobilier de l’institution, Ivanhoé Cambridge, qui a des actifs de 42 milliards $.

À l’étranger, la Caisse est notamment actionnaire du lien ferroviaire entre l’aéroport Heatrow et Londres. Une des façons de rentabiliser ce genre d’infrastructures, a dit M. Sabia, consiste à les doter de centres commerciaux. «Qu’est-ce que c’est un aéroport aujourd’hui? C’est un centre commercial avec des avions», selon lui.

Il ne faudrait donc pas se surprendre de voir les gares du futur train de l’ouest assorties de commerces.

«Un petit centre d’achats, cela représente pour nous une occasion d’aller chercher des revenus supplémentaires et donc, par conséquent, d’essayer de faire baisser les tarifs, tout en protégeant notre niveau de rentabilité», a-t-il dit.

L’actif de la Caisse s’élève à près de 215 milliards $.

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