Chantal Lévesque/Métro Arielle Aries, Natacha Novern et Élissa Boulet constatent que la situation s’améliore avec les années.

Montréal est-elle une ville accueillante pour les personnes trans? À deux jours de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, Métro a discuté avec Élissa Boulet, Arielle Aries et Natacha Novem, trois personnes trans qui ne voient pas les choses tout en noir ni tout en blanc.

«Le Village est comme un freeland, tu peux faire comme tu veux, t’arranger comme tu veux et il y a personne qui va dire quoi que ce soit», souligne Élissa, dans la cour de la maison, dans le Village, que partagent les trois femmes trans avec Jimmy, un homme cisgenre (À lire: Petit lexique trans et intersexe pour les néophytes).

Ce n’est pas partout dans la ville que les gens sont aussi ouverts. «Une grande pitoune de six pieds sur des talons hauts, ça attire les regards et c’est normal. La plupart du temps, ça se passe bien, souligne Arielle. Mais il y a un moment où ça dépasse la ligne, où ça devient intimidant.»

Montrées du doigt, cibles de moqueries, de commentaires désobligeants ou de questions indiscrètes, elles se sentent parfois comme des phénomènes de foire. «Certains me demandent s’ils peuvent voir mon vagin. Parce que je suis trans, ils pensent que je suis à leur disposition pour répondre à leurs questionnements. C’est déshumanisant en maudit», commente Élissa.

Les trois femmes trans se sont aussi déjà fait refuser des services, notamment dans des boutiques de vêtements et de souliers. Elles appellent ça des «microagressions». «C’est encore plus dérangeant quand on se fait ignorer dans une institution gouvernementale, parce qu’on n’a pas le choix d’y aller ou non», indique Natacha.

Ceux et celles qui n’ont pas le soutien de leur famille sont particulièrement vulnérables aux commentaires négatifs et aux regards blessants, estiment les trois amies. Ce fut le cas de Natacha. «Ma sœur m’accepte, mais pas le reste de ma famille, si bien que j’ai dû couper les ponts. Ça devenait trop toxique», raconte la bédéiste.

Comme plusieurs autres personnes trans, Natacha est restée pratiquement cloîtrée chez elle durant sa première année à Montréal. «Je sortais pour faire mon épicerie et c’était à peu près ça», se rappelle-t-elle.

Les attitudes négatives sont dues à un manque de connaissance, croit Arielle. «En disant qu’il vivait avec trois femmes trans, un de nos anciens colocataires s’est déjà fait répondre: “Hein? Il y a trois trans au Québec!”» se souvient-elle.

«Il est temps qu’on voie des personnes trans dans les publicités et qu’il y ait des rôles positifs de personnes trans au cinéma et à la télévision. Ça ferait une différence dans l’acceptation.» – Natacha Novem

Pourtant, les personnes trans seraient relativement nombreuses. Plus de 1000 per­sonnes dans 135 villes du Québec ont fait un changement de nom genré ou de mention de sexe auprès de l’état civil depuis 1978, selon les recherches de Gabrielle Bouchard, coordonnatrice au Centre de lutte contre l’oppression des genres. «D’après moi, dans à peu près toutes les villes du Québec, tout le monde croise au moins une personne trans par jour. C’est juste qu’elle ne le sait pas. À Notre-Dame-du-Mont-Carmel, j’habitais dans une maison avec trois personnes trans. Dans un village de 5000 habitants!» rapporte Élissa.

Comment expliquer cette méconnaissance des réalités trans dans la population? D’abord par le fait que les personnes trans auraient un déficit de visibilité. «Il est temps qu’on voie des personnes trans dans les publicités et qu’il y ait des rôles positifs de personnes trans au cinéma et à la télévision. Ça ferait une différence dans l’acceptation», affirme Natacha.

«J’essaie d’être plus visible et le plus simple possible, pour que les gens n’aient pas peur de m’aborder. Plus on va nous voir partout, plus ça va devenir normal d’être une personne trans», affirme Arielle.

Les trois femmes constatent que la situation s’améliore avec les années. «Ils enseignent ce qu’est une personne trans dans les écoles primaires, fait remarquer Élissa. Quand j’ai fait mon coming out, ma sœur l’a dit à mon neveu. Il savait déjà de quoi on parlait. Juste ça, ça va avoir un effet positif sur les générations futures.»


Le «T» de plus en plus pris en compte

Ce n’est que cette année que la campagne québécoise de la Journée internationale contre l’homophobie, organisée par la Fondation Émergence, a ajouté la transphobie dans son nom. Plusieurs y voient le signe d’un mouvement vers une plus grande inclusion des enjeux trans au sein de la communauté LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et trans) au Québec.

«Depuis quelques années, plusieurs groupes LGB, mais pas tous, font des efforts pour devenir transinclusifs», a remarqué Frank Suerich-Gulick, chargé de projet à Action Santé Travesti(e)s et Transsexuel(le)s du Québec.

Cette réalité peut être illustrée par le changement de noms de certains organismes, comme le Conseil québécois LBGT, la Chambre de commerce LGBT et la Coalition des familles LGBT, qui excluaient autrefois le T.

«Les LGB ont reconnu qu’il y avait encore beaucoup de travail à faire sur le plan des droits des personnes trans et que c’était important de nous faire profiter de la visibilité acquise par le mouvement de lutte contre l’homophobie, considère M. Suerich-Gulick. C’est logique de mener nos combats ensemble, car nous vivons beaucoup d’oppressions communes.» C’est une opinion partagée par Gabrielle Bouchard, coordonnatrice du Centre de lutte contre l’oppression des genres.

Historiquement, les personnes trans ont souvent été mises de côté dans les combats LGBT, conviennent M. Suerich-Gulick, Mme Bouchard et Monica Bastien, présidente de l’Aide aux trans du Québec. «Les personnes trans étaient considérées trop anormales, trop perturbantes, alors que les LGB voulaient présenter un visage qui leur permettait de dire aux hétérosexuels “on est comme vous.”», a expliqué M. Suerich-Gulick.

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