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WINNIPEG – Le Canada promet de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 30 pour cent sous les niveaux de 2005 d’ici 2030.

La ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, a déclaré vendredi à Winnipeg que cette cible est juste et ambitieuse, et reflète l’économie croissante du Canada.

Dans le cadre de l’approche sectorielle adoptée par le Canada, la ministre a promis de nouveaux règlements pour les émissions de méthane produites par l’industrie du pétrole et du gaz, pour la production d’électricité au gaz naturel et pour les émissions de l’industrie chimique.

Les nouvelles cibles sont plus ou moins alignées sur celles annoncées par les États-Unis en mars, bien qu’un peu plus faibles: nos voisins du sud ont promis de réduire leurs émissions de 28 pour cent par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2025.

«D’abord, le Canada veut adopter des règlements alignés avec les actions récemment proposées par les États-Unis pour réduire le méthane du secteur pétrolier et gazier», a dit Mme Aglukkaq.

«Des actions dans ce secteur pourraient mener à des réductions substantielles des émissions tout en s’assurant que les entreprises canadiennes demeurent compétitives», a-t-elle ajouté.

Le Canada va présenter ses nouvelles cibles à la conférence internationale des Nations unies plus tard cette année à Paris, où un nouveau régime international d’émissions doit être négocié.

Il reste à voir si le Canada sera en mesure de respecter ces nouvelles cibles.

Malgré une promesse antérieure de réduire ses émissions de 17 pour cent sous les niveaux de 2005 d’ici 2020, Environnement Canada a rapporté le mois dernier que les émissions nationales de GES avaient augmenté entre 2012 et 2013 à 726 mégatonnes, la quatrième augmentation annuelle consécutive.

Et même si cette cible est atteinte, elle pourrait ne pas être suffisante.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le principal groupe scientifique au monde sur ces questions, a déclaré que les émissions mondiales de GES doivent être réduites de 25 à 40 pour cent sous les niveaux de 1990 d’ici 2020 si la planète veut éviter les pires conséquences du réchauffement climatique.

L’opposition peu impressionnée

Le gouvernement Harper a beau annoncer des cibles, aussi modestes soient-elles, il ne les respectera pas, a pesté l’opposition à Ottawa.

«Les conservateurs n’ont aucun plan pour obtenir une réduction des GES. Ils n’ont pas l’intention (d’atteindre les cibles)», a dit vendredi Megan Leslie, porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière d’environnement.

«Et franchement, les cibles du Canada ne sont pas ambitieuses pour un pays industrialisé», a-t-elle ajouté en point de presse.

Le député libéral David McGuinty a abondé dans son sens.

Les conservateurs «n’ont jamais été sérieux sur les changements climatiques», a-t-il résumé.

«Nous sommes en train, comme pays, de retenir le progrès global, et c’est triste pour le Canada», a ajouté M. McGuinty.

De son côté, à Montréal, le ministre québécois du Développement durable et de l’Environnement, David Heurtel, s’est dit déçu de l’annonce fédérale parce qu’elle a été faite sans la participation des provinces, dont le Québec.

«Nous venons d’apprendre la cible canadienne. D’un côté, il faut souligner le fait qu’il y a une cible — c’est déjà un pas dans la bonne direction. Ce qui est dommage, cependant, c’est que cette cible-là a été déterminée sans l’apport du Québec, sans l’apport des provinces et des territoires. Et c’est ce que nous demandions depuis plusieurs mois», a déploré le ministre Heurtel, qui donnait justement un discours sur la lutte contre les changements climatiques devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Il ne baisse pas les bras malgré tout. «On espère tout de même que le gouvernement fédéral s’assoira avec le gouvernement du Québec et les autres provinces, pour du moins travailler ensemble, même avec cette cible-là, pour voir comment on peut collaborer pour arriver à Paris, en décembre, avec une position commune», a-t-il dit.

Il n’a pas voulu dire s’il jugeait la cible canadienne suffisamment ambitieuse.

«Comme vous, je viens d’en prendre connaissance. On va regarder. Il va falloir trouver un comparatif, parce que nous, nos cibles sont par rapport à 1990. On va prendre le temps d’analyser comme il faut c’est quoi la cible, ça vise quoi, quels seront les moyens utilisés par Ottawa pour atteindre cette cible-là», a-t-il commenté.

Le Réseau action climat Canada, qui regroupe une centaine d’organisations environnementales, dont Équiterre, se montre peu impressionné par l’annonce de «l’une des plus faibles contributions dans le cadre des négociations de Paris sur le climat parmi le G7».

Selon le cofondateur d’Équiterre, Steven Guilbeault, «une cible qui cadre avec le consensus scientifique verrait le Canada s’engager à réduire les GES à l’échelle nationale d’au moins un tiers d’ici 2025 (35 pour cent sous le niveau de 2005), en combinaison avec 4 milliards de dollars par année de financement international sur le climat d’ici 2020».

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