QUÉBEC – Les partis d’opposition ont crié au gaspillage de fonds publics, mercredi, en apprenant que le ministère de l’Agriculture (MAPAQ), en pleine période de compressions budgétaires, avait procédé à des rénovations de ses bureaux axées principalement sur l’aménagement d’une dizaine de douches de céramique, pour une somme totale de 367 107 $.

Mais le ministre de l’Agriculture, Pierre Corbeil, n’y voit quant à lui aucun problème. «Je ne vois pas pourquoi on est en train de faire une tempête en arrière d’un rideau de douche», a indiqué le ministre, en point de presse.

La Presse Canadienne rapportait lundi avoir appris que les travaux effectués en vue d’équiper le MAPAQ de douches toutes neuves avaient aussi entraîné la confection de rideaux de douches sur mesure à motifs exotiques, à 146 $ pièce, pour une somme de 2336 $.

Le ministère a choisi d’opter pour le rideau confectionné sur mesure, au lieu d’une porte ou d’un rideau à prix modique par souci de «développement durable», a dit le ministre. Le but du MAPAQ était donc de «recycler, puis de récupérer, puis de réutiliser les équipements qu’on a achetés». Sauf que les rideaux doivent être nettoyés régulièrement, augmentant d’autant la facture, année après année.

En Chambre, la Coalition avenir Québec (CAQ) a parlé de «dérive» et de folle dépense dans une période où le gouvernement demande à tous de se serrer la ceinture, tandis que l’opposition péquiste (PQ) assimile le projet de rénovation à une perte de sens et à un manque de jugement.

«Plus le temps passe, plus on découvre des dépenses folles dans différents ministères qui contredisent le beau discours du gouvernement» sur le contrôle des dépenses, a soutenu le député caquiste de Shefford, François Bonnardel, en parlant des «douches en or du MAPAQ».

Le député péquiste de Kamouraska-Témiscouata, André Simard, un ancien gestionnaire du MAPAQ, s’est dit «presque sidéré» en prenant connaissance de l’importance des fonds publics consacrés à ce projet, de toute évidence injustifié, selon lui.

«Il y a comme une espèce de perte de sens», a dit le député, dénonçant le «manque de jugement» du gouvernement et plaidant pour «le retour du gros bon sens».

M. Simard se rappelle qu’à l’époque où il travaillait au MAPAQ, avant les rénovations faites entre 2008 et 2012, le projet sur la table devait être «modeste». «J’ai été vraiment surpris», en voyant le résultat, a-t-il dit, lors d’un entretien téléphonique.

Malgré les critiques, le ministre Pierre Corbeil maintient que son ministère a dépensé «le strict nécessaire» pour mener à bien le projet et que toutes les règles ont été respectées.

Le seul but du ministère: favoriser chez le personnel de saines habitudes de vie, comme venir travailler en vélo ou faire de l’exercice sur l’heure du dîner.

«On peut questionner, on peut ridiculiser un certain nombre de choses, on peut s’amuser, on peut caricaturer, mais, dans les faits, ces dépenses-là ont été faites en respect de nos règles, de nos règlements, de nos budgets sur un nombre d’années à travers des enveloppes d’amélioration, d’entretien et de rénovation pour améliorer la qualité de vie de l’ensemble du personnel», a dit M. Corbeil en Chambre.

«Il y en a (des fonctionnaires) qui arrivent au travail en vélo et il y a un rafraîchissement à faire», a-t-il dit plus tard, en point de presse, pour justifier la dépense.

Quant à l’ampleur des fonds publics injectés dans le projet à l’édifice le Deux Cent à Québec, M. Corbeil n’a exprimé aucun malaise, disant que le travail avait été fait correctement et «pas somptueusement».

«Avoir su que j’aurais cette question-là aujourd’hui, j’aurais récupéré le propre rideau de douche de mon bureau et je l’aurais déposé comme document à l’Assemblée nationale et vous auriez vu qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat», a-t-il ajouté, pour clore le débat.

C’est la Société immobilière du Québec (SIQ) qui gère ce genre de travaux et la ministre responsable, Michelle Courchesne, n’a émis aucune directive, ni balises, quant à l’aménagement de douches dans les bureaux gouvernementaux. Les ministères n’ont donc pas à démontrer la pertinence d’injecter des fonds publics dans ce type d’aménagements, ni de tenir compte du nombre d’utilisateurs réel ou espéré.

Le ministre Corbeil s’est montré très à l’aise avec cette façon de faire. «Je ne pense pas qu’il y ait lieu d’avoir des directives fermes», a-t-il dit.

Le projet total, au coût de 367 107 $ pour les contribuables, inclut des honoraires de 45 400 $ à des firmes d’ingénieurs et d’architectes pour la conception des douches, de même que 82 000 $ en frais de déménagement temporaire et 35 000 $ en décoration des cabinets du ministre et de ses sous-ministres.

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