MONTRÉAL – L’Union des producteurs agricoles (UPA), flanquée du ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, et des représentants de l’industrie agroalimentaire québécoise a encore une fois appelé Ottawa lundi à préserver intégralement le système canadien de gestion de l’offre.

Alors que les négociations en vue du Partenariat transpacifique arrivent dans le dernier droit, le monde agricole s’inquiète de voir de nouvelles brèches ouvertes dans le système de gestion de l’offre, surtout après avoir entendu le premier ministre Stephen Harper avertir que le Canada aurait à faire «des choix difficiles».

«Notre message au premier ministre Harper, c’est de ne pas céder sur aucun des piliers de la gestion de l’offre et de ne pas accorder d’accès supplémentaire au marché canadien», a déclaré le président de l’UPA, Marcel Groleau, précisant que d’autres pays, dont les États-Unis, n’accorderont pas d’accès supplémentaire à leurs marchés laitiers.

De son côté, le ministre Paradis a affirmé que ses homologues provinciaux étaient tout aussi inquiets, particulièrement dans les Maritimes et en Ontario où une part importante de la production agricole s’appuie sur le système de gestion de l’offre, comme au Québec.

«La déclaration du premier ministre du Canada a semé une inquiétude et le ministre de l’Agriculture fédéral (Gerry Ritz) se doit d’effectuer une mise au point», a indiqué M. Paradis qui a dit espérer une rencontre avec M. Ritz plus tard cette semaine.

Pierre Paradis n’a pas cherché à éviter le terrain politique, soulignant que la gestion de l’offre touche 20 pour cent de la production agricole du Canada, mais que cette proportion est davantage dans les horizons de 40 pour cent et plus dans les provinces à l’est du Manitoba.

«Quand vous vous déplacez vers l’Ouest canadien, on est plus dans la production de céréales et de boeuf. Est-ce que cela a le même poids politique? Si on fait la moyenne nationale, la réponse est non», a dit le ministre.

La gestion de l’offre — qui permet d’équilibrer l’offre et la demande dans les secteurs laitier et avicole (volaille et oeufs) — est contestée à chacune des négociations de commerce international par les autres pays.

L’inquiétude des producteurs agricoles, cette fois-ci, est exacerbée par le fait que le gouvernement Harper a ouvert une première brèche lors des négociations avec l’Union européenne, permettant l’importation de 17 700 tonnes de fromage additionnelles.

«Il y a une fracture dans le contrat social qui avait été négocié avec les producteurs», a affirmé Marcel Groleau, qui définit justement la gestion de l’offre comme un contrat social entre les producteurs, les consommateurs et le gouvernement dans le but de maintenir à la fois des prix raisonnables et un revenu adéquat pour les producteurs.

«On n’a pas le droit de se permettre une autre brèche. On a déjà été affaibli et on ne veut pas mourir à petit feu», a renchéri Pierre Paradis, pour qui l’ouverture du marché aux quantités additionnelles de fromage était déjà de trop.

L’ouverture de cette brèche a mené Ottawa à verser des compensations aux producteurs de fromage, ce qui démontre, selon l’UPA, que la seule autre option serait de subventionner l’agriculture.

«Le plan B, c’est l’intervention monétaire des gouvernements, a fait valoir Marcel Groleau. Ailleurs dans le monde, le plan B en agriculture, c’est ça. Ici on a un plan A, c’est la gestion de l’offre.»

Une part importante de l’argumentaire des producteurs repose sur le fait que les subventions gouvernementales à l’agriculture dans les autres pays, parfois très généreuses, créent une concurrence déloyale alors que, même sans subventions, il en coûte déjà plus cher de produire au Canada en raison des conditions climatiques.

Marcel Groleau estime qu’il est encore temps d’intervenir puisque les discussions n’arriveront pas au niveau ministériel avant le mois de juin.

«Les négociateurs (fédéraux), à ce moment-ci, n’ont pas de mandat d’accorder quelque ouverture que ce soit ou quelque accès que ce soit au Canada pour les produits sous gestion de l’offre. Alors ça va se décider dans le bureau de M. Harper éventuellement et c’est pour ça que le message s’adresse à lui», a dit le président de l’UPA.

Même si la question revient à chacune des négociations de commerce international, Marcel Groleau refuse de tenir pour acquis qu’Ottawa aura le réflexe de défendre le système de gestion de l’offre. «Ils sont supposés de le savoir, mais on n’est pas sûrs qu’ils s’en souviennent toujours…», a-t-il laissé tomber.

À Ottawa, la question a été soulevée aux Communes lundi et le ministre d’État à l’Agriculture, Maxime Bernier, a déclaré que son gouvernement allait «continuer à défendre les intérêts commerciaux de l’ensemble des secteurs industriels, y compris le secteur de l’agriculture, dans le cadre des négociations de cette entente de libre-échange».

M. Bernier a ajouté que «les actes passés de notre gouvernement sont de bon augure pour l’avenir, puisque nous avons signé des ententes de libre-échange avec l’Union européenne, avec la Corée du Sud, tout en préservant la gestion de l’offre et le domaine agricole».

Cependant, l’entente de libre-échange avec l’Union européenne à laquelle faisait référence le ministre Bernier est justement celle qui a permis l’augmentation des importations de fromage qui est à la source des inquiétudes du monde agricole.

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