QUEBEC – Le projet de cimenterie de 1 milliard $ à Port-Daniel-Gascons en Gaspésie vient de franchir une autre étape de sa réalisation, mais la Coalition avenir Québec, qui a tout fait pour s’y opposer, ne s’avoue pas vaincue.

L’étude détaillée du projet de loi qui permet à ce vaste complexe industriel d’échapper aux évaluations environnementales a été complétée lundi en commission parlementaire, malgré les tentatives caquistes de stopper ce projet qualifié carrément d’«immoral».

La CAQ exige maintenant du gouvernement qu’il rende publique l’entente entre les promoteurs du projet, Ciment McInnis, et l’État. Le projet est en effet financé presque à moitié par des fonds publics, 250 millions $ en prêt et 100 millions $ en capital-actions d’Investissement Québec, en plus de 100 millions $ de la Caisse de dépôt.

Selon le porte-parole caquiste en matière d’environnement, Simon Jolin-Barrette, les Québécois ont le droit de connaître les modalités de l’entente, surtout que le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, plaide que ce projet de loi est nécessaire pour des raisons financières.

«Ce serait pertinent, quand il y a autant d’argent public, que l’entente soit déposée, a déclaré M. Jolin-Barrette en conférence de presse, au terme de l’étude détaillée en commission parlementaire. (…) Ce n’est pas normal qu’on n’ait pas la structure de financement de ce projet.»

La CAQ a toutefois précisé qu’elle avait fait une demande d’accès à l’information, mais que le document lui a été refusé. Le parti veut par ailleurs continuer avec vigueur à faire entendre la voix des opposants. «Moi, j’ai fait mon travail de parlementaire. On va continuer à dénoncer cette position des deux vieux partis (PLQ et PQ).»

Grosso modo, le bref projet de loi officialise en quelque sorte une dérogation, puisque le projet de Ciment McInnis serait ainsi à l’abri de toute évaluation environnementale sous l’égide du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Il se trouve aussi à invalider toute décision d’un tribunal qui assujettirait le projet à une évaluation environnementale.

Car un concurrent de Ciment McInnis, Lafarge Canada, poursuit une action en justice intentée l’été dernier dans l’espoir de faire invalider le certificat d’autorisation du projet. Or des délais provoqués par une longue bataille judiciaire pourraient carrément faire avorter le projet, selon une source du gouvernement, qui a indiqué que ce projet de loi doit donc être adopté avant la fin de la session à la mi-juin.

Mais aux yeux de Simon Jolin-Barrette, cette pièce législative constitue un «passe-droit» conféré à «des fins électoralistes» à un seul citoyen corporatif pour un projet qui n’est même pas rentable. Qui plus est, c’est une entrave au principe de la séparation des pouvoirs, a-t-il poursuivi, parce que le législatif se trouve à museler le judiciaire.

«On intervient directement dans le processus judiciaire. Et, même si un juge rendait une décision dans un tel dossier, bien, le gouvernement ne respecterait pas sa décision, le projet de loi fait en sorte qu’on vient complètement enlever l’autorité judiciaire dans le cadre de notre État de droit.»

Le porte-parole caquiste et député de Borduas a admis que sa formation a rencontré les représentants de Ciment Lafarge, mais se défend d’être le porte-voix d’un lobby d’opposants. «Absolument pas. Nous, ce qu’on dit, c’est que le projet n’est pas bon économiquement, il n’est pas bon aussi sur le plan environnemental, parce qu’il s’agit du projet le plus polluant. Et nous n’avons aucun lien avec les groupes, et je peux vous assurer que, lorsque je parle, je parle au nom des citoyens de Borduas et au nom des citoyens du Québec.»

La cimenterie va alourdir le bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec en éjectant près de deux millions de tonnes de gaz par année, a déploré M. Jolin-Barrette, soit une hausse de 6 pour cent du secteur industriel québécois. C’est inacceptable de la part d’un gouvernement qui se vante de faire la lutte aux changements climatiques, a-t-il dit.

«C’est toujours deux poids, deux mesures, on prêche à gauche pendant que la main droite fait complètement autre chose. Donc, c’est complètement immoral de ne pas assujettir de projet de cimenterie à un BAPE.»

Pour sa part, le ministre du Développement économique, Jacques Daoust, qui pilote ce projet de loi, a fait valoir que les entreprises rivales utilisent des procédés bien plus polluants à la tonne que ceux de Ciment McInnis.

«On a fait état d’oiseaux pollués, on les voyait presque tousser sur le Rocher Percé, a dit ironiquement M. Daoust en commission parlementaire pour dépeindre les positions des opposants. Je suis passé en fin de semaine à Saint-Constant (siège d’une autre cimenterie) et je n’ai pas vu d’oiseaux malades.»

Quant à l’opposition officielle péquiste, qui est favorable au projet, elle a condamné la position de la CAQ, jugée rétrograde. «On a une vision passéiste, folklorique, moyenâgeuse (à la CAQ) sur cette question des régions, sur ce qu’est la Gaspésie», a dit le député de Bonaventure, Sylvain Roy.

Le projet de cimenterie de Port-Daniel-Gascons a été annoncé sous le gouvernement péquiste et retenu par les libéraux une fois au pouvoir.

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