Clement Allard / La Presse Canadienne Le ministre François Blais

LAVAL, Qc – Le ministre de l’Éducation, François Blais, a été reçu froidement, vendredi, par les commissions scolaires réunies en congrès à Laval. Celles-ci craignent de disparaître à cause des nombreux changements à la démocratie scolaire déjà annoncés par le gouvernement.

Avant son allocution, il a été poliment applaudi et après, il n’a été applaudi que par son entourage.

Il faut dire que le ministre s’est présenté au congrès dans un contexte où on sait déjà depuis quelques mois que le gouvernement veut mettre fin au suffrage universel lors des élections scolaires, à cause du très faible taux de participation.

«Ce sont les élections scolaires qui posent problème au Québec et qui ont peu, ou une faible reconnaissance de la population. On peut se donner des organisations démocratiques, avec des personnes qui reçoivent des mandats d’une communauté sans passer par le suffrage universel, qui est un héritage du 19e siècle», a affirmé le ministre Blais, qui a rencontré les médias après son allocution devant les congressistes.

De plus, le ministre a déjà annoncé qu’il voulait fusionner des commissions scolaires. Il en existe 72 à l’heure actuelle.

Le ministre Blais a aussi déjà prévenu qu’il voulait apporter des modifications à ce qu’il appelle la démocratie scolaire, notamment pour y accroître la participation des parents.

«Il y a eu des modifications à la loi qui permettent aux parents d’être présents dans les commissions scolaires, mais ils n’ont pas de droits de décision. Ils sont là à titre d’observateurs. Je pense que c’est une autre époque. Ce qu’il faut imaginer, c’est qu’ils puissent aussi avoir un droit de décision autour des prochaines commissions scolaires. Ça peut remplacer, peut-être pas la totalité du conseil d’administration, mais il devra absolument y avoir des parents; c’est la voie de passage pour justifier une réforme aussi importante», a-t-il ajouté.

De plus, le gouvernement veut apporter d’ici la fin de l’année des modifications au système de perception de la taxe scolaire, qui génère quelque 2 milliards $ par année. «On a besoin de ces sommes-là pour nos écoles», a justifié le ministre Blais.

Qui plus est, tous ces changements surviennent dans un contexte où d’autres compressions budgétaires ont été imposées aux commissions scolaires, entraînant des suppressions de postes, notamment chez les professionnels de l’éducation, et des réductions de services.

Devant tous ces chambardements, les commissions scolaires craignent carrément de disparaître et reprochent au ministre de ne pas reconnaître leur légitimité d’élus. Leur amertume envers le ministre était palpable.

«Demain matin, si on ferme boutique, les décisions vont se prendre au Complexe G — un important édifice de la colline parlementaire à Québec — et puis on va encore une fois abandonner les régions du Québec. Il faut que la population dise non à ça», s’est exclamée la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Josée Bouchard, au cours d’une rencontre avec la presse après l’allocution du ministre Blais.

Le ministre a fait preuve de compréhension malgré cet accueil froid. «C’est normal; on dit à des gens qu’il faut passer à autre chose. Ici, je suis moins bien reçu, mais quand je rencontre d’autres groupes, notamment les directions des établissements et les parents, cette idée-là d’élargir le spectre des membres de ces futures commissions scolaires, ça reçoit un excellent accueil», a-t-il relaté.

D’ailleurs, une dizaine de syndiqués de l’enseignement ont aussi manifesté leur mécontentement en levant une pancarte pendant l’allocution du ministre devant les congressistes et quelques-uns l’ont même entouré lorsqu’il s’est adressé aux journalistes après son allocution.

La Fédération des commissions scolaires s’est montrée méfiante face à cette idée de faire davantage de place à d’autres personnes que des élus scolaires au sein des futures instances de gestion scolaire. «La population n’est pas dupe. Elle sait que cela ouvre la porte toute grande à des nominations partisanes et à des conflits d’intérêts potentiels, alors que le seul intérêt des élus scolaires est la réussite des élèves», a protesté Mme Bouchard.

Pour fourbir ses armes, la FCSQ a dévoilé les résultats d’un sondage sur les futures structures scolaires et les élections. Il en ressort notamment que 59 pour cent des répondants se disent en désaccord avec l’idée de remplacer les élus scolaires «par des conseils d’administration privés». C’est dire que 41 pour cent seraient d’accord, même si la question évoquait des «conseils d’administration privés».

Quant à la tenue d’élections scolaires, la question posée portait sur ce que feraient les gens si les élections municipales et scolaires se tenaient au même endroit et le même jour. Quelque 59 pour cent des répondants ont affirmé qu’ils voteraient alors aux élections municipales et scolaires, alors que 28 pour cent ont répondu qu’ils ne voteraient qu’aux élections municipales.

Le sondage a été réalisé auprès de 1077 répondants, en ligne, du 13 au 21 mai. Il comporte une marge d’erreur de 4,1 pour cent.

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