Ryan Remiorz Jacques Parizeau, Gilles Duceppe, Yolande Brunelle. Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Pour mener ses troupes lors des élections fédérales qui doivent être déclenchées sous peu, le Bloc québécois change de tête d’affiche: Gilles Duceppe redeviendra ainsi le chef du parti.

Quant à celui qui est actuellement à sa tête, Mario Beaulieu, il continuera à jouer un rôle-clé au sein du Bloc et en sera le président, a-t-il été confirmé à La Presse Canadienne.

M. Beaulieu avait été élu chef l’année dernière, suscitant immédiatement des critiques au sein de la formation bloquiste et causant le départ de deux députés — Jean-François Fortin et André Bellavance.

Gilles Duceppe, qui est âgé de 67 ans, a été député fédéral pendant 21 ans. Élu la première fois dans une partielle en 1990, il rejoignait alors le groupe de Lucien Bouchard qui, un an plus tard, était reconnu officiellement au Parlement comme le Bloc québécois.

Devenu chef du Bloc en 1997, il a présidé à la dégelée électorale de son parti en mai 2011, lorsque le Bloc a perdu 43 de ses 47 sièges à la Chambre des communes. M. Duceppe a aussi perdu son siège de Laurier-Sainte-Marie à Montréal et démissionné comme chef.

Sans confirmer la nouvelle pour ne pas faire ombrage aux funérailles de Jacques Parizeau qui ont eu lieu le jour même, le député bloquiste Louis Plamondon a indiqué mardi qu’«il y a encore quelques négociations à faire» mais que tout sera confirmé mercredi.

Le doyen des députés fédéraux dit avoir de grands espoirs pour la campagne électorale de 2015.

«Les circonscriptions étaient prenables avec M. Beaulieu mais avec M. Duceppe, c’est un plus», a-t-il ajouté.

«Il est celui qui est le plus connu sur la scène fédérale, celui qui a le plus d’expérience, qui se donne à temps plein pour cette campagne, a commenté M. Plamondon. Et on a le Parti québécois (PQ) qui travaille avec nous.»

Marc Lemay, un ancien député bloquiste de 2004 à 2011, ne s’était pas fait confirmer la nouvelle mais l’accueillait avec un plaisir manifeste, mardi.

L’arrivée de Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ ne serait pas étrangère au retour en politique active de Gilles Duceppe, a-t-il confié en entrevue avec La Presse Canadienne.

«M. Péladeau a eu un rôle important à jouer là-dedans», a-t-il dit.

Il juge que Mario Beaulieu fait la même chose digne que Jacques Parizeau a eu le courage de faire à l’époque de la campagne référendaire de 1995, soit de céder sa place à un autre qui pourrait être plus rassembleur et mener la cause de la souveraineté à bon port.

Selon lui, le «Bloc ne s’en allait nulle part». Les investitures tardaient et l’argent n’entrait pas dans les coffres du parti à un rythme suffisant, dit-il.

Il fallait faire quelque chose. «Avec M. Duceppe, ça va ‘changer la game’», attirer des candidats qui hésitaient, et les cérémonies d’investitures vont débouler, «car s’il s’en vient, ce n’est pas pour connaître la même défaite qu’en 2011», a fait valoir l’ex-député.

M. Lemay dit avoir des contacts à Ottawa chez les libéraux et les néo-démocrates et que ceux-ci ont réagi avec fébrilité à la nouvelle.

Après un début tendu, les relations entre MM. Duceppe et Beaulieu se sont améliorées. L’été dernier, Gilles Duceppe n’avait pas digéré que M. Beaulieu appelle les troupes à mettre fin à 20 ans d’«attentiste et d’étapisme», écorchant au passage les anciens chefs de la formation. Mario Beaulieu avait aussi lancé «nous vaincrons», un slogan utilisé par le Front de libération du Québec, ce que M. Duceppe avait aussi dénoncé.

Lors de l’élection de 2011, seulement quatre députés bloquistes avaient réussi à se faire élire. Depuis, trois ont quitté les rangs: Jean-François Fortin a fondé un autre parti, Forces et Démocratie, Maria Mourani s’est jointe au Nouveau Parti démocratique et André Bellavance siège désormais comme indépendant. Claude Patry, un néo-démocrate, s’est joint entre temps au Bloc.

Un point de presse est prévu mercredi matin à Montréal avec Mario Beaulieu et Gilles Duceppe, qui était jusqu’à maintenant chroniqueur au Journal de Montréal.

«Afin de respecter le deuil national et la mémoire de monsieur Jacques Parizeau, messieurs Mario Beaulieu et Gilles Duceppe ne feront aucun autre commentaire d’ici là», est-il écrit dans un communiqué diffusé mardi par le Bloc québécois.

Aux funérailles de l’ancien premier ministre, Gilles Duceppe a été chaudement applaudi à son arrivée.

Mario Beaulieu s’y est fait avare de commentaires: «Pour l’instant, on va se consacrer au deuil de M. Parizeau. Demain on parlera», a-t-il dit aux journalistes.

L’ex-premier ministre Bernard Landry a résumé la situation en ces mots: «D’après les sondages, Mario Beaulieu a pris une bonne décision, en faisant passer l’intérêt collectif avant le sien et M. Duceppe est en train de prendre la bonne aussi. C’est une belle convergence», a-t-il dit avant d’entrer dans l’église Saint-Germain d’Outremont, à Montréal.

À Ottawa, la députée Maria Mourani, qui a travaillé de nombreuses années avec Gilles Duceppe comme chef, s’est dite surprise.

«Je pense que la priorité des Québécois n’est pas de vivre dans le passé», a-t-elle répété aux journalistes plus d’une fois, insistant sur le mot «passé».

«Je lui souhaite bonne chance», a de son côté lancé dans les couloirs de la Chambre des communes son collègue néo-démocrate Philip Toone. «La pente est raide», a-t-il ajouté, rappelant que la formation politique ne compte plus que deux députés, MM. Plamondon et Patry, et que ce dernier a déjà fait savoir qu’il ne se représentera pas.

Pour le ministre conservateur Denis Lebel, «peu importe qui est le chef du Bloc, ce parti n’a pas de pertinence à Ottawa», a-t-il fait valoir dans une déclaration.

Les Québécois ne veulent plus entendre parler «des vieilles chicanes inutiles», indique-t-il. Ils «veulent des représentants à la table des décisions qui vont défendre leurs priorités», c’est-à-dire d’avoir plus d’argent dans leurs poches, des emplois stables et un gouvernement qui protège leurs familles. «Le Bloc est incapable d’offrir cela aux Québécois», a-t-il poursuivi.

Le député libéral David McGuinty a félicité M. Duceppe pour sa décision mais précisé que la nouvelle ne lui fait pas peur. Que plus d’électeurs se tournent vers le Bloc avec Gilles Duceppe à sa tête demeure «très théorique» pour l’instant, a-t-il dit.

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