TORONTO – L’Ontario a banni la semaine dernière les thérapies de conversion pour traiter les enfants et les adolescents transgenres, mais qu’est-ce que cela signifie vraiment pour les médecins et les cliniques qui offrent un soutien psychologique à ces jeunes?

Jusqu’à tout récemment, des jeunes gais, lesbiennes ou bisexuels suivaient cette thérapie de conversion, parfois aussi appelée thérapie réparatrice ou thérapie de réorientation sexuelle, pour les encourager à changer d’orientation sexuelle. Cette pratique, qui est souvent liée à des croyances religieuses, était également utilisée auprès de jeunes transgenres pour les dissuader à s’identifier au sexe opposé.

La Loi ontarienne sur l’affirmation de l’orientation et de l’identité sexuelle, qui a été adoptée à l’unanimité la semaine dernière à Queen’s Park, interdit désormais aux médecins d’utiliser ce type de thérapie pour traiter des jeunes de moins de 18 ans. Quant aux adultes qui souhaitent suivre ce type de traitement, ils devront maintenant débourser de leur poche, puisque l’assurance-maladie gouvernementale ne couvre plus la thérapie.

La députée néo-démocrate Cheri DiNovo, qui a présenté le projet de loi, a déclaré que cette interdiction formelle envoyait un message clair aux praticiens d’arrêter d’utiliser ce traitement. Elle croit également que les parents comprendront qu’ils doivent être très vigilants lorsqu’ils cherchent de l’aide pour leurs enfants.

Les corps professionnels seront désormais responsables de faire respecter l’esprit de cette nouvelle loi. De plus, les cliniciens pourront porter plainte si l’un de leurs collègues continue de pratiquer la thérapie de conversion.

Or, pour certaines cliniques qui travaillent auprès d’une clientèle atteinte de ce que l’on appelle la dysphorie sexuelle, cette nouvelle loi ne changera pas radicalement les pratiques des médecins.

Le Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario ne tente pas de convertir ou de reconstruire l’identité d’un enfant, explique le docteur Stephen Feder, qui est à la tête de la clinique de la diversité sexuelle.

«L’approche que nous privilégions en est une de validation et d’exploration pour apprendre à connaître l’enfant et sa famille de manière à les aider tous ensemble à déterminer ce que l’enfant fera de cet enjeu», spécifie le docteur Feder.

Les médecins tentent également de déterminer si d’autres facteurs, tels que la dépression, une dysmorphie corporelle ou un autre enjeu de santé mentale, peuvent influencer le comportement et l’identité de l’enfant.

On ne sait pas non plus comment la nouvelle loi pourrait affecter le service de l’identité sexuelle du Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto, qui accompagne les enfants atteints de dysphorie sexuelle depuis des décennies.

En février, le Centre a commandé une évaluation externe de ses programmes pour enfants et adolescents après que la communauté transgenre eût accusé le directeur de la clinique, le docteur Ken Zucker, de pratiquer la thérapie réparatrice. Le rapport devrait être déposé cet automne.

«Notre objectif n’a jamais été de faire de la thérapie de conversion, assure le directeur médical de la clinique, le docteur Kwame McKenzie. Ce n’est pas ce que nous faisons et cette loi ne changera rien à cela.»

Jake Payne, chercheur à l’université McMaster, à Hamilton, qui se spécialise sur les enjeux transgenres juge qu’il est «frustrant» d’entendre les médecins dire qu’ils ne se prêtent pas à ces thérapies.

«Cette clinique (le Centre de toxicomanie et de santé mentale de Toronto) est critiquée depuis une trentaine d’années (…) Une simple recherche sur Google démontre qu’il y a un gros problème», a-t-il souligné.

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