Sean Kilpatrick Trudeau. Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA – Vote obligatoire, représentation proportionnelle, vote en ligne: dans les mois suivant son élection, le Parti libéral du Canada (PLC) étudierait diverses options afin de réhabiliter un système démocratique que le premier ministre Stephen Harper a «brisé», selon le chef libéral Justin Trudeau.

Et au bout de 18 mois de consultations, la formation déposerait un projet de loi pour mettre en oeuvre une réforme électorale, a dévoilé mardi M. Trudeau dans une salle du Château Laurier, à Ottawa.

La mesure législative serait basée sur les recommandations d’un comité parlementaire mixte mandaté pour livrer une étude complète des alternatives au système actuel.

«Nous nous engageons à faire en sorte que l’élection de 2015 soit la dernière à utiliser le système uninominal majoritaire à un tour», a résumé Justin Trudeau, entouré d’environ une centaine de ses députés et candidats.

Le chef du PLC a par ailleurs pris l’engagement formel d’instaurer la parité hommes/femmes au sein d’un éventuel cabinet libéral, une promesse qui a déclenché une bonne salve d’applaudissements derrière lui.

Selon la formation politique, Justin Trudeau est le premier chef de parti à promettre cette mesure sur la scène fédérale, et il n’y a jamais eu de cabinet formé d’autant d’hommes que de femmes à Ottawa dans l’histoire politique canadienne.

Le député de Papineau souhaite aussi revoir le processus de nomination des juges à la Cour suprême du Canada qui garantirait notamment que les juges du plus haut tribunal au pays «maîtrisent les deux langues officielles à un niveau fonctionnel».

En tout, ce sont 32 propositions que M. Trudeau a mis de l’avant, mardi, pour «montrer aux Canadiens qu’un vrai changement est possible» et que les libéraux feraient «les choses autrement» que le gouvernement conservateur.

«Stephen Harper nous avait promis un gouvernement responsable. Mais il a livré de la partisanerie et de la petite politique. (…) Il a utilisé les outils de l’État pour attaquer quiconque n’est pas de son bord», a-t-il lâché dans son discours, concentrant ses attaques sur le gouvernement en place.

Une réforme démocratique passerait aussi par des changements au Sénat, a plaidé le chef libéral, décochant cette fois une flèche à l’endroit de son adversaire au Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, qui promet son abolition.

«Nous ne ferons pas ce que certains feraient (comme) promettre cyniquement de réaliser l’impossible ou se lancer dans une querelle constitutionnelle avec les provinces», a-t-il lâché sans nommer le chef néo-démocrate.

Il dit plutôt vouloir mettre en oeuvre au Sénat une réforme qui ne l’obligerait pas à rouvrir la Constitution, et dont l’objectif serait de rendre la Chambre haute moins partisane et plus imputable, notamment en matière de reddition de comptes.

Cela passerait entre autres par la création d’un «nouveau processus élargi, diversifié, non partisan et fondé sur le mérite» pour conseiller le premier ministre dans les nominations de sénateurs.

Les nombreux sièges vacants au Sénat — ils sont actuellement une vingtaine — seraient ainsi pourvus grâce à ce processus, a exposé le chef du PLC.

Certaines des mesures présentées mardi par Justin Trudeau avaient déjà été évoquées, notamment le projet de donner plus de pouvoirs aux députés d’arrière-ban en permettant plus de votes libres et celui de réinstaurer le formulaire long du recensement.

Le Parti libéral avait aussi déjà signalé son opposition à la fin de la livraison du courrier à domicile, et son chef a précisé mardi ses intentions à ce chapitre.

M. Trudeau s’est ainsi engagé à annuler le plan conservateur, sans toutefois aller jusqu’à s’engager à rétablir le service là où celui-ci a déjà été interrompu. Il juge nécessaire de consulter Postes Canada avant de se prononcer sur ce point précis.

Ses propositions en matière de réforme démocratique ont rapidement été raillées par ses rivaux conservateurs.

Le ministre de l’Industrie, James Moore, a parlé de suggestions manquant de «sérieux» lors d’une brève mêlée de presse dans le foyer des Communes.

De son côté, le ministre de la Réforme démocratique, Pierre Poilievre, a témoigné de sa désapprobation face à l’idée d’imposer le vote obligatoire — un stratagème visant essentiellement, selon lui, à imposer en catimini une «nouvelle taxe libérale».

Car «on sait comment (ce type de mesure) est appliqué; si les gens ne votent pas, ils seront évidemment obligés de payer une taxe en vertu du plan libéral», a-t-il analysé pendant la période des questions en Chambre.

Quant au chef néo-démocrate Thomas Mulcair, il s’en est pris directement à son adversaire libéral.

«Ça fait une couple d’années qu’il n’a des positions sur rien, aujourd’hui on apprend qu’il a une position sur tout, y compris sur des choses contre lesquelles il a voté il y a à peine quelques mois», a-t-il ironisé.

M. Mulcair a rappelé que les libéraux ont voté en décembre contre une motion néo-démocrate stipulant que «la prochaine élection fédérale devrait être la dernière menée sous le système uninominal majoritaire à un tour» et qu’«une forme de représentation proportionnelle mixte constituerait le meilleur système électoral pour le Canada».

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