Jacques Boissinot Pierre-Karl Peladeau.

QUÉBEC – Le Parti québécois a corrigé le tir, mercredi, après avoir émis des opinions divergentes concernant le projet d’oléoduc Énergie Est de TransCanada.

Dans un communiqué, le chef péquiste Pierre Karl Péladeau s’est pour la première fois prononcé ouvertement contre le projet de pipeline qui doit traverser le Québec pour transporter du pétrole de l’Alberta.

Mardi, M. Péladeau avait été beaucoup moins clair, alors que deux de ses députés, Martine Ouellet et Sylvain Gaudreault, avaient pourtant soutenu que le PQ était opposé au projet.

Dans le communiqué, M. Péladeau parle d’une même voix avec Mme Ouellet, M. Gaudreault et le député péquiste de Marie-Victorin, Bernard Drainville.

«Engagés dans notre volonté de faire du Québec un pays, nous sommes contre le projet Énergie Est, qui nous sera imposé par les autorités fédérales en faisant fi de la volonté des citoyens quant à la protection de l’environnement, à l’acceptabilité sociale et aux retombées économiques, ont-ils déclaré. Ce projet n’est pas bon pour les Québécois.»

Au cours des derniers mois, M. Péladeau s’était abstenu de dire s’il était pour ou contre le projet. Il s’était contenté de répéter que son opinion n’était pas importante puisque le projet est soumis à la juridiction fédérale.

Mercredi, dans une entrevue, M. Drainville a affirmé que la position exprimée mardi par M. Péladeau était complémentaire à celle de M. Gaudreault, porte-parole des dossiers d’environnement, et Mme Ouellet.

«Il a toujours exprimé des doutes sur ce projet-là, et là, la position est claire», a-t-il dit.

M. Drainville, porte-parole en matière d’énergie, a repoussé toute possibilité qu’avec ses propos, M. Péladeau ait pu créer une apparence de décalage par rapport à ses députés.

«La position du parti, c’est qu’on est contre et (mardi), Pierre Karl a mis en lumière une des principales raisons sinon la principale raison pour laquelle on est contre, c’est-à-dire que les Québécois n’auront pas le dernier mot et c’est Ottawa qui nous l’impose, a-t-il dit. Moi je vois une complémentarité dans ce qui a été dit, je ne vois pas d’opposition, je ne pense pas qu’il faut mettre en opposition ce qui a été dit.»

Plus tôt, mercredi, le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, avait souligné les incohérences des péquistes.

Mardi, M. Péladeau a tenu des propos beaucoup plus nuancés que ses députés opposés au projet, a souligné M. Arcand.

«On a vu le député de Marie-Victorin dire qu’il était farouchement contre, on voit la position du chef du PQ qui est beaucoup plus nuancée et ça démontre encore une fois l’incohérence du PQ sur ce dossier», a-t-il dit.

M. Arcand a affirmé qu’il est actuellement trop tôt pour avoir une position définitive sur le projet de TransCanada parce que plusieurs questions demeurent.

«On ne connaît pas la nature du projet, alors c’est assez particulier, de pouvoir dire: est-ce qu’il y aura un port, pas de port, quelles sont les retombées économiques, ouvriront-ils un bureau à Montréal, quelles seront les modalités pour la construction du pipeline? On n’a pas d’idée véritable de ce qui va se passer», a-t-il dit.

Selon M. Arcand, le Québec doit toutefois opter pour une façon de transporter le pétrole, que ce soit par bateau, train ou oléoduc.

«On a besoin d’hydrocarbures pour les prochaines années et il faut trouver la façon dans laquelle il va y avoir le moins de problématiques, tout simplement», a-t-il dit.

Le premier ministre Philippe Couillard a expliqué ensuite que plusieurs évaluations du projet restent à faire, dont une analyse du Bureau d’audiences publiques en environnement.

«On n’est pas contre le projet, mais s’il se réalise, il devra se faire correctement, dans le respect des communautés, dans le respect de l’environnement et de la sécurité des gens», a-t-il dit.

Le député Amir Khadir, de Québec solidaire, s’est réjoui de voir que M. Péladeau a entendu «la voix de la raison» en exprimant son opposition au projet de TransCanada.

«C’est un revirement de situation qui est bénéfique pour le Québec, a-t-il dit. Je ne peux pas faire autrement que de saluer cette capacité qu’ont, j’imagine, les militants du PQ, à convaincre leur chef qu’il fallait cesser la confusion autour de cet enjeu.»

M. Khadir a reconnu qu’il est peu courant de voir un chef de parti qui n’exprime pas la même position que ses députés.

«Ça traduit les faiblesses politiques de M. Péladeau, a-t-il dit. Avant de se prononcer, ou d’émettre des réserves, il aurait dû, là-dessus au moins, faire ses devoirs et réaliser que ses deux porte-parole, en matière d’énergie et d’environnement, ont déjà pris position là-dessus.»

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