QUÉBEC – Une demande de recours collectif a été déposée en cour en vue d’indemniser les familles des victimes de l’épidémie de légionellose survenue à Québec en 2012. Le dédommagement global espéré pourrait atteindre 6 millions $.

La demande de recours collectif vise au premier chef les autorités de santé publique de la région de Québec, mais aussi le ministère de la Santé et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), propriétaire de l’édifice où s’est produite l’éclosion.

Elle a été déposée mercredi devant la Cour supérieure du district judiciaire de Québec par la conjointe d’une des victimes de l’épidémie de l’été 2012, Solange Allen.

En conférence de presse, jeudi, dans un hôtel de Québec, l’avocat des familles, Me Jean-Pierre Ménard, s’est dit confiant de voir la demande accueillie favorablement par le tribunal, estimant qu’elle reposait sur des bases juridiques solides et sur la jurisprudence. La cour devrait se prononcer en août sur la pertinence d’aller de l’avant dans ce dossier.

L’épidémie de légionellose survenue en 2012 à Québec «est une des plus importantes de l’ère moderne par sa durée et le nombre des victimes», a fait valoir Me Ménard, pour justifier la démarche en cours.

Durant l’été 2012, au centre-ville de Québec, 181 personnes avaient contracté l’infection et 14 d’entre elles avaient perdu la vie.

Chaque famille pourrait espérer qu’on lui verse un dédommagement, pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars, selon Me Ménard.

Sur le plan juridique, le dossier étant solide, tout indique que les «victimes ont des chances d’être indemnisées. On ne peut pas le garantir, on ne peut pas le certifier», mais Me Ménard se montre optimiste.

«Il y a un certain nombre de faits qui sont extrêmement parlants dans ce dossier-là», selon lui.

La demande de recours collectif s’appuie notamment sur l’argument voulant que les autorités de santé publique n’avaient pas pris les mesures nécessaires de prévention destinées à éviter l’éclosion de légionellose.

Me Ménard a pu étoffer son dossier grâce à deux enquêtes, celle de la Direction régionale de santé publique de la région de Québec et celle menée par le coroner à la suite des décès.

Il en conclut que les autorités ont tardé à intervenir, quand l’épidémie s’est manifestée, et que la gestion de la crise a été «chaotique et désorganisée» du début à la fin.

Il reproche aussi aux autorités d’avoir trop tardé à informer la population visée des mesures à prendre, entraînant une aggravation de la situation.

La légionellose est une maladie infectieuse causée par une bactérie. Les tours de refroidissement de l’édifice où habitaient les victimes ont été identifiées comme étant la source de propagation de l’infection.

«La population est en droit de s’attendre de la santé publique aux plus hauts standards, en termes de qualité et de préparation d’intervention quand il arrive des crises», a soutenu Me Ménard.

Il considère qu’une telle crise pourrait d’ailleurs très bien se reproduire «n’importe quand, n’importe où». Mais l’ampleur d’une éventuelle épidémie, elle, pourrait être contrôlée, si on sait intervenir à temps et de la bonne façon, a-t-il expliqué.

Présente à la conférence de presse, Solange Allen, qui a déposé la demande de recours collectif en cour au nom des familles, a dénoncé le laxisme des autorités de santé publique et du personnel hospitalier. Son mari est décédé quatre jours après son hospitalisation, en août 2012, sans qu’il sache de quoi il souffrait.

«J’aurais aimé avoir un petit peu d’empathie de la santé publique», a-t-elle déploré, disant qu’elle avait plutôt senti «de l’arrogance» de la part des autorités qui géraient la situation.

«C’est un baume qui nous arrive ce matin, qui va venir panser un petit peu nos plaies», a ajouté Mme Allen, disant avoir vécu un véritable cauchemar depuis trois ans.

Cette crise, dit-elle, «n’aurait jamais dû se produire. C’est ça qui est fâchant, c’est ça qu’on ne peut pas accepter. Faut faire en sorte que ça ne se reproduise pas».

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