MONTRÉAL – Alors que des syndiqués de la construction sur la Côte-Nord planifient un blocage de routes, jeudi prochain, et que le premier ministre Philippe Couillard apparente ce moyen de pression à de l’intimidation et les invite plutôt à discuter, la direction de la FTQ-Construction affirme que le temps de la concertation est passé et qu’il faut maintenant que le gouvernement agisse dans ce dossier.

Mercredi, le représentant de la FTQ-Construction sur la Côte-Nord, Bernard «Rambo» Gauthier, a annoncé qu’avec l’aide de travailleurs et citoyens mécontents de la région, il allait bloquer partiellement trois routes, notamment une menant au chantier hydroélectrique de La Romaine. Il veut ainsi protester contre l’embauche d’ouvriers venant d’autres régions, alors que des ouvriers de la Côte-Nord ne travaillent pas.

Mercredi, le premier ministre Couillard a fait savoir qu’il désapprouvait ce blocage de routes, qu’il a apparenté à de l’intimidation. Il a plutôt invité les parties à s’asseoir et à discuter, à se concerter, ajoutant qu’il fallait trouver un équilibre entre les droits des uns et des autres.

La réponse du premier ministre a irrité le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, qui lui reproche de ne pas dire toute la vérité sur cette question. M. Ouellet a rappelé, jeudi lors d’une entrevue, qu’il y avait déjà eu une table de concertation régionale, ainsi qu’une seconde table de concertation ministérielle sur cette question de la mobilité interrégionale des ouvriers. Et, selon lui, rien n’a été fait depuis.

«Je ne peux pas croire que le premier ministre n’est pas au courant que ça (la concertation et les discussions), ça a tout été fait. Ça fait deux ans qu’on a parlé aux entrepreneurs; les négos sont finies depuis deux ans. On a eu une table ministérielle. On a eu une table régionale. On a eu des rencontres à profusion avec le ministère du Travail. Et la problématique, c’est qu’ils ont pris le dossier et qu’ils l’ont sacré sur la table. Et ils ont dit ‘on va attendre que ça éclate’», s’est exclamé M. Ouellet.

La semaine dernière, d’ailleurs, le même problème de la mobilité interrégionale des ouvriers dans la construction s’est posé, cette fois en Gaspésie avec les grutiers sur des chantiers éoliens. Là encore, la FTQ-Construction se plaignait du fait qu’un entrepreneur venu de Montréal avait emmené avec lui plusieurs ouvriers — bien qu’il en avait embauché quelques-uns de la région — alors que plusieurs grutiers de la région ne travaillaient pas.

En entrevue, M. Ouellet avait alors prévenu que la situation allait s’envenimer et faire tache d’huile dans d’autres régions si le gouvernement n’intervenait pas bientôt. Aujourd’hui, il avertit encore que les ouvriers d’autres régions sont frustrés et mécontents, notamment en Abitibi et au Saguenay.

«Quand une région est rendue à l’écoeurantite aiguë…», lance M. Ouellet, pour expliquer le blocage partiel prévu sur la Côte-Nord.

«On ne peut pas leur dire qu’ils n’ont pas épuisé tous les recours», justifie-t-il, rendant le gouvernement seul responsable de la situation.

M. Gauthier, un représentant syndical très puissant sur la Côte-Nord, a affirmé qu’il laisserait circuler les citoyens de la région, puisque ce sont les entrepreneurs qu’il veut viser.

Cette question de la mobilité interrégionale des ouvriers avait été abordée devant la Commission Charbonneau, puisque ce n’est pas la première fois qu’elle mène à des affrontements. Le phénomène se produit lorsqu’un entrepreneur en construction décroche un contrat dans une autre région que la sienne. Parfois, il emmène alors avec lui quelques ouvriers dans la région, ce qui cause de la frustration chez les ouvriers de cette région qui ne travaillent pas.

Les entrepreneurs agissent ainsi parfois parce qu’il s’agit de travail spécialisé, parfois aussi parce qu’ils connaissent bien leurs ouvriers, savent à quelle vitesse ils travaillent et avec quelle dextérité et qu’ils veulent aussi leur assurer suffisamment d’heures de travail pour les garder à leur emploi.

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