JOHN WOODS Shoal Lake Announcement. JOHN WOODS / La Presse Canadienne

SHOAL LAKE, Man. – La réserve autochtone de Shoal Lake #40, qui fait l’objet de l’un des avis d’ébullition de l’eau les plus anciens au Canada, a promis de bloquer un projet d’élargissement de l’autoroute Transcanadienne alors qu’Ottawa refuse de s’engager à l’aider à construire une route pour la relier au reste du pays.

La Première Nation Shoal Lake #40 a été coupée du monde il y a un siècle lorsqu’un canal artificiel a été créé pour construire un système d’aqueduc pour alimenter Winnipeg en eau potable. Le village est alors devenu une île et, ironiquement, fait l’objet d’un avis d’ébullition de l’eau depuis 17 ans.

Aucune route ne le relie à la province, sauf en hiver, lorsque l’eau gèle. Plus tôt cette année, les habitants ont été encore plus isolés lorsque leur traversier, déclaré non conforme aux exigences par le gouvernement fédéral, a été hors service durant quelques mois.

Le village réclame depuis longtemps une route pour le relier à la province. Le Manitoba et la Ville de Winnipeg se sont engagés jeudi à financer une partie des 30 millions $ que coûterait la construction d’une route quatre saisons pour la communauté, située à cheval sur la frontière entre le Manitoba et l’Ontario.

Mais Ottawa refuse de s’engager à payer sa part de la facture. Mercredi, les gouvernements du Manitoba et de l’Ontario et la Ville de Winnipeg ont envoyé une lettre au ministre fédéral des Affaires autochtones, Bernard Valcourt, pour le prier de faire avancer ce dossier en promettant 10 millions $ pour la construction. Ils n’ont pas eu de réponse.

Jeudi, le ministre des Ressources naturelles, Greg Rickford, a refusé de dire si le fédéral mettrait la main dans sa poche, se bornant à répéter qu’il s’était engagé à contribuer un million de dollars à l’étude de conception de la route.

Il était suivi par des enfants tenant des affiches réclamant une route. Interrogé à savoir s’il avait quelque chose à dire à ces enfants, il leur a dit: «Allô, les amis» («Hi guys» en anglais).

Entre-temps, le gouvernement Harper projette d’investir 100 millions $ pour élargir l’autoroute Transcanadienne au niveau de la frontière entre le Manitoba et l’Ontario.

Essuyant des larmes de colère, Stewart Redsky a affirmé que la Première Nation réclamait justice depuis 100 ans.

«Depuis 100 ans, la Première Nation de Shoal Lake 40 paie pour que Winnipeg ait de l’eau potable. Notre communauté a besoin d’une réponse aujourd’hui.»

Alors que la capitale du Manitoba jouit d’eau de qualité, un avis d’ébullition est en vigueur à Shoal Lake depuis 17 ans. Une usine puise l’eau directement dans le lac pollué et l’assainit avec du chlore, mais l’absence de système de filtration fait en sorte que des sédiments et des herbes sortent des robinets.

«Nous ne sommes même pas supposés nous brosser les dents avec l’eau, a expliqué Kavin Redsky, qui traite l’eau depuis 12 ans. Nous ne pourrons pas avoir de système d’assainissement avant d’avoir la route.»

Pour le chef Erwin Redsky, l’étude de conception de la route n’est pas suffisante. La réserve a fait plusieurs études de conception depuis dix ans pour une nouvelle usine de filtration de l’eau, qui n’a toujours pas été bâtie.

Il a déclaré que le village n’appuierait pas le projet d’élargissement de la route Transcanadienne tant que le village ne verrait pas la lumière.

«Pas de route pour nous, pas de route pour vous», disait une pancarte tenue par un enfant.

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