Métro Le gouvernement devrait se pencher sur la question de l’équité entre les générations au cours des consultations, selon l’ex-député Léo Bureau-Blouin.

Le gouvernement provincial a annoncé en juin les débuts à l’automne d’une consultation pour le renouvellement de la Politique québécoise de la jeunesse (voir définition plus bas). Le gouvernement précédent, du Parti québécois (PQ), avait pourtant mené en 2013 une telle consultation, placée sous la présidence de Léo Bureau-Blouin, alors député et adjoint parlementaire à la jeunesse. Un livre blanc en était d’ailleurs sorti. Refaire ces consultations est-il nécessaire ? Les acteurs s’expliquent.

Le gouvernement actuel est catégorique: le livre blanc sur la jeunesse produit par le PQ à la suite de ses consultations réalisées auprès des organismes jeunesse ne sera pas considéré dans ses travaux, a assuré à Métro Charles Robert, responsable des communications au Cabinet du premier ministre. Ce qui explique en partie sa volonté de refaire le travail de consultation «avec les orientations de [son] propre gouvernement». «Évidemment, le livre blanc que le gouvernement précédent a produit était le fruit de sa propre philosophie. C’est pour ça qu’on reprend l’exercice à partir de la base», explique M. Robert.

Le livre blanc sur la jeunesse du PQ n’est d’ailleurs plus disponible sur le site internet du Secrétariat à la jeunesse du Québec.

L’ex-député Léo Bureau-Blouin, qui a mené le travail de consultation de près de 5 mois du PQ au cours d’une tournée des régions du Québec, estime que le gouvernement aurait tout de même avantage à utiliser le livre blanc comme base de travail. «J’espère que le gouvernement va s’inspirer des travaux qui ont été faits, va venir piger dans le livre blanc qui a été le fruit d’une consultation de plusieurs milliers de citoyens, dans 50 municipalités, avec près de 4000 jeunes rencontrés», énonce-t-il.

Il reconnaît par ailleurs que cette situation revient souvent alors «qu’un nouveau gouvernement souhaite donner sa couleur aux nouvelles politiques» et estime que «c’est vraiment pour mieux avancer par la suite». «Pour le citoyen, c’est sûr que ça peut être dommage de voir que tout le processus de consultation reprend. C’est un peu malheureux, mais parfois, il faut faire un pas en arrière pour en faire deux vers l’avant, explique M. Bureau-Blouin. Si c’est ça que ça prend pour qu’on se dote d’une politique qui est sérieuse, tant pis, ce sera ça.»

«C’est sûr que j’aurais aimé avoir le temps de mener le projet jusqu’au bout avant les élections. Mais de voir que l’esprit continu, pour moi, c’est ça l’important.» – Léo Bureau-Blouin, ex-député du Parti québécois

Le gouvernement justifie également la nécessité de recommencer le processus de consultation par sa volonté de mener des consultations «plus larges». «Beaucoup d’organismes nous ont signifié qu’ils n’avaient pas été consultés pour la rédaction du livre blanc, ajoute Charles Robert. Le gouvernement était pressé de livrer une politique jeunesse et ses consultations n’ont pas été aussi larges que ce que les groupes auraient souhaité.»

Mais Québec reste tout de même conscient du travail qui a été fait auparavant, nuance M. Robert. «L’idée n’est pas d’obliger un groupe à répéter ce qu’il a déjà dit au gouvernement précédent s’il n’a rien à ajouter», concède-t-il. Bien qu’un certain montant d’argent avait déjà été accordé sous l’ancien gouvernement pour faire cet exercice, M. Robert estime que «ce n’est pas une dépense d’ordre budgétaire. La transmission des mémoires et l’analyse des mémoires, ce n’est pas ce qu’il y a de plus onéreux pour le gouvernement», dit-il, bien qu’il ne soit pas actuellement en mesure de confirmer quelle forme précisément prendra la consultation.

Quoi qu’il en soit, la majorité des groupes jeunesse se sont réjouis de la reprise des consultations en vue du renouvellement de la Politique québécoise de la jeunesse, dont l’organisme Force Jeunesse. «C’est absolument nécessaire, affirme Éloi Lafontaine Beaumier, porte-parole. Nous sommes rendus à un moment où il faut agir. On croit qu’il faut aller reconfirmer, aller tâter le pouls aujourd’hui: est-ce qu’il y a des choses qui ont changé, des avis ou des idées qui auraient évolué ?» souligne-t-il, s’attendant à une consultation plus brève que celle du PQ.

«Lorsque le gouvernement a pris le pouvoir, j’étais inquiet que tout ça passe à la trappe, se rappelle Léo Bureau-Blouin. Je suis content que le processus reprenne, ça démontre qu’une nouvelle politique jeunesse, ce n’est pas le projet d’un parti politique, mais un projet social», ajoute-t-il.

L’ex-député souligne l’importance de renouveler la politique jeunesse du gouvernement, qui guidera les décisions du gouvernement, alors que la situation des jeunes a beaucoup changé depuis sa création. «Il y a 15 ans, le taux de chômage chez les jeunes était très élevé, alors qu’aujourd’hui on est plutôt dans une situation où il y a une pénurie de main d’oeuvre», illustre-t-il.

«Souvent, les gouvernements, plutôt que de revoir les principes ou la philosophie qui guide son action, vont se contenter de renouveler certains programmes ou de poursuivre ce qui se fait déjà.» – Léo Bureau-Blouin, ex-député du Parti québécois, heureux que le gouvernement actuel ait plutôt choisi de travailler au renouvellement de la Politique québécoise de la jeunesse

Il espère toutefois que cette volonté de renouveler la politique jeunesse fera en sorte que le gouvernement de Philippe Couillard changera son discours à l’égard des jeunes. «Parce qu’en ce moment, toutes les coupes qui sont faites vont avoir un impact important sur les jeunes. Si on augmente le nombre d’élèves par classe, ça veut dire un plus haut taux de décrochage scolaire, une société qui est moins éduquée, affirme M. Bureau-Blouin. C’est un gouvernement qui prétend agir au nom de l’équité intergénérationnelle, mais qui fait l’inverse dans ses gestes au jour le jour.»

Qu’est-ce qu’une politique jeunesse et ses consultations?
La Politique québécoise de la jeunesse vise à dresser un portrait précis de la situation des jeunes au Québec afin que les actions et le financement du gouvernement correspondent aux besoins exprimés. La politique étant échue depuis 2001, le gouvernement précédent avait organisé une grande consultation auprès des groupes jeunesse pour savoir comment l’actualiser. Bien qu’un livre blanc soit sorti de l’exercice, le gouvernement a été défait avant le renouvellement de la politique. Le gouvernement actuel reprend le processus.

Thèmes du livre blanc du Parti québécois

  • saines habitudes de vie
  • décrochage scolaire
  • choix scolaires et professionnels
  • conciliation travail/famille

Thèmes de la consultation du gouvernement libéral

  • saines habitudes de vie
  • décrochage scolaire
  • entrepreneuriat
  • participation citoyenne

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