Le Canada n’échappera pas à la récession, mais celle-ci ne ressemblera en rien aux récessions classiques qui ont marqué les années 1980 ou 1990 ou la crise financière de 2008.

Les données rendues publiques par Statistique Canada vendredi indiquent en effet que le produit intérieur brut (PIB) réel s’est contracté pour un cinquième mois consécutif en mai, cédant 0,2 pour cent en raison des faiblesses dans les secteurs de la fabrication, de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière, de l’extraction pétrolière et gazière et dans le commerce de gros.

Les économistes s’attendaient à un produit intérieur brut stable pour le mois de mai, selon les prévisions recueillies par Thomson Reuters.

«Impossible d’embellir ce rapport en le maquillant. Ces chiffres sont mauvais», a observé l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter, dans une note à ses clients, ajoutant que le résultat rendait pratiquement inévitable une contraction de l’économie pour l’ensemble du deuxième trimestre.

Une conclusion partagée par l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, Benoît Durocher. «Pour éviter que le deuxième trimestre soit négatif, il faudrait avoir une croissance mensuelle d’un pour cent ou plus en juin, ce qui n’est arrivé que deux fois dans l’histoire», a-t-il illustré lors d’un entretien avec La Presse Canadienne.

Le premier trimestre de 2015 s’est déjà soldé par une contraction annualisée de 0,6 pour cent du PIB. Une récession, par définition, survient lorsqu’une économie connaît deux trimestres consécutifs de contraction.

Une récession «technique»

Cependant, les chiffres peuvent être trompeurs. M. Durocher parle d’ailleurs d’une récession «technique», d’une part «parce que l’ampleur du recul est assez faible par rapport à ce que l’on a connu lors de récessions plus classiques. D’autre part, les difficultés sont très concentrées.»

La croissance du marché de l’emploi canadien et la stabilité du taux de chômage sont des éléments souvent évoqués par les observateurs pour souligner comment cette contraction se distingue du caractère habituel des récessions.

Dans son Rapport sur la politique monétaire publié à la mi-juillet, la Banque du Canada prévoyait que l’économie se sera contractée au rythme annuel de 0,5 pour cent au cours du deuxième trimestre. La banque centrale refusait cependant de prononcer le mot «récession».

«Je ne vais pas m’engager dans un débat au sujet de la façon dont nous pourrions appeler ça», avait alors affirmé le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz. «Il n’y a aucun doute que nous nous retrouvons dans une légère contraction.»

L’économiste en chef adjoint à la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, hésite lui aussi à parler de récession.

«D’un point de vue technique, oui, le Canada est en récession, a-t-il affirmé. Mais la faiblesse de l’économie est concentrée évidemment dans les provinces pétrolières (Alberta, Saskatchewan, Terre-Neuve). On a du mal à ressentir cette faiblesse du côté de l’Ontario ou du Québec, par exemple.»

Déception dans le secteur manufacturier

Beaucoup d’encre a coulé au sujet de l’impact de la faiblesse des prix du pétrole sur les dépenses dans le secteur de l’énergie et de la répercussion sur l’économie d’ensemble. Mais le secteur manufacturier a lui aussi affiché d’importants reculs en mai.

La production des fabricants s’est contractée de 1,7 pour cent en mai, tandis que le secteur de l’extraction de pétrole et de gaz naturel s’est replié d’un pour cent.

La production des industries productrices de biens a reculé pour un cinquième mois de suite en mai, cédant 0,6 pour cent.

Entre-temps, les industries productrices de services, qui avaient progressé pendant trois mois de suite, ont reculé de 0,1 pour cent en mai. Le commerce de détail a légèrement augmenté, de 0,5 pour cent, tandis que le commerce de gros a chuté de 1,6 pour cent, a indiqué Statistique Canada.

Si les analystes ne s’étonnent pas nécessairement de la baisse de la production manufacturière — qui était prévisible notamment en raison de la baisse de demande d’équipements dans le secteur de l’énergie — son ampleur, à 1,7 pour cent, étonne après un mois d’avril stable. «C’est énorme», a estimé M. Lavoie, surtout dans un contexte de repli du huard face à la devise américaine.

«C’est un peu mystérieux et décevant en fait, a poursuivi M. Durocher. Avec la dépréciation du dollar canadien et l’économie américaine qui affiche une certaine vitalité, on se serait attendus à ce que le secteur de la fabrication contribue davantage à la croissance économique.»

Le gouvernement américain a estimé jeudi que le produit intérieur brut du pays avait grimpé au taux annualisé de 2,3 pour cent au cours du deuxième trimestre, tandis que l’activité économique du premier trimestre, qui avait précédemment été évaluée comme une contraction, a été révisée pour maintenant montrer une croissance de 0,6 pour cent.

Une demande américaine assez vigoureuse, jumelée à une certaine stabilisation dans le secteur de l’énergie, permettent à M. Durocher de se montrer plus optimiste pour la deuxième moitié de 2015.

«Le gros des baisses (du prix du pétrole) est derrière nous, a-t-il estimé. Donc, l’effet négatif sur le secteur de l’énergie devrait tendre à s’estomper graduellement, ce qui devrait permettre à l’économie canadienne de reprendre son souffle en deuxième moitié d’année.»

La Banque du Canada prévoit aussi une reprise dès le troisième trimestre, pour lequel elle anticipe une croissance de 1,5 pour cent, selon ses plus récentes prévisions. Elle entrevoit aussi une croissance de 2,5 pour cent pour les trois derniers mois de l’année.

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