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MONTRÉAL – Ce sont les citoyens de la Côte-Nord, et non ceux du Saguenay – Lac-Saint-Jean, qui détiennent le championnat de la consommation excessive d’alcool, selon l’organisme Éduc’alcool.

L’organisme a en effet commandé un sondage à la firme Crop, auprès de 2500 répondants, dont La Presse Canadienne a pu prendre connaissance. Éduc’alcool voulait avoir un portrait plus précis de la consommation d’alcool chez les Québécois. Et il en ressort que ce sont les Nord-Côtiers qui boivent le plus.

Ainsi, les Nord-Côtiers consomment de l’alcool quatre fois par semaine en moyenne, contre 3,3 fois pour l’ensemble des Québécois.

De plus, 72 pour cent des répondants dans l’ensemble du Québec rapportent avoir déjà pris plus de trois consommations pour les femmes, ou quatre pour les hommes, lors d’une même occasion au cours des 12 derniers mois. Or, sur la Côte-Nord, cette proportion grimpe à 81 pour cent.

Pour ce qui est d’une consommation de cinq verres ou plus au cours d’une même occasion, la proportion est de 43 pour cent dans l’ensemble du Québec et de 54 pour cent sur la Côte-Nord.

«Oui, le triste championnat de la consommation excessive, c’est les Nord-Côtiers qui l’ont. Et ils ont détrôné les Saguenéens et les Jeannois, c’est vrai. Donc, ce n’est pas une grosse victoire à célébrer», a commenté en entrevue mercredi Hubert Sacy, directeur général d’Éduc’alcool.

M. Sacy avance quelques explications à ces constatations, notamment le fait que la population est plus jeune sur la Côte-Nord, particulièrement dans la catégorie des 25 à 34 ans.

De plus, ce sont des gens qui travaillent durement, comme dans les mines, parfois durant de longues périodes, «par bourrées», parfois loin de leur famille. Et ils touchent souvent un salaire plus élevé que la moyenne.

M. Sacy souligne que le Saguenay – Lac-Saint-Jean, qui avait la réputation de détenir ce «championnat», compte moins de jeunes citoyens que la Côte-Nord. De plus, il note que le Saguenay – Lac-Saint-Jean a enregistré des pertes d’emplois, donc des baisses de revenus, au cours des dernières années, ce qui a pu faire baisser la consommation d’un bien de luxe comme l’alcool.

Autre fait qui peut paraître étonnant à prime abord: les citoyens de la Côte-Nord se montrent plus intolérants face à la consommation d’alcool jumelée à la conduite automobile.

Ainsi, 22 pour cent de l’ensemble des Québécois jugent qu’il est criminel de conduire après avoir pris un seul verre d’alcool. La proportion grimpe à 30 pour cent chez les citoyens de la Côte-Nord.

De même, 28 pour cent des Québécois jugent que la limite actuelle d’alcool dans le sang pour conduire n’est pas assez sévère, alors que 40 pour cent des citoyens de la Côte-Nord pensent ainsi.

M. Sacy, lui, n’y voit pas de contradiction. Il y voit l’effet des campagnes d’information auprès des jeunes sur la consommation d’alcool au volant. Il souligne également qu’il y a plus de barrages routiers par les services policiers sur la Côte-Nord. D’ailleurs, les répondants au sondage sont aussi plus nombreux à rapporter en avoir vu.

«C’est la mentalité des jeunes: ils sont plus sensibilisés que les aînés à l’alcool au volant. Ils sont plus intolérants face à l’alcool au volant, mais quand ils ne conduisent pas, là, ‘let’s go’. Autrement dit, le fait de ne pas conduire les autorise à faire des choses qu’ils ne se permettent pas lorsqu’ils conduisent», résume M. Sacy.

Il en conclut qu’il faut accroître le nombre de barrages routiers pour l’alcool au volant. «Le lien est évident, il est prouvable, il est chiffrable, au Québec, chez nous. Il faut augmenter la perception qu’on va se faire épingler si on conduit au-delà de la limite légale permise, par conséquence augmenter le nombre de patrouilles routières», dit-il.

Éduc’alcool en tire une autre conclusion pour son travail dans l’avenir. «Pour ceux qui consomment dans les établissements licenciés, on va revenir avec beaucoup de force auprès du gouvernement pour rendre obligatoire le cours action-service, pour former les serveurs à repérer les gens qui vont trop boire, à les empêcher de trop boire, à espacer le service, à leur servir de l’eau, à savoir comment refuser le service aux gens qui ont trop bu sans les humilier et à les gérer s’ils ont pris un coup malgré tout ça», affirme M. Sacy.

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