Getty Images À Montréal, le CSF répertorie 200 salons de massage et 30 bars de danses contact

Le Conseil du statut de la femme (CSF) a rendu un avis jeudi dans lequel il recommande que les prostituées cessent d’être considérées comme des criminelles tout en continuant de punir les clients et les proxénètes. «Il faut contrer la prostitution de plusieurs façon, mais pas en pénalisant les femmes prostituées», a déclaré la présidente du CSF, Julie Miville-Dechêne.

Le Conseil considère cependant que la majorité des prostituées ne sont pas des travailleuses du sexe, mais bien des victimes, la légalisation de la prostitution n’est donc pas envisagée. «Les clients forment la demande et s’il n’y avait pas de demande, il n’y aurait pas de prostitution», a plaidé Mme Miville-Dechêne. Le CSF demande donc au ministre de la Justice du Québec de faire pression auprès de son homologue canadien afin de modifier le Code criminel pour décriminaliser les prostituées, et non les clients et les proxénètes. Le Conseil demande aussi la mise en place de services d’aide et de réinsertion spécialisées.

Enfin, le CSF souhaite que le gouvernement lutte contre la banalisation de la prostitution, au moyen de campagnes de sensibilisation et d’information auprès des Québécois afin de changer les mentalités. Cependant, sur le terrain, cet avis ne fait pas l’unanimité. L’organisme Stella, qui milite pour l’amélioration de la qualité de vie des travailleuses du sexe, dénonce la victimisation systématique de toutes les prostituées.

Émilie Laliberté, directrice générale de Stella, déplore que le mandat du Conseil avait une prémices défavorable à la prostitution avant même d’aller constater la situation sur le terrain. Elle dénonce également l’amalgame entre la prostitution juvénile, une forme d’exploitation, et la prostitution entre adultes consentants. «Le Conseil prétend que tous les faits démontrent que la grande majorités des femmes prostituées se trouvent dans des situations d’exploitation, a-t-elle expliqué. Mais les celles qui travaillent sur la rue représentent moins de 5% des travailleurs du sexe.»

Une décriminalisation des prostituées est souhaitable selon Stella, mais pour les clients également. Cela constitue, selon Mme Laliberté, une première étape. Cela pourrait ensuite s’accompagner d’un processus de consultation où les travailleuses et travailleurs du sexe décideraient eux-mêmes de mesures leur permettant de travailler en sécurité et dans la dignité.

Le Conseil s’est dit conscient des divisions sur le terrain. «On ne prétend pas qu’il y a une solution magique à la prostitution», a indiqué Mme Miville-Dechêne avant d’ajouter que le Conseil ne travaille pas en vase clos et parle au nom «d’une majorité silencieuse» de femmes dans la profession. «Au nom du supposé libre-choix individuel, on préfère fermer les yeux sur le fait que des femmes et des jeunes femmes sont utilisées par des proxénètes dans des salons de massage, des bars de danseuses ou des agences d’escortes », a conclut Mme Miville-Dechêne.

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