SAINT-GEORGES, Qc – Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau ne peut pas aspirer à devenir premier ministre du Québec tout en restant à la tête d’un empire de presse, a réaffirmé jeudi le premier ministre Philippe Couillard.

Le chef de l’opposition officielle cultive l’ambiguïté entre ses deux chapeaux, celui de chef politique et celui d’actionnaire de contrôle de Québecor, selon lui.

Le temps est donc venu de clarifier sa situation, a fait valoir M. Couillard, en point de presse, en marge du caucus des députés libéraux réunis pendant deux jours en Beauce pour préparer la rentrée parlementaire du 15 septembre.

«On ne sait plus qui parle. Est-ce que c’est l’actionnaire de contrôle de Québecor ou si c’est le chef de l’opposition ou le chef du Parti québécois?», s’est-il interrogé, en reprochant à M. Péladeau de «balayer du revers de la main» les critiques à cet égard.

«On ne peut pas être premier ministre et détenir le contrôle d’un groupe médiatique», a-t-il tranché, qualifiant la situation de M. Péladeau de «difficile».

M. Couillard réagissait au fait que la veille, à Rimouski, M. Péladeau a évoqué la possibilité que la Caisse de dépôt et placement puisse éventuellement faciliter le retour d’une équipe de hockey à Québec grâce à une participation financière. Il a dit que cette décision revenait aux dirigeants de la Caisse.

Québecor a déposé cet été un dossier de candidature dans le cadre du processus d’expansion de la Ligue nationale de hockey, dans l’espoir de ramener les Nordiques à Québec. L’entreprise a annoncé en juillet qu’elle était à la recherche de partenaires financiers.

Sur le fond de la question, à savoir si oui ou non la Caisse devait se mêler de ce dossier, M. Couillard a dit qu’il ne revenait pas aux politiciens de dicter les investissements de la Caisse.

En anglais, il a dit que les médias seraient les premiers à s’objecter si lui-même en tant que premier ministre du Québec possédait un empire de presse.

Le leader du gouvernement, le ministre Jean-Marc Fournier, a renchéri, en anglais, en se demandant si M. Péladeau s’intéressait «davantage à Québecor qu’aux Québécois».

Il a réaffirmé que M. Péladeau se plaçait carrément en conflit d’intérêts, en commentant sur «ses propres intérêts à lui». Selon M. Fournier, le chef péquiste «ne comprend pas qu’il ne peut pas agir ainsi».

«À quel moment va-t-il comprendre que c’est inapproprié?», a ajouté M. Fournier.

«La question fondamentale, c’est qu’il intervient à l’égard de ses propres actifs», ce qui lui apparaît inacceptable.

De son côté, le ministre Sam Hamad n’exclut pas un scénario de financement public pour ramener les Nordiques à Québec.

«Je suis ni pour, ni contre, bien au contraire», a-t-il commenté en point de presse, alléguant que «ce qui est important, c’est avoir une équipe à Québec».

C’est la deuxième fois que M. Hamad, député de la région de Québec, évoque la possibilité d’un partenariat public avec Québecor pour ramener une équipe de la LNH à Québec.

À l’époque, en septembre 2014, le ministre de l’Économie, Jacques Daoust, ne s’était pas montré enthousiaste à l’idée de voir le gouvernement accorder une garantie de prêt à Québecor.

Dans une perspective plus large, le tir groupé de M. Fournier et de M. Couillard contre le chef péquiste semble indiquer que le gouvernement est déterminé à revenir à la charge cet automne pour forcer la main à M. Péladeau, dans le sens de l’amener à choisir entre la politique ou son entreprise.

Le point de presse du premier ministre a été interrompu par une poignée de manifestants, qui ont réussi à entrer dans l’Hôtel Georgesville, malgré d’imposantes mesures de sécurité.

Les manifestants, qui étaient des enseignants membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), critiquaient les compressions en éducation. «Le gouvernement Couillard abandonne l’école publique», scandaient les manifestants.

Ces manifestations ne modifieront pas le plan de match du gouvernement, a prévenu M. Couillard.

Une autre manifestation syndicale a eu lieu en fin de journée, réunissant des membres de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé (APTS) et de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

M. Couillard a par ailleurs tourné en dérision «la grande équation de la séparation» prônée par le chef péquiste, en insistant pour dire que le gouvernement fédéral «dépense 15,8 milliards $ de plus qu’il ne reçoit en recettes du Québec».

M. Péladeau ne parle qu’aux Québécois indépendantistes, selon lui, et non à l’ensemble de la population.

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