Aaron Vincent Elkaim Hussein Adb Al Rahim;. Aaron Vincent Elkaim / La Presse Canadienne

TORONTO – Hussein Rahim avait déjà perdu son cousin et son oncle — l’un avait été tué par balles et l’autre était porté disparu — lorsqu’il a été arrêté par l’armée au cours d’une manifestation dans sa Syrie natale.

Sa famille a payé des milliers de dollars pour le libérer, mais craignant d’être de nouveau arrêté lorsqu’un véritable conflit armé a pris le pas sur l’agitation politique, il a décidé de demander l’asile au Canada, raconte-t-il en entrevue à La Presse Canadienne.

«J’ai quitté le pays parce que Dieu seul sait ce qui me serait arrivé si j’étais resté là», soupire-t-il.

M. Rahim croyait que son épopée était enfin terminée lorsqu’il a foulé le sol de l’aéroport international Pearson de Toronto en 2012. Il avait alors en main un passeport grec qu’il avait acheté en Turquie.

Mais trois ans plus tard, l’homme de 35 ans soutient que son statut au Canada est encore loin d’être fixé, que sa cause n’a pas encore été entendue et que son avenir est des plus incertains.

L’attention du monde entier est tournée vers la quête de milliers de réfugiés syriens qui tentent de quitter leur pays déchiré par la guerre. Certains ont des membres de leur famille à l’étranger qui tentent de les faire venir; d’autres, comme Hussein Rahim, prennent eux-mêmes leur destinée en main. Mais peu importe, les deux options sont semées d’embûches.

Détenu à son arrivée à Toronto pendant plus de trois semaines, M. Rahim soutient qu’il a été libéré seulement après avoir menacé de faire une grève de la faim.

Malgré les mois qui passent, il n’a toujours pas reçu de convocation pour son audience sur son statut de réfugié ou encore pour obtenir une requête provisoire qui lui permettrait de visiter sa mère malade en Turquie, dit-il.

Sans une date d’audience, M. Rahim soutient qu’il ne peut quitter le pays puisque cela invaliderait sa demande d’asile.

«Ils ne veulent pas me donner une audience», dénonce-t-il, ajoutant qu’il a envoyé des courriels au ministre de l’Immigration Chris Alexander et au premier ministre Stephen Harper pour faire avancer son dossier.

«Ils (Citoyenneté et Immigration Canada) disent qu’ils n’ont pas assez de juges», rapporte-t-il.

Mais pendant ce temps, les documents qu’il a reçus à son arrivée au pays viennent à échéance en 2017. Il s’inquiète du fait que sa cause ne sera peut-être pas entendue d’ici là.

M. Rahim soutient que deux de ses amis qui sont arrivés au Canada en 2012 comme lui et qui réclament eux aussi le statut de réfugiés font face aux mêmes difficultés.

Un porte-parole de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada a indiqué que le bureau continuerait d’entendre les demandes déposées avant le 15 décembre 2012 — date à laquelle d’importants changements ont été apportés à la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés.

«Le nombre de dossiers en attente a été réduit de plus de 32 000 en décembre 2012 à 8000 au 1er mars 2015», écrit Robert Gervais dans un courriel.

Il ajoute que la Commission va accroître son personnel dans l’objectif de finaliser les demandes effectuées avant le 15 décembre 2012.

De son côté, M. Rahim souligne qu’il a décidé de venir au Canada en raison de sa réputation humanitaire, mais la manière dont le gouvernement traite son dossier et celui d’autres Syriens l’a laissé amer.

«Je n’ai pas l’impression de me faire traiter comme un humain au Canada», laisse-t-il tomber. «Je ne crois pas qu’ils veulent aider qui que ce soit.»

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