Pour la journaliste Pascale Navarro, il est plus que temps que les institutions publiques soient représentées par autant d’hommes et de femmes. Dans son nouvel essai «Femmes et pouvoir : les changements nécessaires», elle insiste sur la nécessité que les hommes mettent aussi la main à la pâte dans cette réflexion sur la parité, ce qui ne fait pas consensus au sein du mouvement féministe. Entretien sur le féminisme de demain.

Quelle pourrait être la contribution des hommes à la réalisation de la parité homme-femme selon vous?
Ce qu’il faut, c’est qu’ils réfléchissent aussi aux enjeux. Que ce ne soit pas seulement les femmes qui le fassent. Leur contribution, ce serait qu’à la suite de ces réflexions, les décisions soient prises avec un souci d’égalité. Pas seulement la rentabilité, la popularité… Enfin, il y a toutes sortes d’enjeux en politique. Que l’égalité fasse partie de la réflexion. Aussi, à terme, c’est qu’on réfléchisse plus aux enjeux de la socialisation en politique. Je pense que les hommes peuvent en bénéficier. Pas seulement les femmes.

Pensez-vous que des hommes sont intéressés à travailler sur la parité homme-femme dans les institutions publiques?
Je pense que oui. Il y en a eu à travers le temps. On ne les entend pas beaucoup. C’est un sujet qui fait un peu peur parce qu’il faut s’éduquer à la chose. Quand on parle de parité, de mixité ou d’égalité, on a tout de suite des stéréotypes en tête. Il faut aller un peu plus loin et réfléchir à ce que ça veut dire sur le terrain, dans la réalité.

Pourquoi des féministes sont-elles opposées à ce que les hommes participent à l’effort vers la parité homme-femme?
Elles craignent que leur parole leur soit enlevée. On a eu beaucoup de difficulté à prendre part aux débats. Aujourd’hui, on a une voix …pas toujours écoutée, mais quand même. Elles se disent que si on implique les hommes là-dedans, on va encore nous prendre notre place. Je ne crois pas qu’il faut enlever des espaces. Il faut juste ajouter un espace mixte. C’est d’ajouter quelque chose où on trouve une tribune ou un espace de réflexion avec des hommes et des femmes qui se soucient d’égalité.

La conjoncture actuelle est-elle favorable pour la mixité paritaire?
En tout cas, tout converge vers une remise en question des institutions et des règles démocratiques. L’austérité, c’en est un exemple pour lequel on devrait se demander quel serait l’effet sur les femmes. Je suis assez scandalisée et choquée que les décisions soient prises sans penser aux conséquences. Je ne dis pas que les politiciens sont de mauvaise foi. Je dis qu’il y a un savoir sur les inégalités qui devrait être intégré dans les réflexions politiques. On se proclame égalitaire, mais on est à la remorque d’un tas de pays qui ont déjà des quotas de genre ou des lois sur la parité. Ils ne sont pas parfaits ces pays-là, mais ils font une réflexion. Ça serait la moindre des choses qu’ici aussi, on le fasse.

«On pense que l’égalité est atteinte parce qu’il y a autant d’hommes que de femmes dans nos milieux de travail, dans la rue et dans nos vies quotidiennes. Là où se prennent les décisions, il y a peu de femmes. Donc, la réalité, ce n’est pas ce qu’on voit dans la rue. Et les décisions se prennent en nos noms. Elles se prennent pour décider ce qu’on fait des fonds publics. Or, les fonds publics, c’est aussi l’argent que les femmes ont donné. On a droit nous aussi à prendre part au débat.» – Pascale Navarro, auteure et journaliste

Si parité est réalisée dans nos institutions publiques au Québec, c’est un gouvernement qui n’est pas paritaire qui le fera. Sentez-vous de l’ouverture de la part du gouvernement du Québec?
Oui, il y a de l’ouverture. Ce sont des choses compliquées à faire avancer. Il y a beaucoup d’urgences, il y a beaucoup de problèmes multifactoriels. Quand on arrive avec une telle idée, ça prend du temps. Il faut chercher l’adhésion. Il faut s’adapter. Il faut chercher des compromis. C’est long. Et je le comprends. Mais il ne faut pas remettre toujours au lendemain. Je ne sais pas comment ça va se réaliser, mais je suis convaincue que ça va se réaliser.

Est-ce qu’il ne faut pas aussi une unité du mouvement féministe ? Dans votre livre, vous notez que les féministes travaillent sur plusieurs enjeux en même temps.
C’est fondamental. Il faudrait qu’on soit plus uni sur cette question. Si on attend d’avoir un accord général sur tous les dossiers, ça n’arrivera jamais. Il faut choisir ses batailles. Et c’en est une qui pourrait avantager le maximum de personne. Ça serait une avancée pour toutes et tous.

Faut-il que la parité soit imposée dans les assemblées législatives et les parlements, mais aussi des organisations qui bénéficient d’un financement public?
Absolument. Il faut commencer par le politique, mais c’est une très bonne idée de le souhaiter pour toutes les organisations financées par des fonds publics. Ce sont des fonds que payent hommes et femmes. C’est comme un devoir du politique de se soucier de cela.

D’après vous, comment faut-il réaliser la parité ? Par le biais de quotas?
Je commencerais par les partis politiques. Je pense que c’est là que ça se passe. S’ils font des efforts, s’ils inscrivent cela dans leurs statuts et de leurs règles, on va avoir une plus grande efficacité parce que ça fera partie de leur valeur. Il faut l’imposer de l’extérieur s’il n’y a pas d’autres moyens. Pour moi, les quotas, c’est en dernier recours. Si ça ne bouge pas, il va bien falloir le faire. Peut-être que sous la menace ils vont bouger.

Vous n’êtes pas ferme sur la parité 50-50. Vous prônez plutôt une parité 40-60. Pourquoi?
Ce n’est pas une question d’avoir une parité numérique. C’est une question d’avoir une réflexion de contenu. C’est une proposition, mais il y a plusieurs façons de le voir. On pourrait dire un maximum de 40% ou un maximum de 60%. Je ne tiens pas au 50%. Il faut être réaliste. Si c’est entre 40% et 60%, c’est plus facile à réaliser que si on donne un chiffre exact.

Mais encore faut-il convaincre des femmes de se lancer en politique ?
C’est aussi aux partis de faire la preuve qu’ils sont capables d’aller les chercher. C’est au monde politique de s’ouvrir à elles et de réfléchir à leur façon de faire. On ne peut pas toujours dire que les femmes ne se présentent pas. Il doit y avoir une raison.

Faut-il changer la façon de faire la politique?
Il y a la question de la vie des politiciens. Ce n’est pas simple. Est-ce qu’il y a moyen de faire les choses différemment? Est-ce qu’il moyen de travailler à distance? Pour les femmes, ça serait plus efficace. Est-ce qu’il y a moyen de partager des postes de députés? Est-ce qu’il y a moyen de changer l’image de la politique? Ça aussi, ça compte pour beaucoup. Il faut travailler sur plusieurs fronts pour redonner un peu un sens et une crédibilité à l’action politique. Il n’y a pas une réponse. Il y en a plusieurs.

«Femmes et pouvoir : les changements nécessaire Plaidoyer pour la parité»
Éditeur Léméac
En librairie

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!