VICTORIAVILLE, Qc — Pour Gilles Laroche, le Partenariat transpacifique (PTP) n’a rien d’abstrait. Si Ottawa devait abandonner le volet laitier du système canadien de gestion de l’offre, il serait forcé de mettre la clé sous la porte de la ferme familiale de Warwick, une entreprise de troisième génération qu’il espère voir sa fille reprendre.

Il n’est pas le seul agriculteur à craindre de perdre son gagne-pain dans Richmond—Arthabaska. Dans cette circonscription du Centre-du Québec, située dans une région considérée comme le «berceau laitier» du Québec, l’ouverture du marché à des milliers de tonnes de produits laitiers sonnerait le glas de nombreuses fermes.

Une déréglementation du système de gestion de l’offre aurait pour effet d’avantager les producteurs des États-Unis, où les coûts de transformation sont plus faibles et où les usines de transformation sont généralement plus grandes que celles du Canada.

«Ce serait la fin. Je ne pourrais pas compétitionner contre des troupeaux de 500, 1000, 1500 vaches. Si le prix du lait baisse comme aux États-Unis, c’est définitif, c’est fini pour moi. Je perds tout», tranche M. Laroche, qui exploite une ferme de 90 vaches, dont 45 laitières, à quelques kilomètres de Victoriaville.

Le système canadien de gestion de l’offre régit les productions de lait, d’oeufs et de volailles. Plusieurs pays impliqués dans les pourparlers du PTP, dont les États-Unis, font pression sur le Canada pour qu’il ouvre son marché à ces trois secteurs de production agricole.

Les candidats de Richmond—Arthabaska promettent tous de défendre bec et ongles ce système mis en place au début des années 1970.

Mais dans une apparente tentative de mettre en boîte ses adversaires et tenter de les dépeindre comme des opposants aux grands accords de libre-échange, le porte-couleurs du Parti conservateur dans cette circonscription apporte un bémol à ce soutien inconditionnel.

Car selon Alain Rayes, ce serait une «catastrophe économique» de voir le Canada exclu du PTP, qui mènerait à la création d’une immense zone de libre-échange couvrant 40 pour cent de l’économie mondiale regroupant 12 pays, dont les États-Unis, le Mexique, le Japon, le Vietnam, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

«Je demande aux autres partis: mettons que vous maintenez la gestion de l’offre, que tous les pays signent et que le Canada est exclu, vous dites: ‘Nous, on n’embarque pas dans le PTP?’. On s’exclut de tous les autres secteurs industriels, on dit à nos entreprises qui exportent: ‘Vous ne pouvez plus exporter parce que nos marchés vont être bloqués?’», lance-t-il en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Je continue à croire que le Canada ne lâchera pas prise dans la gestion de l’offre, enchaîne-t-il. Il y a un paquet d’autres éléments que le Canada pourrait travailler avec ses autres partenaires avant de toucher à la gestion de l’offre. D’après moi, ce sera le dernier, dernier recours si on est exclu de l’entente.»

Pas de maintien du système de gestion de l’offre, pas de PTP, tranchent les candidats du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Bloc québécois dans la circonscription de Richmond—Arthabaska.

«Dans le cas hautement hypothétique où tous les pays se seraient entendus sur tous les dossiers sauf celui de la gestion de l’offre, non, on ne va pas accepter. On va protéger la gestion de l’offre de façon intégrale», confirme la néo-démocrate Myriam Beaulieu.

Par contre, «présenter les choses de cette façon-là, c’est faire croire aux électeurs que l’accord du PTP repose uniquement sur la gestion de l’offre alors que ce n’est pas vrai. C’est un point parmi d’autres», insiste celle qui a fait des études en agriculture et en droit lors d’un entretien dans son local électoral de Victoriaville.

Même son de cloche du côté d’Olivier Nolin, qui se présente pour le Bloc québécois. «C’est un secteur sensible, et je crois que tous les pays vont protéger leurs secteurs sensibles. On ne va pas faire un accord si on est pour perdre dans cet accord», résume-t-il.

«Si on abolissait ce grand pan de l’économie des agriculteurs d’ici, c’est Victoriaville et toute sa région qui en souffrirait», ajoute le biologiste de formation, qui se présente dans l’une des rares circonscriptions du Québec qui n’a pas été emportée par la vague orange aux dernières élections de 2011.

Le libéral Marc Desmarais se montre plus prudent, plaidant que sa formation a toujours historiquement réussi à défendre avec succès la gestion de l’offre dans le cadre de traités de libre-échange, et que son chef Justin Trudeau s’était engagé à le faire aussi dans le cas du PTP.

«On comprend l’importance de l’enjeu pour le secteur agro-alimentaire au Québec», plaide le candidat du Parti libéral du Canada.

L’enjeu de la gestion de l’offre fera-t-il pencher la balance en faveur de l’un ou l’autre des candidats aux élections du 19 octobre dans Richmond—Arthabaska? Au moment de faire son choix, Gilles Laroche y songera. Mais pour l’heure, il dit ignorer quel parti serait le mieux placé pour défendre ses intérêts.

«Les candidats ne savent pas non plus comment ça se passe (autour de la table de négociations). Et les hauts dirigeants, ils ne comprennent pas notre réalité. Je ne sais pas s’ils savent ce que c’est une terre pis des vaches. J’ai l’impression qu’ils ne connaissent rien de ça», laisse-t-il tomber.

Selon une étude rendue publique en juillet dernier par la coopérative laitière Agropur, l’abolition intégrale du système canadien de la gestion de l’offre menacerait 4500 à 6000 fermes et pourrait faire disparaître jusqu’à 24 000 emplois directs au pays.

Le Québec, qui compte quelque 5900 des 11 960 fermes laitières au Canada, serait avec l’Ontario parmi les provinces les plus touchées par une éventuelle déréglementation, d’après l’analyse du cabinet Boston Consulting Group (BCG), qui avait été mandatée par Agropur.

En juillet dernier, à l’issue de la plus récente ronde de négociations s’étant tenue en Hawaï, les représentants des pays impliqués dans le PTP avaient échoué à s’entendre. Selon le Globe and Mail, Ottawa avait ouvert la porte à l’idée de permettre l’entrée d’une certaine quantité de produits laitiers américains au Canada.

À la Chambre des communes, le gouvernement conservateur a maintes fois promis de protéger le système de gestion de l’offre. Le premier ministre sortant Stephen Harper a néanmoins souvent fait remarquer que le Canada «ne pouvait pas être tenu à l’écart de ce type d’entente commerciale».

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