Aaron Vincent Elkaim / La Presse Canadienne Chris Alexander

OTTAWA – Le gouvernement conservateur compte accélérer le traitement des demandes d’asile déposées par les réfugiés syriens afin de délivrer des milliers de visas additionnels d’ici la fin de l’année.

Les Syriens fuyant la guerre civile qui ravage leur pays n’auront plus à prouver qu’ils sont des réfugiés conformément aux critères du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ils seront plutôt considérés comme tels par les autorités canadiennes dans le cadre de l’évaluation de leur demande.

Ottawa augmentera aussi le nombre d’agents qui analysent les demandes d’asile à l’étranger, doublera ses effectifs chargés d’évaluer les demandes de parrainage en sol canadien et nommera un coordonnateur spécial pour gérer l’ensemble des dossiers des réfugiés syriens et irakiens.

«La vérification des antécédents judiciaires à des fins de sécurité demeure une priorité», a déclaré le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Chris Alexander, en conférence de presse samedi dans sa circonscription de l’est de Toronto.

M. Alexander a précisé que le Canada allait accélérer le processus pour les réfugiés qu’il a déjà accepté d’accueillir, et non pas revoir à la hausse le nombre de demandeurs d’asile qu’il est prêt à admettre sur son territoire. Le chef conservateur, Stephen Harper, a cependant promis de recevoir 10 000 Syriens supplémentaires au pays s’il est réélu le 19 octobre.

Le ministre a ajouté que les nouvelles mesures, qui devraient coûter 25 millions $ sur une période de deux ans, pourraient permettre de réinstaller au Canada 10 000 réfugiés syriens d’ici septembre 2016, soit 15 mois plus tôt que prévu.

Chris Alexander a aussi remercié le gouvernement du Québec, qui avait proposé il y a deux semaines de tripler le nombre de réfugiés syriens qu’il prévoyait accueillir, le faisant passer de 1200 à 3650. Il a assuré que les demandes existantes relevant des programmes québécois seraient traitées d’ici la fin de l’année.

Christine St-Pierre, la ministre québécoise des Relations internationales, se trouve présentement en Allemagne afin de s’entretenir avec la ministre allemande des Affaires européennes et des Relations régionales, Beate Merk, et visiter un camp de migrants près de Munich.

La crise des réfugiés qui affluent vers l’Europe domine la campagne électorale fédérale depuis que les médias ont révélé que la famille du bambin syrien dont le corps a été retrouvé sur une plage de la Turquie souhaitait s’établir au Canada.

La tante du petit Alan Kurdi, qui s’est noyé avec son frère et sa mère alors qu’ils essayaient de rejoindre le territoire européen, réside dans la région de Vancouver et a vu sa demande de parrainage pour l’oncle du garçon rejetée par le gouvernement canadien plus tôt cette année.

L’un des obstacles à la réunion du clan Kurdi était le fait que ses membres ne possédaient pas le statut de réfugié octroyé par l’agence onusienne, qui est complètement débordée.

Cet obstacle, imposé par les conservateurs lors d’une refonte des lois concernant les réfugiés, a été supprimé.

«Ce n’est pas un plan que nous avons ébauché sur le coin d’une table, a indiqué Chris Alexander. Nous avons évalué minutieusement notre capacité d’accueil. Nous avons examiné soigneusement les étapes et les procédures à respecter pour assurer la sécurité du Canada et de sa population. Et nous avons conclu qu’il fallait accélérer le processus qui permettra à 10 000 réfugiés syriens de s’établir en sol canadien d’ici septembre 2016.»

Le candidat néo-démocrate Paul Dewar a réagi à la nouvelle en disant que le gouvernement conservateur n’était pas assez rapide.

«La nomination d’un coordonnateur pour les réfugiés syriens est un pas dans la bonne direction pour accélérer leur arrivée au Canada, mais n’attendons plus. Nous pouvons et devons accueillir ces 10 000 réfugiés d’ici la fin de l’année», a-t-il soutenu dans un communiqué.

M. Dewar a ajouté que le Nouveau Parti démocratique (NPD) proposait d’accepter 9000 réfugiés par an durant les quatre prochaines années.

«Un gouvernement du NPD lèvera le plafond des demandes de parrainage privé, éliminera les quotas, les obstacles bureaucratiques et traitera les réfugiés équitablement», a-t-il affirmé.

De son côté, le candidat libéral John McCallum a accusé Stephen Harper d’avoir péché par passivité alors que de nombreux Canadiens s’activaient pour aider les réfugiés.

«Aujourd’hui, il a reconnu que les politiques du gouvernement conservateur avaient échoué, a tranché M. McCallum dans un communiqué. Il a refusé de faire preuve de leadership sur cette question, préférant agiter l’épouvantail de la peur et se cacher derrière des obstacles bureaucratiques.»

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