Paul Chiasson / La Presse Canadienne Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau

AJAX, Ont. — La caravane libérale, qui roule à un train d’enfer ces jours-ci, propulsée par une embellie dans les sondages,a dû abandonner l’un de ses passagers, et pas n’importe lequel: le coprésident de la campagne nationale, largué pour une histoire d’éthique discutable.

Dans une déclaration transmise mercredi en début de soirée par l’entremise du Parti libéral du Canada (PLC), Dan Gagnier explique qu’il a «décidé de prendre du recul par rapport à la campagne», et ce, «dans l’intérêt supérieur du parti».

Un peu plus tôt, La Presse Canadienne révélait qu’il avait offert des conseils au promoteur du projet d’oléoduc Énergie Est sur la façon d’approcher un nouveau gouvernement.

M. Gagnier suggérait dans un courriel à cinq responsables de TransCanada de s’adresser le plus tôt possible aux bonnes personnes au sein d’un nouveau gouvernement afin de faire valoir rapidement leurs points de vue auprès des libéraux ou des néo-démocrates quant à leur stratégie énergétique nationale.

Les libéraux maintiennent que le coprésident de la campagne «a toujours agi dans le plein respect des règles».

Le principal concerné, qui a été chef de cabinet pour le premier ministre québécois Jean Charest, quitte en disant regretter que «cette campagne soit affectée par des attaques négatives et personnelles» et en assurant avoir «toujours agi dans les règles de l’art».

Ce départ survient alors que les libéraux ont le vent en poupe — le chef Justin Trudeau a dit mercredi matin pour une première fois de la campagne qu’il visait un gouvernement libéral majoritaire le 19 octobre.

Il a été invité à clarifier son objectif en marge d’un point de presse à Hamilton, en Ontario, au lendemain de la parution de deux sondages qui placent son parti en tête des intentions de vote.

Lorsque la question lui a été posée, il a commencé par faire valoir que le dernier mot revenait aux Canadiens, et que ces derniers avaient soif d’un changement de gouvernement après 10 ans de règne conservateur.

Puis, de fil en aiguille, M. Trudeau a fini par le dire clairement: l’objectif est de faire mieux qu’une minorité libérale à la Chambre des communes, scénario qui semble se dessiner selon les plus récents coups de sonde.

«Est-ce que je demande aux Canadiens de voter pour nous? Oui. Est-ce que je leur demande de voter pour nous à travers le pays? Oui. Est-ce que je leur demande un gouvernement majoritaire? Oui», a-t-il laissé tomber.

«Je n’ai pas la ‘surconfiance’ pour parler de stratégies politiques», avait cependant tenu à mentionner le chef libéral quelques secondes auparavant, semblant vouloir signaler qu’il ne voulait pas pécher par excès de confiance.

«Je sais que les Canadiens vont prendre la bonne décision, je travaille très, très fort à travers le pays et c’est certain qu’on veut pouvoir former un gouvernement fort, de pouvoir livrer tout ce qui est dans notre plateforme pour les Canadiens, et j’ai confiance qu’ils vont faire ce choix-là», a également plaidé le chef libéral.

La déclaration peut sembler banale — après tout, un chef de parti ne veut-il pas gagner le plus de sièges possible? Mais depuis mardi matin, Justin Trudeau avait ajouté un nouvel élément à son discours, vraisemblablement destiné à éviter qu’il ne projette une trop grande confiance à cinq jours du vote.

Il l’avait répété devant les dizaines de personnes réunies pour l’entendre prononcer son discours au Mohawk College de Hamilton, mercredi matin.

«Vous avez un choix. Je ne prétendrai pas que vous n’en avez pas, a-t-il lancé. Laisser entendre autre chose serait arrogant, ce serait une insulte à votre intelligence. Alors je ne vous demande pas de regarder les sondages. Je vous demande de consulter notre plateforme».

Son adversaire du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, avait pour sa part déclaré la veille qu’il travaillerait d’arrache-pied d’ici lundi prochain, jour de scrutin, pour faire élire un gouvernement «majoritaire du NPD, stable et fort».

Sa formation, qui menait dans les sondages au début de cette longue campagne de 78 jours, a perdu des plumes depuis. Les intentions de vote ont particulièrement fondu Québec, où les néo-démocrates avaient fait élire le plus grand nombre de députés — 59 — à l’élection de mai 2011.

Les troupes de Justin Trudeau, elles, ont au contraire repris du poil de la bête dans la province, surtout du côté de Montréal.

Invité à expliquer comment il allait convaincre les Québécois d’élire un maximum de ses candidats dans la province, le chef du PLC a d’abord souligné que son parti défendait les valeurs leur étant chères en plus de partager leur vision d’avenir.

Il a ensuite décoché une flèche à l’endroit de son rival néo-démocrate.

«M. Mulcair, lui, il prend les Québécois pour acquis. Il offre un système de garderies dans huit ans, moins bon que ce que le Québec a déjà», a-t-il pesté.

«Et il offre une méga ronde de débats constitutionnels. Les Québécois veulent de l’aide maintenant et directement», a enchaîné M. Trudeau en marge de son discours dans un établissement postsecondaire de Hamilton.

Quant au premier ministre sortant Stephen Harper, son bilan n’est guère reluisant, a déploré le leader libéral.

«M. Harper depuis 10 ans est en train de complètement négliger le Québec et ses intérêts, comme il le fait pour les Canadiens de la classe moyenne à travers le pays parce qu’il préfère donner des avantages et des bénéfices aux mieux nantis», a-t-il offert.

M. Trudeau avait autre chose à reprocher au premier ministre sortant, après que des publicités accusant le chef libéral de vouloir ouvrir des maisons de débauche, faciliter la vente de marijuana à des enfants et ouvrir des sites d’injection supervisée eurent fait leur apparition dans certains médias ethniques.

Le leader libéral ne s’est pas montré étonné de cette nouvelle campagne négative. Car le chef conservateur, a-t-il dit, «mise toujours sur la division» et «ne s’empêche jamais de dire des faussetés aux Canadiens quand ça l’arrange».

Cette nouvelle salve et les précédentes «ne sont pas dignes d’un premier ministre et ne sont pas ce que les Canadiens s’attendent à avoir d’un premier ministre potentiel», a-t-il ajouté lors de sa seule disponibilité médiatique de la journée — tous les autres arrêts étaient réservés à la prise d’images.

Justin Trudeau faisait campagne pour une troisième journée en Ontario, mercredi.

Les gens continuent à se déplacer en très grand nombre pour l’apercevoir et jouent allègrement du coude pour avoir l’occasion de prendre des égoportraits («selfies») en compagnie du politicien ou de lui présenter leur nouveau-né (et prendre une photo).

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