OTTAWA — Nous sommes en mai 2012, et Jean Charest, en pleine «crise étudiante», a besoin d’un regard neuf mais d’une personne de confiance. Il espère alors que son ancien chef de cabinet entre 2007 et 2009, qui est retourné dans le secteur privé depuis trois ans, acceptera de reprendre du service pour l’aider à stopper l’hémorragie dans les appuis populaires.

Dan Gagnier a reçu le mandat de relancer les négociations avec les leaders étudiants et de dénouer la crise qui perdure dans la province, avant que la saison touristique à Montréal ne soit irrémédiablement condamnée. Jean Charest perdra finalement son poste l’automne suivant, mais le Parti libéral du Québec doit probablement à Dan Gagnier d’être arrivé bon deuxième lors du scrutin — avec trois quarts de point de pourcentage de moins que les péquistes, en suffrages exprimés, et quatre députés de moins.

Cet exploit s’est ajouté à l’impressionnant curriculum vitae politique de M. Gagnier, qui incluait déjà des fonctions de haut fonctionnaire en Ontario, en Saskatchewan et à Ottawa, où il a atteint même le puissant Bureau du Conseil privé — le «ministère du premier ministre» — sous Brian Mulroney. Entre 1972 et 1982, il avait aussi été en poste dans les ambassades au Mexique, en Yougoslavie et au Royaume-Uni, notamment. Il a été par ailleurs chef de cabinet du premier ministre libéral de l’Ontario David Peterson.

Il était haut dirigeant chez Rio Tinto Alcan depuis 13 ans lorsqu’il a accepté la première invitation de Jean Charest, en 2007. Les observateurs croient que son expertise a contribué à aider les libéraux à passer d’un gouvernement minoritaire à un gouvernement majoritaire en 2008.

«C’était un homme très bien, très gentil, j’ai beaucoup aimé travailler avec lui», se rappelle Benoît Pelletier, ex-chef de cabinet du premier ministre Charest, qui a croisé Dan Gagnier lors de sa première année en fonction. «Selon mon souvenir, ce n’est pas le genre d’homme qui pouvait manigancer en secret: il était astucieux, mais en même temps respectueux d’autrui.»

M. Gagnier s’est joint à l’équipe de Justin Trudeau en 2012, alors que le jeune député briguait la direction du Parti libéral du Canada. Il est devenu cette année-là coprésident de la campagne nationale de M. Trudeau, espérant contribuer à le faire élire premier ministre et à ramener les libéraux au pouvoir à Ottawa.

Or, TransCanada a embauché M. Gagnier comme consultant pour le projet Énergie Est au printemps 2015, a confirmé jeudi l’entreprise. À ce moment, il était déjà à la coprésidence de la campagne libérale. Et selon un courriel obtenu par La Presse Canadienne, il a offert lundi dernier à TransCanada des conseils sur la façon d’approcher un nouveau gouvernement qui serait élu le 19 octobre.

M. Gagnier a finalement démissionné de son poste mercredi soir, plaidant dans une déclaration transmise par le PLC qu’il avait «toujours agi dans les règles de l’art» et qu’il quittait «afin d’éviter toute distraction de la campagne».

Entre toutes ces fonctions politiques, M. Gagnier avait aussi été président de l’Institut canadien de politique énergétique, un organisme de réflexion créé par l’industrie.

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