Ryan RemiorzThe Canadian Press Thomas Mulcair

MONTRÉAL — Si Thomas Mulcair continue de marteler qu’il formera le gouvernement à Ottawa, bon nombre de ses militants espèrent à ce point-ci un score honorable qui permettrait au Nouveau Parti démocratique (NPD) de pousser ses idées devant un éventuel gouvernement libéral minoritaire.

À la veille du jour du scrutin, le chef du NPD a participé à deux grands rassemblements — l’un à Toronto, l’autre à Montréal — pour fouetter les troupes afin de les inciter à voter.

«Roulons nos manches, frappons à toutes les portes, entrons en contact avec nos voisins», a lancé M. Mulcair devant plus d’un millier de militants réunis au centre-ville de Toronto dimanche, ajoutant que chaque vote compte.

Depuis plusieurs jours, il répète que le NPD n’a jamais été si près de former le gouvernement.

Observant les récents sondages défavorables, ses militants, eux, sont moins convaincus d’une victoire à portée de main. «J’ai de l’espoir, mais je ne pense pas aujourd’hui que nous allons former le gouvernement», affirme Janet Hethrington, qui milite au sein du parti depuis une vingtaine d’années. Elle se console: «un gouvernement de coalition nous permettrait de pousser pour des enjeux qui nous tiennent à coeur — la représentation proportionnelle, par exemple», note-t-elle en marge du rallye.

«J’ai de l’espoir, mais en même temps, je suis réaliste», renchérit une jeune partisane, Claire Zedo.

Daniel Powell, un homme plus âgé qui affirme avoir voté NPD toute sa vie, croit que la victoire était accessible en début de campagne, mais que l’enjeu du niqab a tout fait dérailler. Il est fier de la position adoptée par M. Mulcair là-dessus, mais estime qu’avec ce thème, la possibilité pour le NPD de gagner s’est envolée.

Tanya Thompson n’est pas de cet avis. «Je pense vraiment qu’ils ont une chance», rétorque-t-elle. Les sondeurs se sont tellement trompés souvent, et maintenant, ils sont en train d’effrayer ceux qui voteraient NPD mais qui veulent à tout prix sortir Stephen Harper du 24, promenade Sussex, déplore-t-elle.

Pas de questions

M. Mulcair a terminé sa campagne comme il l’avait commencée deux mois plus tôt, en refusant de prendre les questions des journalistes pour s’assurer de ne pas dévier de son message.

Et au jour 78 de la plus longue campagne de l’histoire récente du pays, le message du chef néo-démocrate ne peut être plus clair: c’est lui, la figure du changement après ces dix ans de règne conservateur, pas Justin Trudeau.

C’est ce qu’il a réitéré au début de la matinée au local de campagne de sa candidate Jennifer Hollett dans University-Rosedale, destinant la grande majorité de ses salves à son rival libéral plutôt qu’au premier ministre sortant.

Peut-on commencer à aider la classe moyenne plutôt que seulement en parler, a-t-il lancé, vantant son programme de garderies subventionnées. Ce n’est pas parce que les libéraux n’y sont pas parvenus qu’on ne peut pas le faire, a-t-il ajouté.

Il a même interpellé directement son adversaire: «Justin, pourriez-vous s’il-vous-plaît arrêter de confondre les limites de vos propres capacités avec les limites de ce qui peut être fait?»

Sur la position libérale de ne pas équilibrer le budget dès le départ, il a rétorqué que ce n’était pas progressiste de laisser une dette sur le dos des générations futures.

Au rassemblement à Toronto, il a ramené sur le tapis le dossier de l’éthique en évoquant Daniel Gagnier, l’ex-coprésident de campagne de M. Trudeau qui a conseillé TransCanada dans un courriel la semaine dernière sur les façons de faire du lobbyisme au sein d’un futur gouvernement.

«Les politiques environnementales de Justin Trudeau ont été écrites pour les pipelines de TransCanada», a-t-il estimé.

«Le cercle rapproché de M. Trudeau ouvre déjà la porte aux intérêts privés des lobbyistes dans le dossier Énergie Est. Les libéraux n’ont pas changé, ce sont toujours le mêmes vieux libéraux corrompus de l’ère des commandites.»

Dernier rallye

En soirée, pour son tout dernier rassemblement, M. Mulcair a tenté de rapprocher les chefs libéral et conservateur en confondant leurs noms, les appelant «Justin Harper et Stephen Trudeau» — un lapsus scripté, si l’on se fie au télésouffleur du politicien.

«Depuis le début de la campagne, mon objectif est le même: sacrer Stephen Harper dehors! Mais la question se pose aussi: quelle sorte de changement on veut? Qui a l’expérience, le leadership et l’équipe pour remplacer Stephen Harper?», a-t-il demandé à la foule enthousiaste massée à l’Olympia à Montréal.

«Tom! Tom! Tom!», ont scandé les militants, ainsi que les députés sortants et nouveaux candidats alignés sur la scène.

Il a également évoqué un moment marquant du déferlement de la vague orange au Québec à quelques jours du scrutin de 2011, soit le passage de l’ancien chef, Jack Layton, dans la même salle de spectacle.

«J’ai vu Jack se pencher vers sa petite-fille qui était avec lui, il l’a regardée et lui a dit: « je suis en train de faire tout ça pour toi ». Ça, ça va toujours me rester.»

Dans quelques heures, il saura s’il aura été capable, quatre ans plus tard, d’alimenter la vague.

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!