WASHINGTON — Le défunt Pierre Eliott Trudeau est revenu dans l’actualité, dimanche, alors que les médias étrangers ont axé leur couverture sur le fait que son fils, Justin, pourrait suivre ses traces en devenant le prochain premier ministre aux élections de lundi.

Les conservateurs canadiens, qui tirent à boulets rouge sur l’héritage du père et qui abhorrent l’idée de l’élection de Justin Trudeau à la tête du pays devraient se tenir loin des médias internationaux. En revanche, les libéraux ressentiront une vague de nostalgie réconfortante en consultant les nombreux articles sur l’un des premiers ministres canadiens les plus connus à l’extérieur du pays, qui aurait d’ailleurs fêté son 96e anniversaire dimanche.

Un texte de l’Associated Press qui a été distribué aux quatre coins du monde a rappelé les célèbres conquêtes de l’ancien politicien — dont la chanteuse Barbra Steisand et l’actrice Kim Cattrall — qui le rendaient unique à l’époque. «Le fils d’un homme qui a amené de l’éclat et de l’effervescence à la politique canadienne dans les années 1960 est le favori pour devenir le prochain premier ministre du Canada», est-il écrit au début de l’article.

Le «Seattle Post-Intelligencer» a pour sa part rappelé la fameuse pirouette du premier ministre derrière Elizabeth II et sa déclaration sur la relation entre le Canada et les États-Unis, qu’il avait comparée à «partager un lit avec un éléphant».

Faisant référence au penchant théâtral du père, l’article spécule sur les possibles conséquences d’une victoire du fils: «Le vote de lundi soir pourrait accroître la visibilité (du Canada)».

Dans un article publié sur son site internet, le «New Yorker» a décrit l’héritage mitigé de Pierre Eliott Trudeau, citant notamment son bilan sur le bilinguisme, le muticulturalisme et la Charte des droits et libertés. Si Justin Trudeau l’emportait, il s’agirait d’un «tournant dramatique dans un long psychodrame canadien».

L’article mentionne également le choc pétrolier des années 1970 et la réponse du gouvernement Trudeau à l’époque, le controversé Programme national énergétique — une politique qui l’a éloigné durablement des électeurs de l’Ouest du pays, dont plusieurs sont encore amers aujourd’hui.

D’ailleurs, au décès du politicien en 2000, un jeune Stephen Harper lui avait écrit un avis nécrologique peu reluisant, a rappelé le «New Yorker».

L’article prédit que sans une victoire, M. Harper quittera certainement son poste. «Pour plusieurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays, juste cela serait assez pour rendre le Canada plus canadien», conclut l’auteur.

Le journal britannique «The Independant» note de son côté que, «bien que les observateurs s’entendent que (Justin) Trudeau n’a pas l’intellect ou le tempérament de son père, il a hérité du cran et de la détermination de l’ancien premier ministre».

Le quotidien «The Guardian», reconnu pour être plus à gauche de l’échiquier politique, a frappé fort contre le premier ministre sortant pendant la campagne. «Stephen Harper est le dernier vestige de George W. Bush en Amérique du Nord», écrit le journal, qualifiant les scandales de son gouvernement à celui du Watergate, aux États-Unis.

Le journal a d’ailleurs évoqué la possibilité de l’élection du chef libéral Justin Trudeau, faisant volte-face avec un autre article publié il y a trois mois, dans lequel il prédisait un «sombre avenir» à son parti.

Un analyste du «Washington Post» a aussi écrit un billet de blogue sur l’idée que les trois pays d’Amérique du Nord pourraient bientôt avoir des dirigeants de gauche. «Le candidat (très semblable) à Barack Obama qui pourrait devenir premier ministre du Canada», titrait l’article.

D’ailleurs, deux anciens conseillers de M. Obama, David Axelrod et Neera Tanden, ont encouragé le chef libéral sur leur compte Twitter.

Les journalistes étrangers n’ont toutefois pas tous été sévères à l’égard du premier ministre sortant.

David Frum, un écrivain conservateur, a nié l’idée que le chef conservateur mène une campagne contre les musulmans comme l’avait écrit un journaliste canadien dans «The New York Times», vendredi. M. Frum a partagé sur son compte Twitter plusieurs images de M. Harper en compagnie de la communauté musulmane, rappelant également son bilan économique positif et sa capacité à unir le pays souvent divisé sur la question nationale du Québec.

Plusieurs journaux ont également élaboré sur le débat sur le port du niqab qui a marqué la deuxième moitié de la campagne électorale. «Comment un voile musulman domine l’élection au Canada», était-il écrit dans le «Washington Post».

D’autres se sont adonnés à une analyse fine des enjeux de l’élection.

Le «L.A. Times» s’est penché sur la zone 905, à Toronto, qui pourrait déterminer l’issue de l’élection, alors que le «New York Times» a abordé l’enjeu du vote stratégique. «The Economist» s’est concentré sur les défis auxquels feront face les différents partis s’ils accèdent au pouvoir, dont l’endettement personnel et la productivité moribonde.

Des journaux français se sont bien évidemment intéressés à la campagne eux aussi. «Le Monde» et «Libération» — ont écrit des articles sur le chef conservateur lui-même.

«Le regard bleu perçant, le sourire souvent forcé, la mine sévère, il glace facilement ses interlocuteurs. Derrière cette froideur se cache un personnage complexe et énigmatique peu enclin à se dévoiler», écrit «Le Monde».

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