Adrian Wyld Justin Trudeau Murray Sinclair. Adrian Wyld / La Presse Canadienne

OTTAWA – Les horreurs des pensionnats indiens, un «moment tragique» de l’histoire du Canada, devront être racontées aux générations suivantes pour éviter que l’histoire se répète.

D’importants passages du volumineux rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, dévoilé mardi, portent sur le devoir de mémoire.

Le juge Murray Sinclair estime que les Canadiens ne connaissent «pas grand-chose, voire rien du tout» des pensionnats autochtones, dans lesquels au moins 3200 enfants sont morts au cours du dernier siècle et plusieurs milliers ont été victimes de sévices.

«Dans cent ans, les enfants de nos enfants ainsi que leurs enfants doivent connaître et se souvenir de cette histoire, car ils hériteront de la responsabilité de veiller à ce que cela ne se reproduise pas», écrit-il.

Dans la salle de conférence bien remplie où le commissaire a présenté son rapport si imposant qu’il tient en plusieurs volumes, les émotions étaient à fleur de peau. Les survivants des pensionnats et leurs familles écrasaient des larmes, alors que M. Sinclair lui-même relatait à quel point écouter les récits des survivants l’avait remué.

«Nous qui les écoutions rentrions à la maison à la fin de chaque journée et nous serrions nos enfants et petits-enfants un peu plus fort. Pas nécessairement pour les protéger d’une sorte de force invisible, mais pour accumuler la force nécessaire de continuer et d’écouter à nouveau», s’est-il rappelé.

Les audiences pour ce travail colossal ont commencé en juin 2010 et se sont transportées dans pas moins de 300 communautés à travers le pays. Les témoignages de survivants ont été poignants et M. Sinclair n’hésite pas à qualifier les petits gestes de résistance des enfants maltraités de «tout simplement héroïques».

Sur une période de 130 ans, environ 150 000 enfants autochtones, inuits ou métis ont été arrachés à leur famille, transportés parfois sur des milliers de kilomètres et contraints de fréquenter ces écoles religieuses. Le dernier pensionnat autochtone, près de Regina, a fermé en 1996.

Les survivants ont raconté avoir été battus, agressés sexuellement, affamés et négligés.

Selon le juge Sinclair, ces pensionnats constituaient un élément central de la politique de «génocide culturel» exercée par Ottawa à l’époque.

Peu d’informations ont été conservées sur les enfants décédés, parfois de maladies qui se répandaient à la vitesse de l’éclair dans les dortoirs surpeuplés, parfois de causes mystérieuses.

«Nous avons identifié 3200 noms d’individus qui sont morts dans les pensionnats. Nous estimons qu’il y en a eu probablement le double, et je n’ai aucun mal (à croire) ceux qui estiment qu’il s’agit de cinq à dix fois plus que ça», a-t-il signalé.

Présent pour le dépôt du rapport, le premier ministre Justin Trudeau a confié qu’ayant personnellement fréquenté de très bonnes écoles, il ne pouvait que se sentir «coupable» devant la tragédie vécue par ceux qui sont passés par ces institutions, parfois pour y laisser leur peau.

Il s’est souvenu d’un moment où, alors qu’il était étudiant, son professeur d’histoire avait sauté le chapitre portant sur les peuples autochtones, prétextant que ce n’était pas intéressant. Il a promis qu’il allait s’assurer «que plus jamais, dans le futur, les étudiants se feront dire que ce n’est pas une partie intégrante de ce que nous sommes comme pays, comme Canadiens».

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, pense aussi que d’inclure la réalité des pensionnats autochtones dans le cursus scolaire devrait être une priorité.

«C’est important d’enseigner aux plus jeunes — même au sein de nos communautés, à nos jeunes à nous — qu’il y a eu cet épisode-là de l’histoire canadienne. (…) Mais il ne faut pas juste en parler, il faut aussi le faire. Et c’est là qu’on est rendu, je pense», a-t-il confié en marge de la conférence de presse.

Dans son rapport, M. Sinclair fait valoir que les séquelles engendrées par le déracinement et la maltraitance vécue dans ces institutions se font sentir encore aujourd’hui. «Cette réalité se reflète dans les disparités importantes observées entre les peuples autochtones et les autres Canadiens sur le plan de l’éducation, du revenu, de la santé et de la vie sociale», note le commissaire. Le racisme à leur égard et le fait que «la plupart des langues autochtones risquent sérieusement de disparaître» reflètent également ce passé.

Les problèmes sociaux vécus dans les réserves — la violence, l’abus de drogues et d’alcool — sont également des stigmates de cette période. «Les enfants qui ont été victimes de mauvais traitements dans les pensionnats ont parfois tendance à maltraiter les autres», écrit M. Sinclair.

En juin dernier, M. Sinclair avait publié dans son rapport préliminaire une liste de 94 recommandations, baptisées «appels à l’action». Ces recommandations vont d’un plus grand financement pour l’éducation des Premières Nations à une meilleure protection de leurs langues, en passant par de véritables enquêtes sur les femmes autochtones assassinées ou disparues.

Justin Trudeau a promis de toutes les appliquer, sans exception.

«Et nous reconnaissons que la réconciliation véritable va au-delà de la portée des appels à l’action de la commission», a lancé le premier ministre.

Il s’est engagé à concevoir une stratégie nationale, notamment pour offrir une réponse officielle aux recommandations.

«Nous nous souviendrons toujours que la réconciliation n’est pas une question autochtone. C’est une question canadienne», a-t-il affirmé.

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